LA RÉALITÉ
C'était la Gardonne qui me tapait sur l'épaule.
Je me réveillai.
L'imagination encore remplie de mon rêve, je me levai en chancelant, les bras engourdis, les yeux brûlants, et je fis quelques pas au hasard.
Tout à coup je reculai.
J'avais en face de moi un personnage étrange, repoussant,
flétri. C'était un homme âgé, mais dont les rides paraissaient être plutôt l'ouvrage du vice que l'ouvrage du temps^ ses paupières étaient rouges, ses lèvres étaient pâlies. Il était couvert de vieilles dentelles; un pauvre habit de taffetas se collait sur ses épaules, et sa cravate, semblable à une dernière affection, semblait prévoir avec regret le moment prochain où il allait falloir se séparer de lui..»
A ce spectacle, je ne pus retenir un geste de dégoût et de pitié, — que le personnage répéta.
Étonné, je me frottai les yeux; j'aperçus alors une glace placée à quelque distance devant moi, et dans cette glace ma propre image, devant laquelle je venais de reculer!
Sur ces entrefaites, la Gardonne s'avança de nouveau pour m'entraînera une table de jeu; mais, étant revenu tout à fait à moi, je la repoussai en murmurant quelques vagues paroles, et, le souvenir de Denise s'étant représenté à mon esprit, je quittai précipitamment l'académie de la rue du Chaume.
Un soupçon funeste m'oppressait.
Je marchais, — ou plutôt je courais, — en parlant h voix
haute*
Mais, quelque diligence que je fisse, j'arrivai trop tard à la chambre de la rue du Plat-d'Etain. Denise venait d'expirer; elle était encore étendue dans sa bergère, comme je l'avais laissée, les bras abandonnés sur sa robe brune.