‹ Les originaux de la dernière heureChapitre 162 sur 222 · PI HO N · texte numérisé non relu

PI HO N

Le farceur reparut chez Pirou à ses derniers moments. Sa dévotion n’était qu’une boutade. Il répondit à sa nièce, Nanelte, qui l’exhortait a se plier aux cérémonies d’usage :

— Tu sais bien que je n’ai jamais aimé à mentir... Allons, qu’il vienne, mais qu'on me donne mon grand « widercome ».

C’était une coupe énorme que l’auteur de « l’Ode » avait l'habitude de vider dans les occasions solennelles.

F.t le curé de Saint-Roch arrivant et se déchaînant contre les priapées de Piron, celui-ci de répliquer qu’il croyait les avoir expiées par son « De Profundis » et autres œuvres pies. — Le curé parut étonné : il ne savait pas que Piron eût rien composé de semblable.

— Eli ! mort-Dieu ! s’écria le brutal, pourquoi ne fouiller que dans mes ordures?

Piron avait un frère d’une ignorance crasse et qui mourut une quinzaine d’années avant lui. Le prêtre dont nous venons de parler ne brillait pas par l’éloquence, il ne cessait de répéter:

— Ainsi, mon cher frère... Par conséquent, mon cher frère... Vous voyez donc bien, mon cher frère...

Fatigué de l’abus de cette locution, Piron dit avec un grand sang-froid :

— Je reconnais mon cher frère à sa parole, mais je le croyais mort longtemps avant moi.

Le curé de Saint-Sulpice, Languet, en reconnaissance d’une ode qu’il avait consacrée à la construction de cette église, avait invité Piron à choisir dans son temple le lieu qui lui conviendrait pour sa sépulture.

— Monsieur le curé, avait répondu le poète, souffrez que je ne me décide à ce sujet que lorsque j'aurai fait votre épitaphe.

On connaît celle qu’il s’est consacrée à lui-même :

J'achève ici-bas ma route, C’était un vrai casse-cou :

J’y vis clair, je n’y vis goutte, J’y fus sage, j’y fus fou.

Pas à pas j’arrive an trou Que n'échappent fou ni sage, Pour aller je ne sais où...

Adieu, Piron, bon voyage !

PI.OTIN.

Son disciple Amélius, le voyant près de sa fin, le pria de se laisser peindre.

— C’est assez, répondit-il, que nous soyons condamnés à porter avec nous cette image dans laquelle la nature nous a emprisonnés, sans que nous transmettions à la

DES ORIGINAUX

postérité l’image de cette image, comme un spectacle digne de l’attention des siècles à venir.

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