GUILLAUME DUPRAT
Le fils du chancelier, celui-là même qui fit bâtir le collège des jésuites à Paris, portait la plus belle barbe qu’on eût jamais vue. Se présentant le jour de Pâques à la cathédrale pour officier, il trouva sur le seuil trois chanoines qui l’attendaient. Le doyen brandissait des ciseaux et un rasoir ; un autre tenait à la main les statuts du chapitre, où il était écrit que, pour entrer dans le chœur, il fallait avoir la barbe rase. Comme le doyen s’apprêtait à faire œuvre de barbier, le prélat prit la fui te en s’écriant:
— Sauvez ma barbe, j’abandonne l’évêché.
Il se sauva, poursuivi par l’intraitable doyen, jusqu’à son château de Beauregard, où il mourut d’une lièvre produite par cette course précipitée. On lui consacra cette épitaphe :
De ce prélat tel fut le sort Que sa barbe causa sa mort
DE t.A DERNIÈRE HEURE