UNE GRENOUILLE OBSTINÉE
Un jeune Champenois regagnait son village, portant sur son épaule un sac rempli de grenouilles qu’il venait de pécher dans un étang voisin. Tout en cheminant, il avise un paysan qui marche devant lui et dont la mine naïve et la poche entrebâillée semblent solliciter une malice : il tire de son sac la plus remuante de ses prisonnières et la glisse adroitement dans la veste du bon Jacquemin.
Celui-ci, rentré chez lui, se couche après avoir jeté sa veste sur son lit. Au milieu de la nuit, il se réveille en sursaut : il a senti un corps visqueux et froid qui se
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promène sur sa ligure en poussant (le petits cris inarticulés. Il n’ose bouger, même lorsque la grenouille a disparu, et ne doute pas qu’il n’ait eu affaire à un revenant. Le lendemain, un de ses amis, mauvais plaisant, vient lui annoncer la mort de son oncle, qui habite Sens, et l’engage à s’y rendre pour recueillir sa part de succession. Jacquemin part pour le département de l’Yonne, vêtu de deuil, avec sa femme, et la première personne qu’il aperçoit en arrivant chez son oncle, c’est le défunt qui lui sourit de loin... Il s’enfuit terrifié; mais, hélas! le revenant l'avait devancé... Sa porte à peine ouverte, il entend des plaintes qui le jettent dans de mortelles angoisses. Pour conjurer ce maléfice (les coassements de la grenouille), Jacquemin, qui était chantre, résolut de faire dire des messes; mais les messes n’y firent rien, l’oncle continua de gémir. La nuit, le pauvre Jacquemin, au moindre bruit, se relevait, faisait de son drap un capuce et chantait la messe devant un bahut transformé en autel. Mais la grenouille, tapie dans un coin, persévérait dans ses plaintes...
N’y pouvant plus tenir, Jacquemin prend le parti de rejoindre sou oncle et s’en ouvre à un de scs amis, qu’il prie même de lui donner un coup de main. S’étant entouré le gosier d’un collier de fer, il le charge de serrer la vis... L’ami s’y prête, mais a le soin de s’arrêter à temps : il ne voulait que lui causer une douleur salutaire... Mais l’autre n’entend pas raison : il prie un ami, qui parait de meilleure volonté, de l'élouffer entre deux matelas... Celui-ci y consent, mais il s’arrête quand il pense que la leçon est assez forte... Jacquemin se fâche, s’emporte contre les faux amis, et le soir on le trouve pendu dans son grenier.
La grenouille se plaignait toujours!... Aussi pauvre d’esprit que son mari, la veuve de Jacquemin se laissa gagner par la contagion de la terreur ; le lendemain malin, elle se noyait dans une mare.