‹ Les originaux de la dernière heureChapitre 87 sur 222 · GÉRARD DB- NERVAL · texte numérisé non relu

GÉRARD DB- NERVAL

Peu de jours avant sa mort, le pauvre rêveur cheminait le soir du côté de Romainville. Arrivé près du fort, il fut brusquement tiré de sa méditation par le cri de la sentinelle :

— Qui vive?

— Ami.

— Passez au large

— Comme cet animal comprend l’amitié! murmura Gérard.

Et il obliqua à droite, pour s’épargner l’ennui d’une nouvelle distraction de cette espèce.

A force d’errer ainsi, Gérard arriva une nuit, rue de la Vieille Lanterne, et y resta. — Dans cette rue, plus sinistre encore d’aspect que de nom, on trouva lê charmant poète pendu aux barreaux d’un bouge ignoble.

Dans une de ses excursions nocturnes, Gérard avait dit à Charles Monsclet en lui montrant l’endroit où il devait mourir :

— Si jamais on voulait se pendre, c’est ici qu’il faudrait venir, la nuit; on serait sûr de n’étre décroché que le lendemain '.

1 a Revue fanlaisîst.* a, article de Charles Asstlineau sur Gérard de Nerval.

Un médecin distingué, mort récemment, voit entrer un visiteur qu’il n’attendait pas ; c’était un jeune prêtre appelé par sa famille.

— Bonjour, monsieur l’abbé, dit-il d’un ton affable, tout en fronçant les sourcils.

Puis il ajouta en se tâtant le pouls •

— Prenez un siège : j’ai vingt-cinq minutes à vous donner... Vous êtes venu voir, n’est-il pas vrai? comment meurt un médecin... Eh bien! je vais vous l’apprendre. Vous plait-il , pour passer le peu de temps qu’il me reste à vivre, d’effleurer une, question qui ne peut se résoudre que là-haut?

Lejeune prêtre essaie de donner une autre direction à la pensée du mourant, et parle des devoirs du chrétien ; mais G... l’arrête du geste et se met à battre gaillardement les buissons de la philosophie, faisant lever des lièvres de toute sorte, depuis Platon jusqu’à M. Cousin son porte-queue.

Les vingt-cinq minutes écoulées, G... allait chercher le mot de l’énigme.

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