‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 52 sur 173 · VI. — Le sacrifice des parfums · texte numérisé non relu

VI. — Le sacrifice des parfums

Parmi tous les sacrifices, le sacrifice des parfums occupe une place éminente. Il s'adjoint aux autres sacrifices pour en augmenter la valeur; mais il se suffit aussi à lui-môme et possède un autel particulier à l'intérieur du temple. Plus que tous les autres sacrifices, il est « d'odeur agréable à Yahvé ».

L'expression ishshè reah nihoah^ « sacrifice igné d'odeur agréable )), s'applique bien à l'holocauste et au sacrifice de communion; mais n'est-ce pas par extension? Le passage biblique le plus caractéristique concerne Noé qui, au sortir de l'arche, élève un autel et y offre des holocaustes : « Yahvé respira l'odeur agréable et dit '.... » Mais ce n'est là que l'adaptation par le Y'ahviste d'un récit plus ancien.

1) Genèse, VIII, 21 : va-yarah Yahvé et-reah ha-nihoah.

43a 11'^ ÛUIGINKS CANANEENNES DU SACRIFICE ISMAELITE

Dans le prototype babylonien, le sacrifiant' joint à sa libation et à son offrande, composée d'aliments contenus dans (les pots, des bois odoriférants; c'est à ces derniers auxquels il mot le feu que s'applique la remarque : « Les dieux flairèrent la bonne odeur ^ » que le texte biblicjue a retenue pour l'appliquer à Tbolocauste.

Le terme nihoah, qu'on traduit généralement par <( agréable », a essentiellement le sens d'apaiser -^ Nous avons vu que le siège de la colère était dans les narines^ : on agissait directement sur cet organe pour apaiser !•■ dieu en lui faisant respirer une fumée jx m 'r nie dont les humains étaient friands. On attribuait à la combustion de l'encens ou du parfum aromatique une valeur magique très nette : ce n'était pas seulement une offrande précieuse faite à la (li\inilé, mais un véiilablc ^aciilicr (jnj. mettant en œuvre l'action du feu et transformant une lualina^ rare en une fumée capiteuse, liait la divinité d'autant [)ius sûrement que l'opération se pratiquait dans le sanctuaire, au contact de Dieu. D'autre part, on pensait que le nuage (le fumée produit par l'encens protégeait le prêtre quand il pénétrait dans le debir et le sauvait de la mort\

Le sacrifice des parfums était accompagné d'une pi icic et nous avons expliqué par là la valeur de Vazkara dans la nnnha"'. Ici encore, le rite oral et le iil( manuel se renfi)rcent l'un l'autre et leur équivalence est bien marquée par. Psaumes, GXLl, 2 où le fidèle demande que sa prière soit i.^^réée en guise d'encens, tandis que le geste de tendre les hras vaudra pour l'offrande.

I, lût nt'jr <iui;« rie jusiemcnt rapproché âiiimal ;W*uA,mailre du siicninc, ti tiiH le laril de Marseille; seulemeut.ici le sacrillant est aussiile sacrificateur.

L') Dhorme, Choix de textes religieux assyro-fwbyloniens, p. 115.

:J) «lonllrmé par l'assyrien; voir Zimmern, Die Keilinsclir. und das Aile Tesia- /•/*<, 3* éd., p. 010. La BiUe du Centenaire traduit exactement C,r ^ «. VaUvé sentit Todeur apaisante. »

I) Gi-dcsrtU8, p. 78.

ô) Léoit.. XVI. 12-13.

«;) Cf. Luc, 1,8-10.

7; Ci-dessus, p. î)3 cl suiv.

CHVPITIŒ I. LES SACIUFICES ISRAELITES 434

L'école de critique biblique admet généralement que l'usage de l'encens, en Israël, est d'époque tardive; nous avons même vu plus haut que Wellliausen s'appuyait sur ce fait pour attribuer une date postexilique au rite de la jninJia, tel qu'il est décrit par le Lévitique. En même temps, l'école critique nie l'existence d'un autel des parfums dans le temple de Jérusalem. En mettant au jour ui r:;r md nombre' d'autels aux parfums, — qui répondent enlr'autres à la coutume de brûler de l'encens, notamment aux divinités astrales, sur les terrasses des maisons*, — les fouilles de Palestine ont réfuté ces déductions. Nous exposerons en quelques mots que l'usage de l'encens est ancien dans le culte d'Israël, mais qu'après l'exil, pour différencier le culte israélite des autres cultes, on prescrivit une composition spéciale et on écarta l'encens pur dont l'usage ne se maintint que dans le rite de la min ha.

Les papyrus judéo-araméens d'Élépliantine signalent l'usage de la minlm et de l'encens [lebona) dans cette colonie éloignée, et cela dès avant la venue de Cambyse -en Egypte. M. van Hoonacker a montré que l'emploi légal de l'encens dans l'ancien culte israélite était attesté y.dv îsaïe et Jérémie-. L'un et l'autre prophètes mentionueut Tericens avec la minha '^. Nous en avons déjà conclu que le rite de cette dernière, tel que nous le connaissons, est antérieur à l'exil ^.

Sauf dans le cas de la minha, l'usage de l'encens pur [lebona) est proscrit dans le culte postexilique, par réaction, semble-t-il, contre les cultes des peuples voisins et par la tendance du judaïsme à s'en distinguer. C'est probablement l'encens pur (lebona) qui est qualifié à différentes reprises de parfum idolâtre (qctoret za/-a)^; son offrande

1) Jérémie, XIX, 13; cf. XLJ\ . 1- . .

2) Van Hoonacker, la Date de llntrodacUon de Venccns dans le calle de Jahvé, in Revue Biblique, 19U, p. 161 et suiv. Cet encens venait du pays de Saba; cf. Isaïe, LX, 6; Jérémie, VI, 20.

3) Isaïe, I, 13; XLIII, 23; Jéiviiiic, XVII, iT..

4) Voir ci-dessus, p. 90.

5) Ainsi Lévit., X, 1 ; XVI, 1 (d après les LXXi; XXX, 9.

enlraîne la mort de deux des fils d'Aaron, Nadab et Abihoii, parce qu'ils offraient ainsi « un feu idolâtre que Yahvé ne leur avait pas prescrit' ).

Le parfum que le prêtre était admis à brûler sur r.iulcl des parfums, dans le Saint des saints, se composait en p. kIs de deux p ut > dr storax (n(/ff//f// , d'une part d'onyx aromatique ishehclet)^ d'une part de galbanum [[iclhena) et de deux parts d'eTHv^ns pur [lebona zakka)'^. Préparé selon l'art du parfumeii . î additionné de sel, ce mélange constituait un produit |)ii: iiit, un nai-ium r/'s^rx <• ■! ^^!ll\,• et dont

nul ne de-v. vx'w j)Our son usai:'»' |îci' l'un ■!. i; 'duit

en pou(iie, on en nieUait dans la tente d assignation <• <<ll<' portion d(M(Miait alors sacro-sninle '.

La Lin. '•'■' du (\'u\r saicrdolal marque le changement (ini s'est o; ]ue <i l'autre, en substilu.

le vocable qcloi l , d une manière plus précise qvlorcL sainniim ou simplemei»t sdinmim (aromates). Le terme qetorel, désignant primitivement la fumée, est, dans Isaïe et dans Ezécbiel, l'équivalent àalebona^. Jérémie emploie qitter'^. Dans la langue sacerdotale postexilicjue (jrhu-rt s'oppose à lebona.

Le parfum aromatique [samniun ou qctoret sammim) est offert réo-ulièrenient deux fois par jour sur l'aulel en bois de cèdr ;\ il d'or et mesurant une couder de long,

une coudée de large et deux coudées de haut. Cet autel est |)lacé dev;! ' voile qui masque l'arche, en réalit<' dans le hekal. L v ..« ensement régulier est fait par le prêtre chaque matin, lorsqu'il accommode les lani[)es, et chair ([uand il les allume. On ne doit (dfrii- <\iv cet autel ancun parfum [)i"ofiine '* — ei- ijui \:-e ;:o; niKnenl

1) LévU., \. 1-7 ; voir ci-dessus, p. :<!

2) Exodt\ XX.K, 81. Supprimer In ^tc^nni sumimm. .-m uiM- ri.iiipo-ilioii plus

compliquée adoptée à l'époquo juive, voir von Orolli, licalencycl,^ de Hauck, I. XVI, p. 408.

H) Exode, XXX, 3:>-38.

\) Isaïe, I, 13; E/.échiel, VIII, U (où ^anan glose le terme précédent); XVI, )H; XX m, 41 ; Psaumes, CXLI, 2.

5) Jérémie, XLIV, 21.

6) Lévit., X, 1 et suiv.

CIIAPITUK I. l.KS SACIIIFICE^ ISllAKJJTF.S t3w

l\'iic«Mis pur, — ni hoiocaiisLo, ni oblalion, ni libation. La |)uril'ic;'Ji(iji cl«» r.m't'! <e lait une l'ois Tan a\c'C le sang de la viclini.' (\\!*iaL(*; -te dernière cércnionie se rapporte

au rite du bouc énii

Si le mythe de la i.i ; . lie Xadab et d'Abiliou sert à démontre i- (ju'on ne doit pas olfrir un parfum profane à ^ abw, l a\enture de Qoré prouve qu'un homme, cjui n'est pa^ })rètre de la raee d'Aaron, ne peut, sans s'exposer a 1;; mort, offrir h' < rilicc .ies parfums ^^. Par contre ce sacrifice, offert régulièrement, est d'une efficacité certaine : par ce moyen Aarqn pratique l'expiation et arrête immédiatement Tcffroyable mortalité qui frappait les israéiiu s-.

La description de l'autel des parfums, attribué au tabernacle au désert, n'est que la projection à une époque plus ancienne de l'autel érigé dans le temple de Salomon. La seule différence tient à ce que, dans ce dernier sanctuaire, l'autel était en cèdre ^'. On ne pouvait évidemment songer à cette essence pour un meuble fabri({ué au désert.

L'offrande d'encens comportait Temploi de deux usten. siles : la cuiller [kapJi) et la pelle k encens {ma ht a ou Jiiiqteret). On mettait dans la pelle des charbons ardents pris à l'autel des holocaustes et on y répandait l'encens ou le parfum aromatique au moyen de la cuiller *\ La pelle était en bronze. La cuiller A on,-ons apparaît sur quelques stèles [)héniciennes où ell irc de modèles égyptiens".

1) Exode, XXV, 1 10; XXXIII, 25-29. Comme le remarque Eerdmans, Das Bach Leviticus {AUtesl. Sludien, IV), p. 28 et suiv., ce rituel ne peut s'adapter au second temple qui ne possédait pas d'autel aux parfums. A la place de l'arche absente était une pierre, eben shatya, qui en représentait le socle; c'est sur < ette pierre que le grand prêtre posait la pelle à encens au grand pardon.

2( Ci-après, chap. III, | 8.

3; .\nmijres, X\II. 5 et ci-dessus, p. 31-32.

4i .Vom/z/vs, XVII, 12.

5) 1 li.jis, VI, 20-21. Pour la lecture de ces versets voir ci-dessus, p. 53.

Il, Notamment Uvit., X, 1, 12-1-î; Nombres, VII, 84-8(); XVI, (i-7 ; I /»•//,<. M: 50. Daprès le traité Taniid, il semble que le matériel employé à basse époque soit un peu différent; cf. E. Schiirer, Gesch. des jiid. Volkes im Zeiialter J.-C, p. 351.

7) Voir ci .i<'-~us. p. G5 et noie 3.

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