‹ Les originaux de la dernière heureChapitre 136 sur 222 · MÉNAGE · texte numérisé non relu

MÉNAGE

L’auteur des « Origines de la langue française », qui soupira si longtemps aux pieds de madame de Sévigné, atteint d’une pleurésie, fit appeler le pèrcAiraut, son parent. A peine le jésuite était-il entré dans la chambre du

i Ch a si font, édition Hetxcl. p. *68*

malade, qu’il l’embrassait, le consolait et l’exhortait à la mort. Édifié des touchantes paroles du père Airaut, Ménage dit en levant les yeux au ciel :

— Je vois s’accomplir la pensée que j’ai toujours eue : qu’on a besoin d’une sage-femme pour entrer dans le monde, et d’un homme sage pour en sortir.

MÉZEBAY.

Le temps que Mézeray ne consacrait pas au travail, il le passait chez maître Le Faucheur, un cabaretier de la Chapelle-Saint-Denis. Mais le vin n’était pas son unique passion. 11 en fit lui-même l’aveu.

— Je meurs, dit-il, d’un excès de fillette et de feuillette.

A l’ouverture de son scellé, on trouva, au fond d’un coffre, un écu d’or frappé au coin de Louis XII et enveloppé de différents morceaux de papier, dont le dernier portait cette suscription :

« 11 y a plus de trente ans que je garde le présent écu d’or pour louer une fenêtre à la place de Grève, lorsqu’on y pendra un maltôlier. >>

DES ORIGINAUX

MONORIK.

« Le sieur Paradis de Moncrif, lecteur de la feue Reine et de madame la Dauphine, languissait depuis deux mois, ayant les jambes ouvertes; comme il avait quatrevingt-deux ans et au-delà, il n’a pas douté que sa fin n’approchàt; mais il l’a envisagée en philosophe : il s’entretenait de ce dernier moment avec beaucoup de présence d’esprit et sans aucun trouble; il a ordonné luiméme les apprêts de ses funérailles. Après avoir satisfait à l’ordre public et aux devoirs de citoyen, il a voulu semer de fleurs le reste de sa carrière. Il a toujours reçu du inonde : accoutumé à voir des filles et des actrices, il égayait encore ses regards du spectacle de leurs charmes. Ne pouvant plus aller à l’Opéra où il était habituellement, il avait chez lui de la musique, des concerts, de la danse; en un mot, il est mort en Anacréon, comme il avait vécu... Il a fait quelques actes d’opéra qui ont eu beaucoup de succès et il a eu la satisfaction de se voir encore joué sur le théâtre de Fontainebleau, au moment de sa mort 1 ».

La Place lui fit cette épitaphe :

t « Mémoires scerets a de Bachaumont.

Réalisant les mœurs de l’âge d’or, Ami sûr, auteur agréable,

Ci-git qui, vieux comme Nestor, Fut moins bavard et plus aimable.

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