Epreuve de la femme adultère
Nous avons eu l'occasion de signaler ce rite si curieux en ce qu'il éclaire le mécanisme de Vazkara'^. Dans l'ensemble, c'est une véritable ordalie. Le mari qui nourrit des doutes sur la fidélité de sa femme, que celle-ci soit coupable ou non, pourra la faire comparaître devant le prêtre en offrant pour elle un dixième à'epha de farine d'orge. Cette minha., dite de jalousie, a ceci de particulier qu'on n'y répand pas d'huile et qu'on n'y ajoute pas d'encens, car elle doit évoquer non pas la divinité, mais la faute [mazkeret'avon). La femme s'avance et se tient debout devant Yahvé^, puis le prêtre prend de l'eau sainte " dans un vase de terre et y jette de la poussière ramassée sur le sol du tabernacle ; c'est ce qu'on appelle les eaux amères. Le prêtre découvre
1' Délais doublés à la naissance d'une fille.
2 Lrrii., XII, comparer Lévit., XV, 14-15; 29-30.
3;; C'est ce qu'adopte D. Hoffmann, Das Bach Leviiicus, I, p. 362.
4) Mlshna, Zebahim, X, 2 ; voir ci-dessus, p. 28.
5) Nombres, V, 12-31. Voir ci-desBus, p. 94.
6) Mishna, Sota, I, 5, précise que la femme subit l'épreuve à la porte de Ni({anor, c'est-à-dire, à basse époque, à l'entrée du parvis extérieur réservé aux hommes. Voir ci-après pour le lépreux.
7) Probablement l'eau du bassin aux ablutions, à moins qu'on ne lise avec les LXX ; de 1' « eau vive ».
la tête de la femme et lui met entre les mains la minha de jalousie, qui doit évoquer la faute, tandis que lui-même tient Jes eaux amères qui portent la malédiction. Dans cette attitude, il conjure la femme en lui disant : « Si un homme* lie s'est pas approché de toi et si, étant en puissance de mari, tu ne t'es pas débauchée pour te souiller en t'écartant de lui, que ces eaux amères qui portent la malédiction ne te nuisent pas! Mais si tu t'es débauchée pour te souiller en t'écartant de ton mari et si un autre que lui s'est approché de toi, que Yahvé te rende un exemple de malédiction et d'exécration au milieu de ton peuple ; que Yahvé fasse tomber ta cuisse- et enfler ton ventre ; que ces eaux qui portent la malédiction pénètrent dans tes entrailles pour te faire enfler le ventre et tomber la cuisse. » La femme répond : « Amen^ amen. »
Ces malédictions ont été écrites par le prêtre ; il en efface les caractères dans les eaux amères. On peut conjecturer qu'elles étaient tracées sur un tesson que l'on grattait et dont la poussière était jetée dans les eaux amères.
Le prêtre prend, de la main de la femme, la minha de jalousie, l'agite devant Yahvé et l'offre sur l'autel. Il saisit une poignée de cette farine comme azkara et la fait brûler sur l'autel. Puis la femme boit les eaux amères qui portent la malédiction. Si la femme est coupable, les désordres prévus se produisent dans son organisme et elle deviendra un objet de malédiction au milieu de son peuple. Si la femme est innocente, elle ne ressentira aucun mal et elle aura des enfants.
En obligeant la femme à absorber l'écriture qui matérialise la malédiction, on cherche à atteindre directement les organes visés. Il y a donc deux rites combinés : l'évocation
1) La Vulgato ajoute « étranger ».
2) La cuisse est un euphémisme comme dans Isaie. \L\ 11. 2. Euphémisme du même ordre dans le serment prêté » la main sous la cuisse » de Gtn.^ X.XIV, 2-3; XLVII. 22. En Syrie, on jure encore par le phallus d'Allah; cf. Curliss, Ursemitische /itligion, p. 118. La conséquence est bien Ici, d'après le verset 28, que la femme n'aura plus d'enfant.