‹ Les origines de l'ancienne France (volume 4)Chapitre 12 sur 125 · LIVRE III. — Ire PARTIE · texte numérisé non relu

LIVRE III. — Ire PARTIE

et terres libres leur doivent des services pour les aider à défendre la commune patrie. Là cesse le privilège de l'immuniste1, là s'arrête et s'incline l'indépendance de l'alleutier2.

1 a ... Si dissipatio inter nos etnostros vicinos et turbatio crescat, quod absit, homines Sancte Crucis non commoneantur neque moveantur ut eant homines occidere , vel terras christianorum predare atque devastare, neque castellum neque vallum facere... Si tamen inimiei nostri in honorem nostrum supervenerint, tune omnes eant ut défendant sua ab inimicis propria » (Charte de fondation de l'abbaye de Talmont, par Guillaume le Chauve, seigneur de Tal» mont, vers 1049. CartuL, p. 68).

« Ego Helias de Didonia... concessimus, atque de nostra potestate in liberam atque propriam potestatem monachorum in ecclesia S1 Stephani... quiquid possidebamus in prefata villa... Hoc tantum retinuimus, quod si aliquis inimicus terras nostras vastandi causa invaderet, burgenses istius ecclesie, quemadmodum ceteri, mecum expugnare adjuvarent » (CartuL de Saint-Etienne de Vaux, 1075- 1108, ch. 54; CartuL de la Saintonge, I, p. 42).

a Guido Aquitanorum dux... dimisit ne amplius (coloni Scte Marie) unquam in exercitum ducerentur extra Sanctoniam, nisi amissione sue terre, si quis violentia eam sibi vellet auferre » (CartuL de Notre-Dame, de Saintes, 1079, ch. 53 ; CartuL de la Saintonge , II, p. 54).

2 Voici une charte du CartuL de Saint- Jean d'Angély qui l'exprime avec une rare précision : « Ego Wuillelmus dux Aquitanorum cum adhuc junior essem... abstuli quemdam burgum qui vocatur alaudium... postmodum... reddidi Deo et Sancto Joanni... Volo neminem ignorare prœdictum alaudium ab omni consuetudine mea liberum et absolutum esse nisi forte quando populus undecunque vocatus etiam de alaudiis militum ad nominatum hélium pro patria' pugnaturus processent » (Cartul. de Saint-Jean d'Angély, MS. fos 184 v°-185 r°).

Il est à noter que ce service public dû par l'alleu faisait parfois l'objet d'une sorte de cantonnement. Le chef de la région avait des droits sur une partie de l'alleu pour le faire concourir à la défense commune. C'est ce que nous voyons dans le Hainaut : « Ego cornes Balduinus portiunculam unam silve ad illam partem allodii pertinentes que vulgo haia dicitur, que pro defensione patrie et rei publiée solet péri, et jus advocatie hujus terre pro tuitione allodii ad pacem ecclesie, nutu et assensu prescripte Mainsendis hanc elemo-

LE PEUPLE. 25

Toutefois il faut pénétrer plus bas pour atteindre une ^association plus étroite.

I Voici d'abord l'ancien pagus. Il devient comté féodal, sauf à se morceller et à se subdiviser1 par des inféodations volontaires ou des partages forcés. Non seulement le comte carolingien profite de l'existence d'un groupe naturel pour y implanter solidement son pouvoir, mais l'aventurier, le comte par la grâce de Dieu, ne fait pas autrement. Tous deux ils s'efforcent de maintenir ou de reconstituer le pagus dans ses antiques limites et de s'en faire une seigneurie. Ils y parviennent à l'aide du lien de fidélité2, et ainsi le régime seigneurial, tout en reposant sur une hiérarchie personnelle, travaille à reconstituer une unité territoriale, factice en apparence, naturelle au fond.

I A mesure que vous descendez, le groupe prend plus de réalité encore et plus de consistance. Si le comte n'avait eu que des vassaux proprement dits et ceux-ci à leur tour que des tenanciers et des sujets éparpillés au hasard, la cohésion aurait mis un temps infini à triompher. Mais le rapprochement, l'habitation en commun, était une néces-

isité. La difficulté des communications, le genre de vie, la production économique rendaient le rapprochement désirable : le besoin de protection l'imposait. Quand, au neuvième siècle, le désordre éclate, quand il gagne en étendue

i et en intensité jusqu'à aboutir au règne de la force et de l'arbitraire individuels, comment les hommes ne se serre-

sinam conferentis, et domni Glarembaldis abbatis S. Pétri, in manu mea michi retinui » (Cartul. de Saint-Pierre d'Haumont , MS. f° 16 v°, 1178).

x Par morcellement, j'entends la formation de nouveaux comtés, par subdivision, les vicomtés, vigueries, châtellenies , etc. Les pre- ! miers appartiennent à l'histoire générale; quant aux autres, j'aurai ! ! à les considérer, au cours de cet ouvrage, comme divisions politi- | ques et administratives, notamment dans la description des diverses ; régions de la France.

2 Voyez la deuxième Partie du présent Livre.

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