FOI. 101, Ὁ
3) Ms. 2.327, fol. 82.
4) Ms. 2.327, fol. 260.
5) ExonE, XXXI, 1 à 5; XXXV, 30.
(6) Ms. 2.327, fol. 268, vo.
a dans tout ceci une attache rabbinique, et comme un premier indice des sources et des doctrines secrètes de la franc-maçonnerie au moyen âge.
Zosime parle également de Salomon, roi de Jérusalem, et de sa sagesse (1), ainsi que de la traduction de la Bible, de l’hébreu en grec et en égyptien (2), traduction qu’il attribue à un interprète unique. Ce dernier renseignement est fort ancien; car il diffère de celui qui avait cours au 1v° siècle sur cette traduction, d’après le pseudo Aristée, et qui s’est maintenu dans les mots « version des Septante »: je veux dire le conte des soixante-dix vieillards, choisis comme interprètes des Écritures Saintes.
L'art sacré des Égyptiens et la puissance de l'or qui en résulte, écrit encore Zosime, n’ont été revélés qu'aux Juifs (3), par fraude, et ceux-ci l'ont fait connaître au reste du monde.
« Ne touche pas la pierre philosophale de tes mains;tu n'es pas de notre race, tu n'es pas de la race d'Abraham » (4), dit Marie la Juive, l’un des auteurs fondamentaux de l’alchimie : plusieurs traités lui sont attribués, ainsi que l'invention du bain-marie.
Nous rencontrons ici ce mélange de fables hébraïques et orientales, qui caractérise les trois premiers siècles de notre ère. Il se manifeste plus clairement encore dans les origines gnostiques de l’alchimie,
{1 Μί5: 2527, fol t255:
(2) Ms. 2.240, fol. οὗ ; Ms. de saint Marc, fol. 190, vo.
(3) Μόνοις δὲ Ιουδαίοις ἐξέδωσαν λάθρα ταύτα ποιεῖν χαὶ γράφειν, χαὶ παραδιδόναι; Ms. 2.327, 10]... :52,.v°.
{4) Ms. de saint Marc, [2]. 19S 3 Ms. 2,327, fol. 214, vo.
SOURCES GNOSTIQUES 5x
dont nous parlerons bientôt. Observons d’ailleurs que le rôle favorable attribué aux Juifs est en opposition avec les préjugés de certaines sectes gnostiques. Mais par contre il s'accorde avec ce fait que le prophète gnostique Marcus était né en Palestine. En tout cas, un tel mélange nous reporte vers le second siècle de notre ère, au temps où l’autorité des livres des Juifs était invoquée et opposée à celle des auteurs helléniques, et où les chrétiens ne méprisaient pas encore les Juifs ; comme ils ne manquèrent pas de le faire, dès que leur religion fut devenue celle des em-
pereurs.
δ 4. — Sources Gnostiques.
L'étude des papyrus et des manuscrits conduit à préciser davantage l’époque et le point de contact entre l’alchimie et les vicilles croyances de l'Égypte et de la Chaldée. En effet, ce contact coïncide avec le contact même de ces croyances et de celles des chrétiens au n° et au m°siècle. Les premiers alchimistes étaient gnostiques.
D'après Reuvens (1), le papyrus n° 75 de Leide renferme un mélange de recettes magiques, alchimiques, ct d’idées gnostiques; ces dernières empruntées aux doctrines de Marcus (2).
(1) re Lettre à M. Letronne, p. 8 à 10.
(2) Monuments Égyptiens du musée de Leide publiés par Leemans, p. 85 (1846). Les mêmes : Livraison in-8°, publiée en 1839, p. 18 CSA
Les auteurs de nos traités, Zosime, Synésius; Olympiodore, sont aussi tout remplis de noms οἵ d'idées gnostiques. « Livre de vérité de Sophé l’Égyp- « tien : c’est ici l’œuvre divine du Seigneur des « Hébreux et des puissances Sabaoth. » Ce titre déjà cité reparaît deux fois : une fois seul (1), une autre fois (2) suivi des mots : « Livre mystique de Zosime le Thébain. » On reconnaît l’analogue de l'Évangile de la Vérité et de la Pistis Sophia de Valentin, ainsi que la parenté de l’auteur avec les Juifs et avec les gnostiques. En effet les mots « Seigneur des Hébreux et Sabaoth » sont caractéristiques.
Quant au nom de Sophé l’Egyptien, c’est une forme équivalente à celui de Souphis, c’est-à-dire du Chéops des Grecs. Le livre qui lui est ici attribué rappelle un passage d’Africanus, auteur du τη“ siècle de notre ère, qui a fait un abrégé de lhistorien Manéthon, abrégé compilé plus tard par Eusèbe (3). « Le roi Souphis, dit Africanus, a écrit un livre sacré, que j'ai acheté en Egypte, comme une chose très précieuse » On vendait donc alors sous le nom du vieux roi des livres apocryphes, dont les auteurs réels étaient parfois nommés à la suite, comme dans le titre de notre ouvrage de Zosime.
Le Serpent ou Dragon qui se mord la queue (ouroboros) est plus significatif encore : c’est le
(1) Ms. 2.327, fol. 260.
(5) ΕῸΙ bn
(3) Collection Didot, p. 548. Eusèbe a altéré ce passage, en substituant aux mots: jai acheté, etc; ceux-ci : livre que les Égyptiens regardent comme très précieux.
symbole de l’œuvre, qui n’a ni commencement ni fin (1). Dans les Papyrus de Leide (2), il est question d’un anneau magique, sur lequel ce serpent est tracé. Il est aussi figuré deux fois dans le manuscrit 2.327, en tête d’articles sans nom d’auteur, dessiné et colorié avec le plus grand soin, en deux et trois cercles concentriques, de couleurs différentes, et associé aux formules consacrées : « La nature se plaît dans la nature, etc. (3). » Il est pourvu de trois oreilles, qui figurent les trois vapeurs, et de quatre pieds, qui représentent les quatre corps ou métaux fondamentaux : Plomb, cuivre, étain. fer.
Les derniersdétails rappellent singulièrement la salamandre,animal mystérieux qui vit dansle feu, lequel apparaît déjà à Babylone (4) et en Égypte (5), et dont Aristote (6), Pline, Sénèque et les auteurs du siècle suivant rappellent souvent les propriétés mystérieuses. Il cn est aussi question dans les papyrus de Leide (7) οἵ
(1) Ms. 2.250, fol. 45 : Le Serpent Ouroboros dontle commencement est la fin et dont la fin est le commencement.
(2) REUVENS, 118 lettre, p. 24.
(3) Ms. 2.327, fol. 196 (trois cercles : rouge, jaune et vert) et fol. 270 (deux cercles rouge et vert).
(4) Ex ipsa quæ magi tradunt contra incendia, quoniam ignes sola animalium extinguat, si vera ferunt : PLine, 1. XXIX, ch. 1v, section 23.
(5) D'après Gessner (de Quadrup. oviparibus) c'était en Égypte le symbole d’un homme brûlé, et il cite Horus (Horapollon) in Hieroglyphicis.
(6) Ακιβτοτε, Hist. des animaux, 1. V, ch. x1x. — Αὕτη γὰρ ὥς φησὶ, διὰ τοῦ πυρὸς βαδίζουσα χατασδέννυσε τὸ πῦρ. — Galien accentue davantage ledoute et rappelle des expériences positives : Ἣ σαλαμάνδρα μέχρι μὲν τινὸς ὑπὸ πυρὸς οὐδέν πάσχει. Cependant il dit qu’à la fin elle est brûlée.— GaALIEN, sur les Mélanges, livre IT; éd. de Kühn, 1, 814, 1521.
(7) Quatrième livraison de la publication de M. Leemans, planche XII.
6o LES ORIGINES DE L'ALCHIMIE
parmi les pierres gravées gnostiques de la collection de la Bibliothèque Nationale : elle jouait un certain rôle dans les formules magiques et médicales de ce temps.
A la suite de la figure du serpent, on lit dans le manuscrit 2.327 un exposé allégorique de l’œuvre : « Le dragon est le gardien du temple. Sacrifie-le, écorche-le, sépare la chair des os et tu trouveras ce que tu cherches. » Puis, viennent successivement l’homme d’airain, qui change de couleur et se transforme dans l’homme d’argent; ce dernier devient à son tour l’homme d’or (1). Zosime a reproduit tout cet exposé avec plus de développement (2). Les mêmes allégories se retrouvent ailleurs dans un texte anonyme (3), sous une forme qui semble plus ancienne : l’homme d’airain est plongé dans la source sacrée, il change non seulement de couleur (yswux), mais de COr ps (swux), c’est-à-dire de nature métallique, et il devient l’homme d’Asemon, puis l’homme d’or. L'argent est ici remplacé par l’asemon, c’est à dire par l’Electrum, alliage d’or et d’argent, qui figurait au nombre des vieux métaux Egyptiens (p. 49).
Remarquons encore ces allégories, où les métaux sont représentés comme des personnes, des hommes : c’est là probablement l’origine de l’homunculus du moyen âge ; la notion de la puissance créatrice des métaux et de celle de la vie s’étant confondues dans un même symbole.
Un autre traité de Zosime renferme une figure enigmatique, formée de trois cercles concentriques,
(1) Ms. 2.327, fol. 106 ; Ms. de saint Marc, fol. 94. (2) Ms. 2.327, fol. 86, v°.
(3) Ms. de saint Marc, fol. 157 ; ms. 2.327, fol. 110, v®
SOURCES GNOSTIQUES Gr
qui semblent les mêmes que ceux du serpent, et entre lesquels on lit ces paroles cabalistiques : « Un est le tout, par lui le tout, et pour lui le tout, et dans lui le tout. Le serpent est un; il a les deux symboles {le bien et le mal) et son poison (ou bien sa flèche), etc. » (1). Un peu plus loin vient la figure du Scorpion et une suite de signes magiques et astrologiques. Ces axiomes reparaissent, mais sans la figure, écrits à l'encre rouge au folio 88 du n° 2.327 (2) : probablement la figure existait ici dans le texte primitif; mais le copiste ne l'aura pas reproduite.
Dans le manuscrit de saint Marc, fol. 188, v°, et dans le manuscrit 2.240, fol. 96, sous le nom de Chrysopée de Cléopâtre, le même dessin se voit, plus compliqué et plus expressif. En effet, non seulement les trois cercles sont tracés, avec les mêmes axiomes mystiques; mais le centre est rempli par les trois signes de l'or, de l’argent et du mercure. Sur le côté droit s'étend un prolongernent en forme de queue, aboutissant à une suite de signes magiques, qui se développent tout autour. Le système des trois cercles répond ici aux trois couleurs concentriques du serpent citées plus haut. Au dessous, on voit l’image même du serpent Ouroboros, avec l’axiome central : « Un le tout. » Le serpent, aussi bien que le système des cercles concentriques, est au fond l’emblême des mêmes idées que de l’œuf philosophique, symbole de l'univers (3) et symbole de l’alchimie.
(1) Ms. 2.327, fol. 220 et fol. 80.
(2) Voir aussi le ms. 2.325, fol. 83.
(3) Ms. 2.327, fol. 23.
Ce sont là des signes et des imaginations gnostiques, ainsi que le montre l’anneau magique décrit dans le papyrus de Leide et comme on peut le voir dans l’Hisloire des origines du Christianisme de M. Renan (1).
Le serpent qui se mord la queue se présente continuellement associé à des images d’astres et à des formules magiques sur les pierres gravées de l’époque gnostique. On peut s’en assurer dans le Catalogue imprimé des camées et pierres gravées de la Bibliothèque nationale de Paris, par Chabouillet. Les numéποθ ΠΟ. 12.177 2.180, 2.194.200 201 23202; 21203, 2.204,/2.205;12.206; etc, portent la figurede l’Ouroboros, avec toutessortes de signes cabalistiques. De même la salamandre, n° 2.105. Au n° 2.203 on voit Hermès, Sérapis, les sept voyelles figurant les sept planètes, le tout entouré par le serpent qui se mord la queue. Au n° 2.240, le signe des planètes avec celui de Mercure, qui est le même qu’aujourd’hui. C’étaient là des amulettes et des talismans, que l’on suspendait au cou des malades, d’après Sextus Empiricus médecin du 1v° siècle, et que l’on faisait servir à toutes sortes d’usages. Ces symboles sont à la fois congénères et contemporains de ceux des alchimistes.
Le serpent qui se mord la queue était adoré à Hiérapolis en Phrygie, par les Naasséniens, secte gnostique à peine chrétienne. Les Ophites, branche importante du gnosticisme, comprenaient plusieurs sectes qui se rencontraient en un point, l’adora-
tion du serpent, envisagé comme le symbole d’une puissance supérieure (1); comme le signe de la matière humide, sans laquelle rien ne peut exister; comme l’âme du monde qui enveloppe tout et donne naissance à tout ce qui est, le ciel étoilé qui entoure les astres; le symbole de la beauté et de l’harmonie de l’univers. Le serpent Ouroboros symbolisait donc les mêmes choses que l’œuf philosophique des alchimistes. Le serpent était à la fois bon et mauvais. Ce dernier répond au serpent égyptien Apophis, symbole des ténèbres et de leur lutte contre le soleil.
L’'Ophiouchos, qui est à la fois un homme et une constellation, joue un rôle essentiel dans la mythologie des Pérates, autres Ophites; il prend la défense de l’homme contre le méchant serpent. Nous le retrouvons dans Olympiodore (2).
Ailleurs nous rencontrons la langue spéciale des gnostiques : « la terre est vierge et sanglante, ignée et charnelle » nous disent les mêmes auteurs (3).
Les gnostiques, ainsi que les premiers alchimistes et les néoplatoniciens d'Alexandrie, unissaient ἰὰ magie à leurs pratiques religieuses. On s’explique par là la présence de l'étoile à huit rayons, signe du soleil en Assyrie, parmi les symboles qui entourent la Chrysopée de Cléopâtre, aussi bien que dans les écrits Valentiniens. Elle semble rappeler l’ogdoade mystique des gnostiques et les huit dieux
(1) Sur les Ophites, par Pu. BERGER, p. 28, 20, 96 ; 1873. (2) Ms. 2.327, fol. 204.
(3) Zosime, dans le ms, de saint Marc, fol. 190, vo.
élémentaires égyptiens, assemblés par couples mâles et femelles, dont parle Sénèque (1). J'ai montré ailleurs (p. 34) que le nombre quatre joue un rôle fondamental dans Zosime, aussi bien que chez les Égyptiens et chez le gnostique Marcus.
Le rôle de l'élément mâle, assimilé au levant, et de l'élément femelle, comparé au couchant (2); l’œuvre accomplie (πληρούμενον) par leur union; l'importance de l'élément hermaphrodite {la déesse Neith des Égyptiens) cité par Zosime (3), et qui reparaît jusque dans les écrits du moyen âge (4); l’intervention des femmes alchimistes, Théosébie, Marie la Juive, Cléopâtre la Savante, qui rappellent les prophétesses gnostiques (5), sont aussi des traits communs aux gnostiques et aux alchimistes.
Les traditions juives jouaient un rôle important chez les gnostiques Marcosiens. Ceci est encore conforme à l'intervention des Juifs dans les écrits alchimiques et dans les papyrus de Leide.
Zosime, et Olympiodore reproduisent les spéculations des gnostiques sur l’Adam, l’homme universel (6) identifié avec le Toth égyptien: les quatre lettres de son nom (7) représentent les quatre éléments. ἔνε s’y trouve assimilée à Pandore. Prométhée οἵ
(1) Questions naturelles, II, 14.
(2) Ms- "22327; 01-1206:
(5) Ms 2527, fol. 250:
(4) Theatrum Chemicum, V, 804.
(5) Renan, Histoire des origines du christianisme, τ, VII, p. 116.
(6) Ms. 2.327, fol. 20, et ms. 2.240, fol. 08, transcrit en partie dans Hæfer, I, 534 — ms. de saint Marc, fol. 190.
(7) L'auteur ne savait pas qu’en hébreu ce nom n’a que trois lettres.