CHAPITRE Il
ist les Égyptiens réunissaient dans une même liste et dans un même groupe les métaux vrais, leurs alliages et certains
minéraux colorés ou brillants, les uns naturels, les autres artificiels. Les mêmes ouvriers traitaient les uns et les autres par les procédés de la cuisson, c’est-à-dire de la voie sèche. Les industries du verre, des émaux, des alliages étaient très développées en Egypte et en Assyrie, comme le montrent les récits des anciens et l’examen des débris de leurs monuments.
Cette assimilation entre les métaux et les pierres précieuses reposait à la fois sur les pratiques industrielles et sur les propriétés mêmes des corps. Elle paraît tirer son origine de l'éclat de la couleur, de l’inaltérabilité, communes à ces diverses substances. Les noms mêmes de certains métaux en grec et en latin, tels que l’électros, c’est-à-dire le brillant; l’argent appelé argyrion, c’est-à-dire le blanc, en hébreu le pâle; le nom de l'or, qui est aussi dit le brillant en hébreu, rappellent l’aspect sous lequel les métaux
rares apparaissent d’abord aux hommes et excitent leur avidité. Dans la fusion accidentelle des minerais : produite au moment de l'incendie des forêts
« Ils les voyaient se solidifier à terre avec une couleur brillante et les emportaient, séduits par leur éclat (1). » On les trouvait aussi dans le lit des rivières, associés aux pierres précieuses (2).
Les Egyptiens n'avaient, pas plus que les anciens en général, cette notion d'espèces définies, de corps doués de propriétés invariables, qui caractérise la science actuelle; une telle notion ne remonte pas au delà du siècle présent en chimie. De là la signification multiple et variable des noms de substances employés dans le monde antique. Ceci étant admis, ainsi que la possibilité d’imiter plus ou moins parfaitement certains corps, d’après les expériences courantes sur les matières vitreuses et les alliages, on étendait cette possibilité à toutes, par une induction légitime en apparence. Les extractions de la plupart des métaux et les reproductions effectives des verres et des alliages ayant lieu en général par l’action du feu, à la suite de pulvérisations, fusions, calcinations, coctions plus ou
(1) Quiquid id est, quâcumque ἃ causà flammeus ardor
Horribili sonitu silvas exederat altas Ab radicibus in terram percoxerat ignis, Manabat venis ferventibus in loca terræ Concava conveniens argenti rivus, et auri, Æris item et plumbi; quæ cum concreta videbant Posterius claro in terris splendore colore, Tollebant nitido capti..….
Lucrèce. De naturä rerum, 1. V.
(2) Et perlucentes cupiens prensare capillos
Vorticibus mediis oculos immittet avaros.