‹ Les originaux de la dernière heureChapitre 134 sur 222 · MAZARIN · texte numérisé non relu

MAZARIN

Voulant cacher jusqu’à la fin la maladie qui le minait, le cardinal-ministre se mit du rouge et passa sur son balcon. L’ambassadeur d’Espagne l'apercevant:

— Voilà, dit-il, un portrait qui a un faux air de M. de Mazarin.

Quoiqu’il fût doué d’une conscience peu timorée, Mazarin eut, en mourant, des scrupules sur ses immenses richesses. Un théalin, qui l’assistait, lui dit franchement qu’il serait damné s’il ne restituait le bien mal acquis.

— Hélas ! répondit-il, ce que je possède je le liens des bienfaits du roi.

— Il faut bien distinguer ce que le roi vous a donné de ce que vous vous ôtes attribué.

— Ah ! si cela est, il faut tout rendre.

Colbert survenant, on lui demanda son avis.

— Je conseille, dit-il, à monsieur le Cardinal de faire, en faveur du roi, une donation, pour cause de mort, de toute sa fortune. Sa Majesté, dont le bon cœur est connu, ne manquera pas de décliner cet abandon.

Mazarin trouva l’expédient à son goût et s’exécuta sans hésiter. Mais il passa deux jours dans d’affreuses angoisses, le roi tardant à se prononcer.

— Mes pauvres millions! s’écriait-il. Voilà ma pauvre famille sans pain !

Enfin la réponse du roi arriva : elle était telle qu’il la désirait.

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