‹ Les originaux de la dernière heureChapitre 69 sur 222 · I.ES ORIGINAUX · texte numérisé non relu

I.ES ORIGINAUX

Sycione. Il était pauvre, mais ses amis étaient à leur aise. En mourant, il fit un testament qui paraîtrait ridicule aux yeux (le bien des fions, mais qu’admireront toujours ceux qui connaissent a fond le prix de l’amitié. Cette pièce était conçue en ces termes :

» Je lègue, à Arétée, ma mère à nourrir et le prie d’avoir soin de sa vieillesse. Je lègue, à Cliarixènc, ma fille à marier et à doter le mieux qu’il pourra. Si l’un des deux vient à mourir, que l’autre prenne la part du défunt. »

« Lorsqu’on lit lecture de cet acte sur la place publique (comme c’était la coutume), fous ceux qui connaissaient la pauvreté d’Eudantidas, ignorant l’amitié qui le liait avec ses deux légataires, tournèrent ce testament en plaisanterie, et il n’y eut personne qui ne s’en allât en riant et en disant :

« — Quelle bonne fortune que de tels legs pour Arétée et Cliarixènc!... Voilà un mort qui a eu l’esprit d’hériter de deux vivants.

« Mais ces honnêtes légataires accoururent pour demander la délivrance de leurs legs.

" Cliarixènc ne survécut que cinq jours à Eudamidas ; et Arétée, conformément à la dernière clause du testament, prit la part léguée à Charixène. Il nourrit la mère d’Eudamidas, et, quelque temps après, il maria la fdle de son ami. De cinq talents (vingt-sept mille francs) qu’il possédait, il lui en donna deux (dix mille huit cents francs), deux autres à sa propre fille, et voulut que leur mariage fût célébré le même jour. »

Un tableau de Poussin représente Eudamidas dictant à un scribe ses dernières volontés.

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