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LA VILLA SE DEMEMBRE AU PROFIT DU VILLAGE

L'usurpation — par suite notamment de l'éloignement les moines1 — s'exerce avec une telle intensité, qu'au lire de Guimann, l'abbaye a perdu les neuf dixièmes de ses possessions de 866 à 1170 2.

Enfin, Tinféodation a lacéré, déchiqueté les domaines. Z'est à peine souvent si quelques lambeaux d'une terre restent aux mains des religieux. Presque partout le droit de propriété est émietté et dispersé.

Dans beaucoup de villœ, l'abbaye a pour tout bien, ici, quelques courtils, quelques hôtes; là, un mansus dominicatus; plus loin , quelques redevances , une partie des dîmes, ou des parcelles de terres, ou quelques feudataires vavassores, legii, etc.)3.

Dans d'autres, elle a retenu des quotes-parts : un tiers

veret obtulerunt et in singulis villis mansum unum ubi constructis horreis décimas altaris et navis ecclesiarum que nobis remarièrent poneremus concesserunt. » — L'accord est conclu en Fan 1106 [Cartul. de S.-Vaast d'Arras, p. 297).

1 Guimann engage ses frères à ne plus s'en remettre à la foi des villici, ou en général des laïques, mais à charger un moine de faire des tournées incessantes : « Illud precipue monemus ut nequaquam fidei vel potius perfidie villicorum seu laicorum res committatur, quia non médiocre dampnum eos nobis intulisse experti sumus. Quamobrem monachus fidelis et boni testimonii constituatur qui universam civitatem et terras, de quibus hostagia debentur, sollerter circumeat et non tantum que vel quanta vel a quibus debentur, sed precipue :et super omnia de quibus terris debeantur intentissime denotet... » (Cart. de S.-Vaast , préface de Guimann, p. 7).

2 « ... Qum majorum neglectus eisdem possessionibus tantum pepererit detrimentum, ut ipsarum vix ad nos pauce reliquie pertigerint. Quod ex descriptione illa que pênes nos habetur, que anno Yerbi incarnati D. CGC. LXVI, jubente serenissimo rege Karolo, ...

: facta est, probare perfacile est; in qua cum universa Ecclesie nos- « tre ita ad unguem sint exarata, ut et viilarum numerositas et man-

cipiorum diversitas et servitiorum qualitas quantitasve , ubi lucide ; et expresse denotetur, vix nos omnium decimam habere non jam ex

libro conjicimus, sed experientia sentimus » [ibid., p. 5).

3 Cartul. de Guimann, passim.

des produits1, un sixième de la justice, du tonlieu, etc.2 Ailleurs, la villa tout entière a été donnée en fief pa fractions d'un sixième, un tiers, une moitié3.

Parfois, la suzeraineté même semble avoir péri. L'abbaye n'a qu'une autorité indirecte sur le seigneur d'une villa, dominus villœ. Pour se l'attacher en qualité de vassal, elle a dû lui donner en fief soit de l'argent4, soiî la justice d'un autre territoire5, soit des terres ou d& •vavasseurs.

Voici, d'autre part, la villa de Neuville, dont l'unité apparente s'est conservée et qui continue à appartenir à l'abbaye. J'y relève trente-sept hôtes contre vingt-huit tenanciers de courtils. Les trente-sept hôtes sont tous inféodés à des vassaux, qui les sous-inféodent à des vavasseurs, et ceux-ci à d'autres. L'homme puissant de la villa est le villicus Wichard. Son fief consiste, outre la villicatio, dans le tiers du produit de la justice et des afforages, dans un manse, vingt-deux mencaudées de terre, dix-sept hôtes,

1 « In Tylloyt. .. habet tertiam partem reddituum ville (ibid., p. 282). — In Rincurt... habet tertiam partem in terragiis, in relevationibus, in hostagiis... Robertus homo legius Sancti Vedasti : feodus ejus est villicatio et tertia pars redituum ejusdem ville. Petrus homo legius Sancti Vedasti : feodus ejus est tertia pars reddituum ville » (ibid., p. 282).

2 a In hac (villa) habet Sanctus Vedastus sextam partem districti, furni, theloneique, terram ad IX modios et duas partes décime ejusdem terrée quam tenet in feodo et in societate Adam » (ibid., p. 262).

3 (( Villam de Bayri tenent in feodum legium de Sancto Vedasto III vavassores quorum hec sunt nomina : Hugo legius homo Sancti Vedasti, feodus ejus est sexta pars ville de Bayri; Balduinus... feodus ejus est due partes medietatis ville de Bayri ; Petrus... feodus ejus est medietas ville de Bayri » (ibid., p. 287).

4 « Dominus ejusdem ville homo Sancti Vedasti est habens de feodo singulis annis G. sol. » (ibid., p. 263).

5 « In Gruciculis... habet (S. Vedastus) decimam in sartis Mardi ejusdem ville domini qui A. homo est S1 V1, tenens de eo districtum et justitiam territorii de Louemes » (ibid., p. 272).

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euf vavasseurs. L'un de ces vavasseurs, Eustache, a un ous-feudataire, Nicolas, qui tient de lui trois hôtes1.

Notre point de départ a été la villa. Considérons-la à ! otre point d'arrivée. Son sort final est marqué par les icissitudes qu'elle vient de subir et auxquelles s'ajoutent ncessamment, pour achever l'œuvre désorganisatrice2, et es partages égaux des biens par succession3, et les achats,

1 Ibid., p. 391-394: «Wichardus homo legius Sancti Yedasti, sub elevatione X. librarum , feodus ejus mansus, villicatio, tertia pars ;>risfactorum et foragiorum contra Sanctum Vedastum, XXII manc. erre, XVII hospites IX vavassores; et hec nomina eorum...

. Eustachius de Squavia homo legius Wichardi, feodus ejus vavasor .1. legius Nicolaus qui tenet de eo IL hospites et quadraginta Yianc. terre. »

2 La répartition en des mains innombrables de domaines primitiement possédés par un seul se laisse suivre dans beaucoup de artulaires. Parfois elle s'opère si lentement et avec tant d'obscurité [ue les droits individuels se superposent, s'enchevêtrent et donnent ieu à la plus désastreuse indivision.

En 1097, le prieuré de Ghamaillières acquiert la propriété d'une ncienne villa 9 la villa de Combres (commune de Ghamaillières). >'est une terre fertile, mais les friches l'ont envahie et la recouvrent, >ar suite du grand nombre de participants qui se la disputent :

Nam cum vicenorum aut eo ampli us sub dominorum dicione posium sit... silvam non modicam in eo adolevisse intuemur. Hoc tajaen lîcet ita desertum, licet tanta dominorum numerositate et dtercationibus sic dixerimus destitutum... » Le prieur Jarenton, >our recueillir le consentement des intéressés, dut parcourir tout e pays d'alentour : « Per singulos loci dominos singulis in oppidis *el villulis degentes strenue peragrans. » Il n'y avait pas moins de œuf catégories d'ayants-droit dont les confirmations sont rapportées >ar la charte et qui touchèrent ensemble, pour prix de leur consentement, plus de douze cents solidi (Cartul. de Chamaillières , ). o-lO).

3 Les privilèges de masculinité et d'aînesse ne triomphèrent qu'au :ours des siècles postérieurs. A l'époque objet de nos études, le partage égal est la règle. Il l'est, du reste, dans tous les temps et ous les lieux où domine l'individualisme. Je traiterai le sujet dans e livre suivant.

ventes, engagements1, et enfin les libéralités en terres, s nombreuses, faites aux corps religieux par les petits e parles grands, par l'opulent propriétaire foncier comme par le "plus humble laboureur2.

4 Au xe et au xie siècle , l'engagement, nous le verrons au livre IV, équivaut presque toujours à une aliénation.

2 Sur ces libéralités, comme aussi sur les nombreuses acquisition! à titre onéreux faites par le clergé, voir la cinquième Partie du pré sent Livre.

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