‹ Les originaux de la dernière heureChapitre 176 sur 222 · ROI · texte numérisé non relu

ROI

« Le 14 mai 1754, l’académie royale de musique remit les «Éléments». Les paroles ont paru meilleures, et la musique plus pitoyable que jamais; cela devait être ainsi.

« Lany,qui est actuellement le maitredes ballets, avant que de composer ceux de cet opéra-ci, a été trouver le poète Roi, afin qu’il lui en donnât l’idée. Cette visite a été l’occasion d’une scène singulière, et qu’il est plus facile d’imaginer que de décrire.

» 11 faut savoir que Roi a eu, cet hiver, une attaque d’apoplexie avec tous ses agréments, comme qui dirait une paralysie, qui lui est restée sur la moitié du corps. Ce petit accident, dont il n’est point remis, et duquel il ne se tirera pas vraisemblablement, lui a fait tourner ses vues du côté de Dieu, en sorte que cette belle âme n’est plus occupée que de son salut.

« Lany ne savait rien de ses saintes dispositions lorsqu’il fut annoncé à Roi, qui était dans son lit, et qui ne le connut que lorsque le premier lui eût dit ce qui l’amenait.

« Après que Lany l’eût loué, comme cela se pratique, il le pria de lui donner scs lumières sur chacun des divertissements de ses actes.

« — Ah ! que me demandez-vous là, monsieur, interrompit le poète converti, dans l’état où je suis? vous voulez que je songe à mon ballet, quand je ne dois penser qu’à mon salut ! Ah ! monsieur, malheureusement mes «Eléments» ne sont que trop bons, ils n’ont pas besoin de secours étrangers.

« — Cela est vrai, monsieur, répondit Lany, mais c’est que dans le prologue, ils disent que les entrées doivent être distribuées de telle et telle façon; et c’est plutôt dans l’acte «d’Ixion», qu’ayant à faire danser les peuples aériens, je dois rejeter...

« — Au nom de Dieu, interrompit Hoi, monsieur, ne me parlez plus de cela; je ne dois plus m’en mêler. Ce sont des bétes et des ignorants que ceux qui vous font de pareils contes, monsieur; cela était disposé de cette manière, quand le roi y dansa (et. là-dessus, longs détails de la part de Roi, pour expliquer l’arrangement de toutes les danses) ; mais, monsieur, je ne dois plus avoir que Dieu en vue; puis-je m’occuper en ce moment de choses dont je ne cesse de gémir? C’est un ouvrage immortel que les « Eléments », monsieur; qu’on y danse bien ou mal, cela n’y fera rien ; on ira toujours. J’en suis désespéré, je serai peut-être dix ans de plus en purgatoire, pour en être l’auteur.

« — Mille pardons, reprenait Lany, mais, monsieur, je voudrais encore savoir la disposition de vos entrées dans l’acte de « Vertumne » ; car celui des « Vestales », est tout ordinaire...

« — Rah! non pas, morbleu, monsieur, cela n’est pas

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