‹ Les originaux de la dernière heureChapitre 71 sur 222 · UNE EXÉCUTION · texte numérisé non relu

UNE EXÉCUTION

X..., employé supérieur d’une administration, et qui était d’un naturel ardent et porlé'au plaisir, s’était laissé aller, pour satisfaire ses passions, à commettre de nom • breux détournements. On fut longtemps avant de s’apercevoir de ses infidélités, qu’il avait ei> l’adresse de dissimuler; et, comme il appartenait à une famille aisée, qui promit de désintéresser l’administration, on se contenta de le congédier.

A partir de ce moment, X... fut consigné à la porte de tous les membres de sa famille. Cette répulsion générale lui causa un tel chagrin qu’il résolut de s’ôter la vie.

Un soir, il réunit dans un repas tous ceux de ses amis qui ignoraient ce qui s’était passé, et se montra d’une gaité folle.

A la fin du dessert, il se fit apporter un petit flacon contenant un liquide incolore. Voyant la curiosité se peindre sur le visage de scs convives :

— Permettez-moi, leur dit-il, de me réserver à moi seul cette liqueur. Ce n’est ni l’élixir de longue vie de Paracelse, ni l’or fluide de Van Helmont; c’est une goutte de l’eau du Lélhé, qui possède une merveilleuse puissance : vous allez en juger.

En môme temps, il déboucha le flacon, le porta à ses lèvres et tomba foudroyé.

l’expérience de la fin.

Un maréchal-des-logis du 2 e régiment d’artillerie se débarrassa d'une existence ennuyeuse en allumant et en soufflant avec la bouche le charbon d’un réchaud.

« Je ne prétends pas, écrit-il, montrer plus de courage ou de lâcheté, je veux seulement employer le peu d’instants qui me restent à décrire les sensations qu’on éprouve en s’asphyxiant, et la durée des souffrances. Si cela peu t être utile, au moins ma mort aura servi à quelque chose.

Si je reste court, ce ne sera pas pusillanimité de ma part, ' c’est que je serai dans l’impossibilité de continuer, ou que je préférerai accélérer la catastrophe.

« 7 heures 31 minutes du soir. — Le malheur me poursuit : je suis en retard de quatre heures trois quarts pour l’exécution de mon projet. Des importuns sont venus sonner, et j’ai été obligé de leur ouvrir, dans la crainte qu’ils ne s’aperçussent de quelque chose.

« 7 h. 45 m. — Tout est prêt, le pouls donne soixante à soixante-et-une pulsations par minute. J’allume une lampe et une chandelle pour voir laquelle des deux lumières s’éteindra la première. Je prie les savants d’être indulgents si je n’emploie pas les termes convenables. J’attends huit heures pour allumer le feu.

« 7 h. 55 m. — Le pouls bat quatre-vingt fois par minute.

« 7 h. 58 m. — Quatre-vingt-dix pulsations et souvent plus.

« 8 h. — Je mets le feu.

« 8 h. 3 m. — La braise s’éteignant, je suis obligé de la rallumer avec du papier. Léger mal de tête.

« 8 h. 9 m. — Le mal de tête augmente. La chambre est pleine de fumée ; elle me prend à la gorge. Picotement dans les yeux ; sentiment de resserrement àla gorge; pouls, soixante-cinq pulsations.

« 8h. 20 m. — La combustion est en pleine activité.

« 8 h. 22 m. — Je viens de respirer un peu d’alcali; cela m’a fait plus de mal que de bien. Les yeux se remplissent de larmes.

« 8 h. 23 m. — Un picotement se fait sentir dans le nez ; je commence à souffrir.

« 8 h. 25 m. — Je bois un peu d’eau ; je ne puis pres-

que plus respirer; je me bouche le nez avec mou mouchoir.

« 8 h. 32 m. — Le nez bouché, je me sens mieux ; le pouls bat soi xaule- trois fois.

« 8 h. 33 m. — Lesdeux lumières perdent de leur éclat; je renverse l’eau qui me faisait un grand plaisir à boire.

» 8 h. 35 m. — Le mal de tête augmente; un frémisscseraent se fait sentir dans tous les membres^

« 8 h. 40 m. — La lumière de la chandelle s’affaiblit plus que celle de la lampe; un seul fourneau brûle bien, le poêle ne marche pas.

<■ 8 h. 42 m.- Mal de tête plus violent. La lumière delà lampe se soutient mieux ; à la vérité, je la remonte de temps en temps; le poêle se rallume; j’ai envie de dormir.

>< 8 h. 49 m. — En me bouchant les narines, les yeux se remplissent encore de larmes; la chandelle ne jette plus qu’une pâle clarté; les oreilles me tintent.

« 8 h. 51 m. — La chandelle est presque éteinte; la lampe va toujours; j’ai des nausées; je voudrais avoir de l’eau.

« 8h. 53 m. — Je souffre dans tout le corps; je me bouche plus fortement le nez.

« 8 h. 54 m. — La chandelle est éteinte ; la lampe continue d’aller.

« 8 h. 56 m. — Quatre-vingt-une pulsations; ma tête est très-lourde ; je ne puis presque plus écrire; les fourneaux sont bien allumés.

» 8 h. 58 m. — Les forces m’abandonnent; si j’avais de l’eau, j’en prendrais; 1a lampe va toujours; le mal de tête augmente; l’oppression redouble.

« 9 h. — Je fais un dernier effort ; j’ai pris de l’eau ;

c’est liai, je ue vais pas droit; je souffre horriblement ; la lampe va toujours.

« 9 h. 1 m. — Je vais un peu mieux ; je viens de boire; la lampe faiblit ; le délire me prend.

« 9 h. 5 m. — Le... »

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