fol
(CMS 2.327, fol Tr Eve (4) Ms. 2.327, fol. 162 et suiv.; ms. de saint Marc, fol. 78. (5) Ms. 2.327, fol. 168.
A cet égard, le nom de Sergius, qui se trouve dans la liste alchimique, et auquel le philosophe chrétien a dédié (1) son traité sur l’eau divine, est fort important ;car il semble qu'il s'agisse de Sergius Resainensis, lequel, au temps de Justinien (vi siècle), traduisit en syriaque les médecins et les philosophes grecs, ainsi que nous l’apprend M. Renan dans sa thèse sur Ja philosophie péripatéticienne parmi les Syriens (1852). Nous sommes amenés par là vers la Mésopotamie, du côté d'Édesse, ville où il existait alors une académie célèbre, c’est-à-dire un centre scientifique, et du côté de Harran, où s'était développée une école qui demeura païenne jusqu’au xr° siècle.
L’alchimie pratique et théorique continuait cependant à être cultivée à Constantinople, comme l'attestent l'invention du feu grégeois (2) et les écrits des moines Cosmas, Psellus, et Blemmydas, ajoutés après coup dans quelques-uns de nos manuscrits. Mais, pendant ce temps, la science prenait un développement nouveau et capital chez les Arabes.
$ 10. — Transmission de l’Alchimie aux Arabes et aux Occidentaux.
L'origine grecque de la chimie arabe n’est pas douteuse : les noms mêmes d’alchimie (3) et d’alambic ne
(1) Ms. de saint Marc, fol. 101.
(5) Voir mon ouvrage : Sur la force des matières explosives, τ. 11. p. 352, appendice (1883).
(3) Zur Chemie der Araber, E. WIEDEMANN, P. D: Morgenlandischen Gesellschaft, τ. XXXII, 1878. — Alchymia, par GILDEMEISTER, même recueil, t. XXX, p. 534, 1870.
sont autre chose que des mots grecs, avec addition de l’article arabe. Les vieux maîtres, Démocrite, Zosime et les autres, sont mentionnés dans les livres arabes; je l’ai établi plus haut (p. 130), en donnant des extraits du Kitab-al-Fihrist. Les doctrines et les pratiques des Arabes demeurent d’ailleurs les mêmes, surtout au début; ainsi qu'il est facile de le reconnaître en lisant Geber, le maître des alchimistes arabes.
Geber (Al-Djaber) vivait à la fin du vin siècle. On lui a attribué plus de cinq cents ouvrages; mais ils appartiennent pour la plupart à des époques postérieures. Le principal etcelui qui semble le plus authentique est la Summa perfectionis magisterit 1n sua naturä (1). C’est un ouvrage composé avec méthode, postérieur par là même aux travaux confus des alchimistes grecs qu'il coordonne. La naïveté de certains passages montre d’ailleurs un homme sincère ct convaincu de la vérité de son art.
Il débute par l’exposé des obstacles qui empêchent l’art de réussir : obstacles qui viennent du corps εἴ de l'esprit. Ceci rappelle la page du pseudo-Démocrite sur les vertus de l’initié (p. 160). Puis vient la réfutation en forme et par arguments logiques des ignorants et sophistes qui nient la vérité de l’art.
Ce doute ne se rencontre guère formulé dans les alchimistes grecs : il accuse une époque postérieure et une réflexion plus approfondie. Geber le refute longuement. Cependant 1] n’est pas d’une crédulité absolue, car il nie l'influence de la position des astres
(1) En latin, dans la Bibliotheca chemica de Mancer, t. I; en français, dans la Bibliothèque des Philosophes chimiques de SALMON.
sur la production des métaux; contrairement aux opinions régnantes du temps de Zosime et de Proclus.
La matière de l'art réside, d’après Geber, dans l’étude des substances, telles que le soufre, l'argent, la tutie, la magnésie, la marcassite, le sel ammoniac, etc.; énumération qui rappelle les catalogues du pseudo- Démocrire. Le rôle des esprits volatils nous reporte aux eaux divines et aux appareils distillatoires de Zosime.
En effet, la description des opérations est faite à part par Geber. Ce sont : la sublimation; la volatilisation per descensum ; la distillation par évaporation, ou par simple filtration; la calcination; la solution; la coagulation, qui comprend la cristallisation, et la fixation des métaux; la coupellation (examen cineritir); l'amollissement (incération) des corps durs, etc. Tout ceci existe déjà dans les écrits des alchimistes grecs; mais Geber l’expose avec une clarté et une méthode qui leur manquaient, et qui rendent l'intelligence des vieux auteurs plus facile.
Puis vient une description scientifique des métaux, analogue à celle des traités modernes. Mais il s’y joint l'indication des méthodes propres à les fabriquer de toutes pièces. Geber en effet regarde les métaux comme formés de soufre, de mercure et d’arsenic; théorie qui vient des alchimistes grecs et qui s’est perpétuée au moyen âge. L'or, en particulier, est formé par le mercure purifié, associé à une petite quantité de soufre pur. Le soufre, le mercure, l’arsenic purs de Geber sont des matières quintessen-
ciées, plus subtiles que les substances vulgaires qui portent le même nom. Celui qui parviendra à Îles isoler, pourra fabriquer et transformer à volonté les métaux. Le mercure qui donne la perfection aux métaux n'est pas le vif argent naturel, mais quelque chose tirée de lui : il faut lui ôter le grossier élément terrestre et l'élément liquide superflu, pour ne garder que la moyenne substance. De même pour le soufre et l’arsenic, qu'il faut dépouiller de l'impur élément terrestre et de l'élément igné, c'est-à-dire inflammable.
En fait, c'est en soumettant les métaux à des oxydations et calcinations prolongées, puis en les réduisant à l’état de corps métalliques, et en répétant ces opérations, que Geber cherche à les dépouiller de leurs propriétés : par exemple, on Ôte ainsi à l’étain son cri, sa fusibilité, sa mollesse, qui le distinguent de l'argent; on l'endurcit et on le rend plus fixe par des régénérations successives (ce qui est erroné). De même pour le plomb, que Geber déclare suceptible d’être changé facilement en argent : toutefois il reconnait avec sincérité que ce métal deux fois calciné par lui et deux fois régénéré (remis en corps) ne s'est pas endurci.
Toutes ces pratiques et ces théories concordent avec celles des papyrus et des manuscrits (p. 87); elles font suite, pour ainsi dire, aux théories de Stéphanus. Le langage de ce dernier diffère à peine de celui de Geber, qui l’a suivi à un siècle d'intervalle.
Ces études furent continuées avec ardeur par les Arabes de Mésopotamie et d'Espagne, qui les enrichirent d’un grand nombre de découvertes, telles que
la fabrication de l'alcool, de l’eau-forte, de l'huile de vitriol, du sublimé corrosif, du nitrate d’argent. Ils marquent donc un nouveau progrès dans l’ordre des études chimiques; je dis dans l’ordre pratique, car dans l'ordre philosophique, ils ne sortent guères des cadres des théories grecques. Toutefois, je n'irai pas plus loin. Quel que soit l'intérêt de cette histoire, un Orientaliste seul peut en entreprendre l'exposé, pour laquelle l’examen approfondi des manuscrits arabes et hébreux de nos bibliothèques, pour la plupart inédits, serait indispensable.
C’est par les Arabes que les études alchimiques revinrent en Occident, au temps des croisades. c'est-a dire uyers le me gSiècle.t Il: estosfacilede s'en convaincre, en lisant le T'heatrum chemicum, collection informe des traités alchimiques du moyen âge. Elle ne renferme aucune œuvre des alchimistes grecs, mais seulement les traductions latines des Arabes et les traités de leurs imitateurs, du x au xvii® siècle. Les recherches chimiques se poursuivirent dès lors en Occident, jusqu’à la fondation de la science moderne.
En résumé, les pratiques métallurgiques et les premières idées de transmutation viennent de l'Égypte et de la Chaldée et elles se perdent dans une antiquité probablement fort reculée. Les Grecs d'Égypte ont transformé ces pratiques en une théorie demi-scientifique, et demi-mystique, à peu près comme ils ont fait pour l'astrologie. Leur science, transportée à Constantinople, s’est transmise à son tour aux Arabes, vers les vi et νι siècles, ainsi que lattestent formellement
les passages du Kitab-al-Fihrist; enfin, ce sont les Arabes de Syrie et d'Espagne qui l'ont enseignée à l'Occident. Telle est, je le répète, la filiation historique de l’alchimie.