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CHAPITRE XII

onzième siècle ne saurait nous surprendre1, nous étonnerons-nous davantage que leur appropriation privée fût encore à ses débuts?

Chez les nations primitives dont la population peu dense, et plus nomade que fixe, trouve dans les bois ce qui est nécessaire à ses besoins premiers, l'abri, le fruit sauvage, le gibier, Ton ne conçoit pas que la forêt puisse ne pas être à tous. Comment lui assigner des limites, puisqu'elle s'étend plus loin que l'homme ne peut régulièrement pénétrer, et comment en détacher des parcelles puisque l'aménagement et la culture forestière sont également ignorés ?

Et puis un respect religieux protège l'intégrité des grands bois. Il s'éveille dans l'âme humaine, en face de ces profondeurs aussi insondables que la voûte céleste ou les abîmes de l'Océan , un sentiment de vénération et d'horreur sacrée. Les religions primitives en sont comme imprégnées, et les légendes poétiques en ont jusqu'à nous transmis les lointaines vibrations.

La forêt reste donc hors du commerce comme l'air que l'homme respire, comme l'eau où chacun peut puiser, comme le temple où il adore ses dieux.

Telle nous apparaît encore à beaucoup d'égards la conception des Germains alors qu'ils viennent s'établir en Gaule, et cette conception elle n'avait pas entièrement disparu au onzième siècle.

Les seigneurs, dans le début, ne prétendaient pas à la propriété des forêts, mais à l'imposition de certaines redevances sur tous ceux qui par la paisson, le pacage, la coupe de bois, le défrichement, en tiraient parti, de père en fils, depuis un temps immémorial. C'était au nom de leur droit de souveraineté, légitime ou usurpé, qu'ils levaient ces redevances, ce n'était pas à titre de propriétaire.

* J'aurai à revenir sur ce sujet dans le cours de mon ouvrage. Un tableau d'ensemble de nos anciennes forêts a été tracé par M. Maury, Les forêts de la Gaule et de V ancienne France (Paris, 1867).

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La propriété de la forêt ne sortit pour eux qu'indirectement, et par une marche graduelle, de leur souveraineté.

La principale étape fut franchie quand les seigneurs mirent, en vertu de leur ban, les forêts en défens, les soustrayèrent à la jouissance commune, non seulement pour s'assurer le droit de chasse, — seul but qu'à ma connaissance les historiens ont assigné aux garennes; — mais aussi pour monopoliser les droits d'usage à leur profit ou au profit des vassaux et des corps religieux qu'ils voulaient avantager1. Paisson, parcours, coupe, défriche-

1 Cette filiation historique ressort pour moi avec une pleine évidence des deux chartes suivantes. Je les juge très précieuses, la seconde surtout, et je les publie dès lors presque in extenso.

« Ego Jacobus dominus Gusie et Leschiarum tam presentibus quam futuris. Generalis constitutio quam roboravit usus et protelavit antiquitas sine salubri consideratione non débet temere commutari. Verum quotiens ad honorem Dei et ad servorum ejus commoditatem pacem salutemque animarum transfertur in aliquo vel mutatur minus débet habere scandali plus favoris, quia nunquam consuetudo vel usus prejudicant veritati. Lieet autem terrarum principibus pro personarum locorum ac temporum qualitate juxta equum et bonum formare consuetudines et mutare. Ecclesiastica vero et civili censura jure firmatur pro Deo facta dispositio et libérions status obtinet dignitatem cum ei dedicata cognoscitur a quo bona cuncta procedunt.

Ea propter, hominum meorum benivolentia et consilio confortatus, assensu et favore uxoris mee Adelaidis, Fusniacensi cœnobio... silvam ipsam monasterio adjacentem et silvam de Sparsiaco, ab omnium aliorum hominum usu et aisentia absolutam et liber am esse concedo. Et sicut in eis jus fundi possident, sic exclusis omnibus, omnes aisentias predictorum nemorum pacifiée et quiete possideant sine omni retentione consuetudinis... » {Cartulaire de Foigny, MS., f° 86 r°v°, 1174).

«;Ego Balduinus cornes Hainoensis... Altimontensis abbas Clarenbaldus... penuriam nemorum futuram precogitans me expetiit et pro animabus patris mei... elaboravit precibus a me obtinere elemosinam que hujusmodi est.

Inter municipium Melboldium et Altimontense territorium , in territorio de Louroeles, de quo certum est quod Altim. monasterii fratres teneant illud de ecclesia Nivellensi censualiter, adjacet nemus assiduis succissionibus circamanentium et maxime Melbodiensium

ment, etc., tout était interdit alors aux anciens usagers; la forêt était retirée du domaine public; elle entrait dans le domaine privé.

Le droit de défricher surtout nous intéresse ici. C'est grâce à lui que des villages purent être créés en grand nombre.

Un chroniqueur du onzième siècle déclare que deux éléments sont indispensables à la fondation d'un monastère :

jam fere depopulatum et redactum ac nichilum. Ut hoc ad usus sue ecclesie custodirem , defensarem, sub nomine et titulo elemosine, abbas predictus expetiit , et ut securîor esset quod in custodia fîdelius ageretur et diligentius, decrevit michî et successoribus meis in eadem custodia sollicitudinem exhibituris persolvere singulis annis censualiter XX solidos valenceniensis monete in nostris elemosinis distribuendos. Sic abbas petiit, cujus petitioni adquievi... de predicta elemosina abbatem investiendo et nemus predictum ad usus ecclesie in nostra suscipiendo custodia.

Ex auctoritate igitur officii nostriprecipio ut nulli mortalium liceat ulterius ingredi totum nemus de Louroeles, causa succidendi vel tollendi aliquid , neque vivum , neque mortuum, neque viridem, neque siccum, nichil prorsus omnino. Nullum animal inducatur ad pastum.

Abbas Altim. et sui ad omnes usus ecclesie sue nemore utantur ut suo proprio, nunc quando voluerint succidendo, quando voluerint propria animalia ad pastum inducendo.

Abbas providebit forestarium et quotienscunque voluerit muttare, succedeutem forestarium michî presentabit et ego imponam illi curam custodiendi nemoris sub reclamatione nostri nominis ad voluntatem Altim. abbatis. Cui si quis pro causa nemoris se reum fecerit violener aut injuriose resistendo et nostrum decretum negligendo pro certo noverit se nostram incurrisse iram et quod ipse in nostra manu erit et quicquid habebit...

Dispono etiam . ut successores mei istius carte continentiam teneant et elemosinam cognoscant et in custodia nemoris pro salute anime mee fîdeliter et sollicite agant... » {Cartulaire de Saint-Pierre d'Haumont,W[§., f° 9 v°, 10 v°, 1181).

Les mêmes principes se dégagent de documents du xie siècle. Ainsi, en l'an 1074, le duc de Normandie, Guillaume le Conquérant, accorde à l'abbaye de S^Vandrille, de sa propre autorité et largesse, des droits d'usage dans deux forêts du duc d'Evreux : v< Ut fratres suffîcienter de his duabus forestibus haberent et hoc non ex dono

LES VILLAGES CREES DANS LES FORETS

l'eau et la forêt1. Ils ne Tétaient pas moins à la fondation des villages.

Un village, sans doute, pouvait s'établir ou se former sur les terres désertes, si abondantes encore au onzième siècle2 et qui, elles aussi, dans beaucoup de régions, étaient des res nullius accessibles au premier occupant3, sauf ;les règlements que pouvait faire le seigneur territorial4.

alterius sed ex mea auctoritate et largitione cognoscerent. Hoc autem ,tale erit. Quando monachi ad suum ardere et ad edificia monas- [terii, etc.. (Moreau , t. 31, f° 34, Neustria pia, p. 1 68). [ 1 Orderic Vital, Histor. III, 2 (T. II, p. 16-17). « Videtis quia . locus iste, ubi cœpistis sedificare, habitationi monachorum aptus non

est, quia ibidem aqua deest et nemus longe est. Certum est quod [absque his duobus elementis monachi esse non possunt. »

2 Nous aurons souvent l'occasion de le constater.

3 Cartul. de Saint-Etienne de Dijon (MS. f° 77, xne s.) : « Ego Stephanus de Maresc... non minorem eis libertatem in tota Ormenciaci potestate indulsimus ut ubicumque terram vacantem reppere- ; rint ad nutum suum excolant eam et exerceant eam, ita quod nec de culturâ, nec de pastura neque de inventis sive quibuslibet necessariis alicui respondeant. Quod si etiam terra occata et mita fuerit et cultor eis suum laboremvendere voluerit, facto de labore convenienti placito ipsam terram deinceps possidebunt pro alodio... »

Même Cartul. f° 87 : « Otho Dominus de Mirebello concessit... terram quolibet modo ab eorum hominibus et animalibus excultam ita ut terciis redditis, pro alodio eam haberent , et nec pro se nec pro eis unquam tolleretur. »

Cartul. de Moutier en Argonne, (MS. f° 18 v°, xne s.) : « Vermundum Crassum... concessisse pred. fratribus libéra prata que in communi terra excoluerunt. »

4 Ces règlements, comme pour les forêts, conduisaient à l'appropriation des terres vaines et vagues. Les chartes suivantes peuvent servir de preuve :

« Ego Oliba dei gratia Cornes Bisuldun. dono et concedo monasterio Sancti Johannis..., in perpetuum, portum quoddicitur Coma de Vacca et Coma de Freder. .. vobis et successoribus vestris per franchum alodium, quod nidlus mittat ibi peccora vel jument a , sive cujuscumque generis sint animalia ad pascendum, contra vestram voluntatem, sed vos habeatis... dictas comas (combes) montes et colles serras et pianos... ad peccora vestra pascenda et quibus volueritis, et ad omnes vestras voluntates perpetuo faciendas sine omni contra-

Mais l'événement semble avoir été rare1. — Aussi quelle différence dans les avantages offerts !

En rase campagne, le paysan était exposé presque, sans merci à l'inclémence des saisons et aux déprédations des gens de guerre, il était privé d'une infinité de ressources et de moyens de subsistance que la forêt procurait à ses hôtes. Elle les protégeait contre le froid, le vent et l'ennemi, elle leur livrait un sol rapidement fertilisable par l'écobuage, la combustion des taillis et des souches. L'abondance des sources et la fraîcheur des futaies faisaient naître des prairies naturelles excellentes. Le bois de charpente nécessaire à la construction des maisons était fourni par le défrichement ; le bois de chauffage et la feuil-

dimento tocius persone. » (966, Cartul. Rous sillonnais, ch. xi, p. 23). I

a Idem... eidem ecclesie emancipavit partem quandam terre que erat in marisco, ut ejusdem ecclesie fratres pratum sibi necessarium possent ibi facere , ubi prius communia pascua esse dicebantur » 1113-1151, Cartul de Foigny, MS. f° 19 v°).

u ... in terra que est juxtaT. sub villa que dicitur P. concesserunt fratribus ut pratum facerent et eis contra ejusdem ruris rusticos qui inibi communia pascua se habere debere calumpniabantur indeficientem warandiam se prebituros esse professi sunt. » (1153, ïbid., f° 48 v°, 49 r°).

1 On en trouve cependant des traces remontant jusqu'au neuvième I siècle : « ipso villare quod ipsi monachi Edo Tresulfus traxerunt de

heremi vastitate et ipsas Vjnnales ipsi hedificaverunt omnibus

apprehensionibus quas ipsi monachi propriis manibus de heremo traxe- I runt, aut quorumlibet attracto... » (881, Cartul. Roussill., ch. 2, p. 8-9).

Je note ensuite au xie siècle cette remarquable concession faite par le comte de Poitiers, duc d'Aquitaine, Guillaume IX, au prieuré de Sainte- Gemme, près de Saintes : « Cornes Willelmus sanctam Gemmam veniens , domnum Theodardum amplexatus, Arnaldum ut œdificaret domos ammonuit... Terram de Falto cum eis daret, dixit : « Haec terra quam vobis dono , sterilis sine cultoribus parum vobis proderit. » — « Nos, inquiunt, Domine, nolumus homines habere. Praepositi namque vestri et Forestarii eos assidue vexarent, et nos sic inquietarent. » — « Et ego, inquit, do huic loco , ut quicumque de omni terra mea ad vos et ad successores vestros, venire voluerit, tantum ignis domus patris non extinguatur, sine ulla contradictione suscipiatis. Et si homines vestri, vel etîam vos in aliquibus nostri

LES VILLAGES CRÉÉS DANS LES FORETS

ée, le miel, le fruit sauvage et le gibier, enfin la glandée >our les porcs (ressource fondamentale du paysan) , par a, forêt restée debout.

Attirées par ces avantages, des colonies de nomades, \ospites, se fixaient librement dans les forêts non mises en léfens, ou s'établissaient dans les autres, avec le consenement des seigneurs locaux, à charge de redevances et de ervices convenus. Le village se créait alors de lui-même; 1 était vraiment fondé par l'initiative de ses habitants.

Je n'en ai guère rencontré d'exemple détaillé dans les chartes1, et je n'en suis pas surpris. Si, en un tel cas , une invention était faite, elle l'était bien rarement par écrit.

uns rébus excesseritis , ante nullum alium , nisi ante me et succesores meos emendare, vel rectum facere ab ullo cogamini » (Cartul. le Sainte-Gemme , Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 411 J.

Comme d'autre part les forêts renaissaient avec l'abandon des ,ultures, il y avait, la tranquillité revenue, double attrait pour l'imnigrant. Voici ce qu'un chroniqueur raconte de l'Anjou au temps de 7oulque le Bon (938-958) : « Pacis quiete divinitus concessa, cônes... inopiam prœteritorum temporum , quam hostilitates diutinae nvexerant, abundanti opulentia bonorum terrée recompensare stuliiit. Tune vero multi ex extraneis diversisque regionibus circumpositis incolee in pagum istum commigrarunt , tam démenti bonitate orincipis quam ubertate glebae hue evocati. Namque terra ista, per diutinam solitudinem et cessationem culturae pinguefacta mirabili tune fertilitate fructuum et bonorum omnium resplendebat et respondebat; silvarum incrementis pleraque sui parte vestita, eas incidentibus et concidibus colonis ipsis locis viventibus facili labore satisfaciebat » [Chroniques des comtes d'Anjou, p. 74-75).

1 En voici un pourtant : « Erat Scto Maxentio quedam ecclesia '(in) honore Scte Radegundis cum parochiâ sua. Sed oriente permixtione terre fugati sunt omnes habitatores ecclesiae. Rustici enimrelinquentes ecclesiam venerunt habitare insilvâ Volvensis, nolentes illuc amplius redire; quod cernens Archimbaldus archiepiscopus qui ejusdem monasterii (S^Maixent) regimen tenebat peciit comitem (Gui Geofîroi, duc d'Aquitaine, comte de Poitou) dari sibi ex eadem silva ubi fabricaretur ecclesia... et ecclesia illic fabricata est in honore Scti Maxencii » (Avril 1059, Archives de l'abb. de Saint- Maixent , Moreau, 26 fo 39).

F. — Tome II.

Par contre, quand un corps religieux était intéressé dami la création, il ne manquait pas de faire rédiger une charte, et nous avons des chances d'en retrouver des traces

Si fréquente que fût cette intervention, elle n'enlève pasj remarquons-le, toute spontanéité à la fondation du village par ses habitants mêmes. L'élément religieux en est souven la cause occasionnelle plus que l'artisan voulu et réfléchi

Un solitaire s'est établi au plus profond d'un bois. Il * construit sa hutte de branches entrelacées et de feuilles il vit dans le recueillement et la prière. Que sa présence soit signalée un jour par un chasseur1, elle attire des paysans. La forêt s'éclaircit; des jardins et des vergers, dee champs et des vignes sont conquis sur elle , un hameau, naît autour de l'ermitage qui lui sert de sauvegarde2 C'est cette sauvegarde qu'avec l'assistance religieuse les paysans sont venus plus spécialement chercher.

Ils pourront profiter, en outre, des développements que prendra l'ermitage , et de l'intervention en leur faveur d( quelque monastère proche ou lointain.

Par là les obstacles que le droit de défricher rencontre dans l'autorité arbitraire et mal éclairée des seigneurs de la région, et dans leur passion de la chasse, sont levés3. |

1 C'est une aventure fréquente dans les chansons de geste qu'un telle rencontre.

2 II est un asile même pour les bêtes sauvages :

Par la forest parfonde, qui moult avoit de lé, S'en va le cherf fuiant, tant que il a trouvé L'ostel I. saint hermite, qui moult i ot esté. Le cherf entre en la court , pour estre à sauveté.

Quant li hermite Tôt

Et voit le conte après, qui Tavoit amené : — a Sire, fet-il, merchi pour Dieu de majesté! Quand Damedieu du chiel là devant m'a guié, Lessiez lei pour s'amour et pour sa déité. »

{Doon de Maience, v. 68 suiv., p. 3.)

3 « Est autem hsec capella sita in suburbio Cabilonis, in parrochia quae vocatur Cidanis. Locus autem in quo ipsa capella sedet dicit

a la Carmeda, cincta undique silva densissima, quam passim inci-

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Par là le village est plus facilement érigé en paroisse, ^es forêts, en effet, par l'immensité de leur étendue ne l'entraient pas dans les circonscriptions paroissiales1, et I fallait le consentement de l'évêque pour l'érection d'une paroisse nouvelle. D'autre part, les portions de la forêt imitrophes des circonscriptions existantes pouvaient être Revendiquées au profit de celles-ci, à tort ou à droit, A ce ouble point de vue la communauté religieuse qui contribuait à la création du village faisait l'affaire sienne. Elle - était directement et pécuniairement intéressée. Il lui importait de bénéficier, à l'exclusion de tous autres, des droits aroissiaux, notamment des dîmes et des novales. Aussi la ■oyons-nous déployer un grand zèle, tant auprès des évê- ;ues, qu'à l'encontre des paroisses voisines pour procurer m village sa vie propre, son autonomie religieuse2.

im, aliqui homines undecumque advenantes habitacula sibi comdoda prœpararunt in circuitu praedicti oratorii. Constituit itaque iimdictus episcopus cum consensu clericorum, ut omnes convenu f ui de aliis locis ibi advenerint causa habitandi, vel quoquomodo 'emorandi, ut ipsi capellse praebeant certain offerendam et baptis- ;irium, quando etiam defuncti fuerint debitam in ipso cimiterio ab >so presule sacrato excipiant sepultaram, sine alicujus personae )ntradictione... Tethbaldus, cornes Cabilonensis, requirebat in silva vocatur Prestaria capturam cervorum, aprorum, caprearum eterorumve animalium silvestrium et ob hoc prohibebat culturam Urorum in ipsa silva fieri. Acceptis autem a domno Hugone abite centum solidis, werpivit quod injuste requirebat in ipsa silva, on solum semel set etiam bis» (Cartul. de Cluny, 3 décembre 1064, IV, p. 506-507).

1 « Sciant posteri quod terra ista nulli parrochise subjacet. sed J. î Dol forestis dominica erat » (1085, Recueil des actes inédits des ucs de Bretagne, p. 47). M. de la Borderie remarque très justement propos de cette charte : « Dans l'origine et assez longtemps penint le moyen-âge les forêts étant entièrement désertes, ne faisaient irtie d'aucune paroisse » (ibid., p. 48). M. L. Delisle a montré qu'au ne et au xive siècle il en était encore ainsi en Normandie {Études \ir la classe agricole en Normandie, p. 392 et suiv.).

a L'histoire de la paroisse de Saint-Nicolas d'Auriol racontée dans •s deux chartes suivantes a été celle de beaucoup de villages :

« Ego Umbaldus Lemovicanse Ecclesiae episcopus concessi in per-

Grâce à elle enfin, des privilèges, des exemptions, dei immunités sont obtenus qui assurent aux villageois, ave(j la sécurité matérielle, les premiers éléments d'une organisation communale.

Lisons une charte contemporaine. Nous pourrons nou, pencher sur le berceau de l'enfant, assister à ses premier;! pas, nous pourrons le voir doter par ses parrains, mettra en tutelle par eux. L'âge adulte viendra plus tard.

Un homme de Dieu, un pèlerin du nom d'Hubert, obéis sant à une vocation céleste, a quitté sa patrie, l'Allemagne i et cherché une retraite au fond d'une forêt de la Gascogne! Séparé du monde entier il y sert Dieu en pleine liberté. Mai

petuum Gauzberto Abbati Tutelensi et monachis Tiitel terrar

illam quam Tutelensi monasterio dederat Boso vicecomes et uxor.,j quendam montem qui Auriolus appellatur, cum omnibus adjacentii suis, qui etiam situs est in sylva quae Roia nominatur. Montem ver

prsedictum Boso et uxor dederunt ut ibi Ecclesiam in honorem S

Nicolai aedificarent... Statuimus etiam ut nova Ecclesia Sancti Nicole haberet annexum montem suprad. cum omnibus adjacentiis suis... i sylva quae Roia dicitur, quod tamen determinatè non esset de mansv sive bordariis quae sunt in parrochia Lantoliensis Ecclesiae, quae affinjl est huic sylvae, ita ut incolae qui in illo monte sive in sylva habitarer; 1 et ibi terras excolerent décimas primitias et oblationes et sépulture 1 et proferentia et alia sibi annexa jura Ecclesiae Sancti Nicolai perso' I verent semper et redderent » (1091, Cart. de Tulle, Baluze, Histonv Tutelensis, 1717, In-4°, col. 433-434).

« Ego Ermengaudus abbas Clusensis... pro querela quam adverst; I Tutt lensem Abbatem... habebam de Ecclesia Sancti Nicolai de Auriol I quam in parrochia Lantoliensis Ecclesiae, quae nostra est, aedificatajï esse dicebam, ante praesentiam D. Gerardi Engolismensis Episcoà et Sanctae Romanae Ecclesiae Legati... una cum Tutelensi abbate co i venimus... Talem convenientiam fecimus ut quicquid in monte Ai V riolo vel in tota sylva quae Roya dicitur jure parrochiali requireb;; ài mus... in his quae monacbi Tutelenses ibi adquisierant vel adquisitu I erant totum ex integro monasterio Tutelensi dimisimus... Hoc tanin retento ut monachus Tutelensis qui Ecclesiam Sancti Nicolai de A l riolo teneret singulis annis unum modium frumenti Lantoliensi et Âjifl binianensî Ecclesiae et monacho nostro qui praedictas teneret EcclesijS redderet et ad domum suam apud Albiniacum deferret... » (1117, Caflm de Tulle, Baluze, Hist. Tutel., col. 441-442).

LES VILLAGES CREES DANS LES FORETS

e monde apprend sa présence et sa vie sainte; des habiants accourent, des masures s'élèvent. Eudes, vicomte le la Lomagne, seigneur de la forêt, concède à l'ermite le lieu qu'il occupe. L'affluence augmente. Deux ans 5ont écoulés et près de cent maisons entourent déjà l'ermi- .age. Le moment est venu de rendre la fondation définitive ît stable. Sur les conseils du vicomte et de son consentement, Hubert s'affilie, avec tout ce qu'il possède, à la puissante abbaye de Saint-Victor de Marseille. Le territoire du village, accru par une libéralité d'Eudes d'une )artie de la forêt circonvoisine, sera considéré comme un ibre alleu de l'abbaye. Elle seule y aura droit de justice, droit de marché, droit de tonlieu. Les habitants, présents fet futurs, qu'ils restent, qu'ils s'en aillent ou qu'ils viennent, seront placés pour leurs personnes et pour leurs riens sous la protection, sous la sauvegarde, du vicomte de la Lomagne f.

1 « Ego Oto vicecomes Leomanie et uxor mea A. commitissa donatores sumus... aliquid de nostro honore... Est autem supradictus honor infra terminos Leomanie, in territorio del Feumarco , in quodam saltu , in loco scilicet quem vocant La Romeu; quem locum nos jam dederamus cuidam Dei servo, nomine Arberto, perregrino, qui, dominice jussioni obediens, et patriam propter ejus amorem relinquens, ad nos ex Alemannie partibus venit , et, sicut a divina voce jsibi imperatum fuerat, a nobis predictum locum expeciit; ibique , separatus a cunctis mortalibus , libère Deo servire disposuit. Sed, Dei ordinante misericordia , infra biennium , ob meritum hominis Dei, ad tantam populacionem idem locus devenit, ut jam fere cen- Itum mansiones continere videbatur.

Quod cernens Dei servus, divino tactus consilio et nostro persuasus imperio, providens in futurum ut sibi et nobis melius posset esse consultum, obtulit semetipsum Deo et Sancto Victori, ejusque monasterio Massiliensi... et dédit totum jamdictum honorem, quem nos dederamus, et tradideramus ei, cum illis omnibus que ab Ainardo ' et a Gasialez et ab aliis hominibus impetraverat, et insuper mobile et immobile, et quicquid ipse, aut aliquis per eum, adquisierat ibi. Quem videlicet honorem nos jamdicti donatores, cum sua voluntate, ad proprium alodem Deo et Sancto Victori... donamus, concedimus ,

Les seigneurs laïques, qui avaient résisté d'abord aujij défrichement1, finirent par se convaincre qu'il était infini- 1 ment plus avantageux et plus lucratif que la perception de I droits seigneuriaux sur les usagers. Leur intérêt prévalut même sur leur passion désordonnée de la chasse. Ils con-i^i cédèrent des terres à mettre en culture, à peupler del tenanciers, ad* excolendum, ad hospitandum.*

Les moines, qui leur en avaient donnéTexemple, devinrent» dans cette œuvre de progrès leurs plus précieux auxiliaires, j

C'était pour les religieux une œuvre pie que de défri- ; cher2; c'était en même temps une opération avantageuse

laudamus et confirmamus... Insuper etiam donamus eis partem de silva nostra, in qua idem ïocus fundatus est...

Donamus etiam eisdem monachis et monasterio seped. mercatum totum, simul et teloneum et mineganciam totam et justiciam totam, ab integro... Volumus preterea et laudamus, simulque donamus salvitatem seu salvacionem huic ville que vocatur La Romeus, omnibus ibi manentibus et ex quacumque parte advenientibus , necnon et ab eadem villa dicedentibus, ut omnes salvi sint, et quidquid ibi habuerint vel adduxerint... » (28 mai 1082, Cart. de Saint-Victor de Marseille, ch. 150, I, p. 173-175).

1 Une charte de Guillaume le Conquérant au profit de l'abbaye de Saint-Étienne de Caen impose à l'abbaye la condition de ne pas défricher les bois qu'il lui donne : « Hac conditione servata ut monachi ipsius cenobii ipsas silvas nullo tempore destruantvel destruijubeant propter ipsam terram colendam sive inhabitandam y retentis in meo dominio cervis, capreolis, et apris silvestribus » (Gallia Christiana, XI, instr. col. 67. — Voyez encore au xne siècle Cart. de Foigny, MS. f° 32 ; « partem... silve concessit eis ad omnes proprios usus suos hoc tantum excepto quod non faciant ibi illud quod. vulgo dicitur. essart » (1113-1151).

Une autorisation du comte d'Anjou est nécessaire aux moines de Pontlevoy pour défricher leurs propres terres : « ut terras nostras quibus lucus increver at extirpando et faciendo in eis quidquid animo esset prosequeremur jussit» (1064, Arch. de Pontlevoy, MS. D. Housseau, II bis, n° 626).

2 « Ego Rodulfus abbas Sancti Pétri (Stabulensis)... de terra quam ecclesia ejusdem Sancti Pétri... habet in villa de Sclacyns partem montis secundum quod limites ibidem positi disterminant, in hœreditatem concessi Ryciero canonico Sancti Dionisii (collegiatœ ecclesiae

LES VILLAGES CRÉÉS DANS LES FORETS. 151

>ar l'accroissement des revenus ecclésiastiques et des rederances foncières qui en résultait.

S'agissait-il de parties de forêts sur lesquelles nul ne éclamait ou ne se réservait de droits, tout le bénéfice iiait pour eux1.

Ils y établissaient des fermes ou des granges, les exploiant par le travail de leurs mains et avec l'aide de leurs ierviteurs; ils y annexaient une chapelle pour le culte; et lutour de ce noyau, à la fois agricole et religieux, ils s'eforçaient d'attirer des cultivateurs, des pionniers. Ils leur )ffraient dans la clairière un emplacement pour leurs maisons 2, et dans la futaie des lots à défricher aux conditions es plus séduisantes : perpétuité de la possession, paisson 3t affouage, moyennant un cens fixe et des redevances égères; liberté de la personne, pas de capitation pas de Iroits seigneuriaux vexatoires3. Ils leur assuraient, en vertu d'un droit propre ou de concessions obtenues des

n civitate Leodiensi). Mons autem ille asper et incultus, nulla quilem utilitate proficuus, quem ibidem Richerus considerans habilem id excolendum , speransque saluti sux profuturum, si quod omnibus brat infructuosum , in usum converteret multorum, tara ipsîus ecclemiae, cui locus appendet, quam suorum quoque posterorum... » (1090, Martene et Durand Ampliss. Collectio, II, col. 77 E-78 A).

1 Voyez la charte du comte Etienne Henri, infrà, p. 152, note i. \ 2 En Normandie la construction du village est décrite dans les termes suivants par M. L. Delisle :

« On assignait aux colons des boels (portions égales, qui ont ensuite donné leur nom à la cour ou masure) ordinairement plus longs que larges : d'où le nom si répandu de Longs boels. A l'une des extrémités du boel, chacun élevait sa chaumière. Toutes les portes s'ouvraient du même côté sur le chemin , qui devenait la rue du village. 'Cette disposition peut encore s'observer dans bien des localités, quoique, par la suite, on ne l'ait guère respectée » (Études sur la classe agricole en Normandie, p. 396-397).

3 L'abbé de Marmoutier, en Alsace, Anselme I (1 146-1154), rapporte en ces termes la création d'un village par son prédécesseur Meynhard (H27-1146) et les conditions auxquelles la colonisation se fit :

« Béate vero memorie predecessor noster Meynhardus nemore quod Hydolphi seu Landolphi cognominantur, quodque ipsi duo

seigneurs qui abandonnaient une portion délimitée d'untj forêt dans le but de la peupler, le libre usage de la fo rêt circonvoisine1. Une agglomération naissait. Quand elii

quondam capitanei fratres B. Martino pro remedio anime sue spon tanea donatione optulisse feruntur, villulam in honore dominice & vivifiée crucis (Sainte-Croix) statuit, partemque ipsias sylve villanisin dicto censu excolendam tradidit, ea conditione, eo pacto, ut quicunqui; medietatem illic millia quadrantem inibi suscepisset, ipse tantum e] uxor ejus capitalis census soli immunes existèrent. Qui vero medie^ tatem quartalis illic possedisset, vir solus identidem liber existeret.J

Considerati ergo jussu nostro et inventi sunt apud memoratairj villulam, de vocabulo Sancti Crucis intitulatam, aratorie terre mans; XIX, in censu IV solid. quisque reddentes; insuper jurnales XLIII residuum sylve...

Proinde quia eadem capellula (une chapelle fondée par l'abbé Meynhard et consacrée par l'évêque Theodewin en 1143) plebanurr; superioris ecclesie in nullo attinet, sed omni divino offîcio a nobis est procuranda, levigato seu partito onere, mansum unumpro condu' cendo clerico villanis segregavimus , et omni jure indulsimus.

Omni quinta feria paschalis ebdomade placitum illic celebrabitur,!, census representabitur...

Ad investituram hères medietatem tributi persolvet... villicus sextarium vini accipiet.

In natali autem Domini oblationes seu visitationes ceterorum idem > villicus prosequetur » (Hanauer, Constitutions des campagnes de l'Al-\% sace, p. 53-54).

1 Telle est la concession que fit à l'abbaye de Marmoutier, en Tou- 1 raine, le comte de Blois Etienne-Henri, prêt à partir pour le première; ( croisade. Une partie de la forêt Silva Lonnia est cédée en franc alleu, libre de toute redevance , droit et justice; le surplus est réservé quant au fonds mais livré à l'usage des moines et des colons qu'ils attireront : « dedi... quamdam partem cujusdam alodii nostri , id est bosci, qui Silva Lonnia dicitur, ab omni prorsus consuetudine solutissimam atque liberrimam... Praecepi quoque conjugi mese... ut ipsam partem faceret determinari ac metiri... limites poni undique faceret et sic eam monachis traderet.

Infra terminos illos ac limites... omnium rerum quae inibi quocumque modofuerint, consuetudines, reddibitiones, foris factura?, justitiœ, vicariae, districturae , exactiones, emendationes , leges , sint in eeternum beati Martini Majoris-Monasterii. . . Sic liberum ac solidum habeat ipsum locum, sicut antecessores nostri et nos...

Rogavimus deinde sœped. monachos ut locum ipsum faciant œdi-

LES VILLAGES CRÉÉS DANS LES FORETS

était parvenue à un suffisant degré de croissance et de maturité, la chapelle devenait église paroissiale, le hameau devenait paroisse.

Dans les forêts seigneuriales les moines servaient d'intermédiaires intéressés entre la population rurale et les seigneurs. Ils faisaient vraiment office d'entrepreneurs de défrichement.

Tantôt l'opération se traitait de compte à demi. Au seigneur laïque la moitié du terrage que rapporteront les champs, du cens que paieront les prés, du produit de la justice, aux moines, recruteurs de pionniers, l'autre moitié1 ;

ficari, quamquam non videatur admodum competens atque uber, sive utilis. Quod ut libentius faciant, damus eis et concedimus, tam ad opus fratrurn suorum... quam ad opus omnium hospitum suorum, inter prsefatos terminos habitaturorum , et de alia foreste quam nobîs retinemus, quantumcumque semper inde voluerint, et ad ardendum et ad aedificandum , et ad omnes caeteros usus suos, excepto quod nihil inde vendant, etc... » (1096, d'Arbois de Jubainville, Histoire des ducs et comtes de Champagne , I, Pièces justif., p. 512-513).

1 « Domnus Urso... ecclesie nostre in elemosinam dédit dominium totius ejus terre que Boscus Rufini appellatur, cum omni bosco... ita libère et quiete... ut et dominatus et justicia ejusdem terre et omnes hospites, quotquot nobis in ea mittere placuerit, cum hospiciis et curtillis, censu quoque ad eadem hospicia et curtillos pertinente... nostra propria... perpetuo existant. Unam nichilominus mansionem , qualem et ubi delegerimus, cum terra ad unam carrucam et pratis suffîcientibus , ab omni consuetudine liberrimam, nobis in eadem terra... concessit, alia sibi mansione sequestrata lege consimili...

His ita determinatis , solummodo in eis que secuntur medietatem sibi domnus Urso retinuit : hoc est in terragio , in censu pratorum, et, quandiu ibi boscus fuerit, in pasnagio porcorum. De quibus scilicet, si quando hospites forisfecerint... non nisi in curia judicioquenostro... ventilabitur, satisfactura V solidos nunquam excedente quantalibet forisfactura sit ; de quibus tamen monachus noster quantum voluerit remittere poterit, et quod remanserit cum domno Ursone equaliter partiendum habebit. Servientem quoque suum in his que, sicut dictum est, nobiscum sibi communia retinuit, domnus U. si voluerit, sicut et nos nostrum, habebit; et tam suus nobis, si voluerimus, quam noster il li , si ipse voluerit, serviens fidelitatem jurabit » (1113-1129, Cartul. Saint-Père de Chartres, II, p. 481-482).

ou bien partage entre les deux associés du territoire à mettre en valeur1.

Tantôt l'entreprise avait lieu à forfait. Les moines s'obligeaient envers le seigneur à acquitter directement ou à faire acquitter par les futurs colons des redevances déterminées2, en stipulant pour le surplus la franchise de la terre et de ses habitants 3.

1 « Adam , filius Urvoii donavit Deo et Scto Florentio terram de Landa Hugonis... ita qiiidem ut monachi medietatem ejus quietam haberent, mediatem vero aliam ipseteneret a monachis. Quod si monachi vellent ecclesiam aut burgum in terra illa sedificare, ubicumque eam facerent, eorum propria essent omnia... Reliquorum vero extra burgum habitantium consuetudines... partem suam haberet prsed. Adam... Qui cum forte delinquerent... emendationis, cum sumeretur, medietatem haberet » (5 mai 1085, Recueil d'actes inédits des ducs de Bretagne, publié par A. de la Borderie, p. 46).

2 Rainerus de Guisia totam terram quam habebat intra territoria que hic numerata sunt... que terra tota nemus erat cum omnibus aasenths terre sue, Fusniacensi ecclesie perpetuo possidendam donavit ad terragium tercie décime garbe, post exceptam garbam messoris, et garbas istas ducet ecclesia usque ad villam que dicilur Sainz et de viciis (spicis?) viridibus terragium non habebit, sed de siccis tantum que ad grangiam ducentur.

Concessit etiam... terram omnino liberam, ad curtem construendam, ad mensuram et quantitatem curtis de Fulcoriis et exîtus curtis omnino liberos.

Preterea quoque omnem familiam curtis et operarios omnes intra territorium ejusdem curtis ab omni justicia sua iiberos esse concessit. Goncessum etiam est ab eodem R. quod tempore messis singulis annis ecclesia ei vel familie ejus si eum non invenerit ad Sainz mandabit quod servientem suum pro colligendo terragio mittat. Si autem servientem non miserit ecclesia messem suam non ideo minus colliget...

Eustachius autem major prefate terre et omnes fratres sui, assensu sepedicti R., majoriam suam et quicquid in terra illa juris habebant quittum clamarunt ecclesie F. Ecclesia vero XIII modiatas pr édicté terre singulis annis se extirpaturam promisit... » (Cartul. de Foigny, 1161, MS. f° 57 v°-58).

3 « W. Gœtus boscum R. qui de feodo ejus erat, nobis monachis... concessit ad possidendum, ad excolendum , ad hospitandum. Nos vero monachi , pro defensione et protectione hospitum ipsius terre ,

LES VILLAGES CREES DANS LES FOUETS

Les combinaisons pouvaient varier, le résultat général ie variait guère. Il se traduisait par la formation de groupes ruraux dont les droits et les devoirs étaient fixes, :onnus, garantis par des traités en bonne et due forme. L'intérêt qu'avaient les principaux contractants à l'extension des défrichements et à l'accroissement de la population sédentaire assurait le respect du contrat. Les paysans ne risquaient plus de retomber dans le servage; ils s'acheminaient au contraire vers l'autonomie villageoise. !|En ce sens, il peut être vrai de dire que la liberté est 3ortie du fond des bois.

: .concessimus ei ut quicunque hospitum terram illam inhabitaverit, • îet terram illam cum carruca et bobus excoluerit, solvet ei , per sin- ■gulos annos... sextarium avene et eaponem et nummum ; alii, tantum minam avene et eaponem et nummum. Hoc vero facient \ iper submonitionem et justiciam monachi...

Concessimus et domno W. quod, si ipse filiam suam, quam tamen de uxore sua habuerit, maritare voluerit, vel si castrum emerit, talliam in hospitibus terre illius facere ei licebit, per manum tamen I prions S. Romani; simili modo et pro redemptione sua, si ipse i jeaptus fuerit. Item, si ipse in expeditione régis vel comitis, cum f ;omni gente sua, ire voluerit, homines terre illius , pro custodia cor- ; poris sui , ducere poterit... A ceteris autem consuetudinibus , quas iu terra sua vel hominum suorum ipse capere solet, omnino liberos et absolutos, sicut et cetera homines S. Pétri, eos esse concessit... » I \{Cart. de Saint-Père de Chartres, p. 483-484).

« R. C... in villa que vulgo Govillum appellatur ad sinistram partem ecclesiae dédit S. Mart. de Campis terram ad hospitationem mo- | nachorum et ad hospitandos hospites quinquaginta domibus atque ortis sufficientem , et ab omni consuetudine solutam atque quietam. Subséquente igitur tempore ad dexteram partem ecclesiae dédit eccl. S. Mart. hospites jam antea hospitatos et deinde quantoscumque monachi ejusdem ecclesise in occupatione ville retinere possent, extra occupationem autem ville absque ejus licentia nullos ad hospitandum retinerent.

Dédit etiam furnum ipsius ville , retenta sibi solummodo in hoc 1 subsequenti dono vicaria atque banneria, eo videlicet tenore ut rustici ejusdem ville quamdiu de illius terra satis haberent nullam aliam j excolerent... Gampi autem partem suam rustici usque Carnotum sibi !| défèrent » (Cartul. de Saint-Martin des Champs, f° 20).

Le mode de colonisation que je viens de décrire entre à ce point dans les mœurs que nous voyons les seigneurs finir par créer tout d'une pièce des villages dans leurs forêts domaniales.

Raynaud, évêque de Paris (992-1020), comte de Vendôme, fils de Bouchard le Vieux, fait défricher une partie de la forêt de Gastine, y fait construire une église et un village, y établit un marché1. Le village s'appellera d'abord Ville V Évêque, il s'appelle aujourd'hui Prunay, et compte plus d'un millier d'habitants2. D'autres groupes villageois naquirent autour de lui, Monthodon, Houssay, Villedieu3.

En Champagne, une forêt est extirpée et brûlée dans la seconde moitié de l'onzième siècle sur le domaine et par ordre du comte de Champagne Eudes II et de son oncle Thibaut. Le sol rendu fertile, un village, Villa Caroli, est bâti avec son église et ses dépendances. L'église fut cédée en l'an 1063 à l'abbaye de Chézy, le village prospéra, il est devenu le village actuel de Charleville (Marne, canton de Montmirail) 4.

1 « Rainaldus episcopus Parisiacensis, filius Burchardi vetuli, extirpare fecit de foreste quœ dicitur Wastina , in qua ecclesiam edificavit, villamque construœit , quant Villam Episcopi nuncupavit, mercatumque institua, tenuit que eam totam quamdiu vixit dominicain... Post cujus mortem Fulco Andecavorum cornes honorem Vindocini in manum custodiendum recepit, deditque villam Episcopi totam sicut tenebat Hamelino... » (xie s., Cart. de Vendôme, MS. D- Housseau, II, n° 305).

2 Prunay, Loir-et-Cher, arrondissement de Vendôme, canton de Saint-Amand.

3 Cf. Art de vérifier les dates, II, 810.

4 « Tedbaldus cornes et Odo, nepos ejus, quadam silva exstirpata igneque cremata, terrant prius squalentem et incultam frugiferam reddiderunt et fertilem, villamque inibi conslruentes que villa Caroli modo vocatur, ecclesia aliisque utilibus amplificaverunt. Porro... ecclesiam... cum decimis et omnibus sibi pertinentibus... ecclesie Gaziacensi in usibus monachorum... condonaverunt » (i 063, Moreau, 28, f° 12 r° et v°. Publié par M. d'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, 1, p. 487, d'après le Gallia Christiana).

LES VILLAGES CREES DANS LES FORETS

On verra de même au douzième siècle Suger fonder un village sur des terres désertes, à proximité de forêts, y installer soixante hôtes et en solliciter d'autres par l'appât des franchises dont il dote le lieu1. 11 le qualifiera de ville neuve, villa nova. C'en est une en effet. \ L'expression est générique. Elle correspond dès le siècle précédent à une catégorie importante de villages, pépinière de villes futures. Elle appelle , à ce titre , un examen attentif.

i a Apud Vallem Crisonis (Vaucresson) villam sedifîcavimus, ecclesiam et domum constituimus , et carruca terram incultam dirumpi fecimus. Quae quanti debeat constare, potius cognoscent qui eam sedificare innitentur; cum jam ibidem sint fere sexaginta hospites, et ; adhuc multi venire eligant, si sit qui provideat. Erat enim locus ille ! quasi spelunca latronum, habens ultra duo miliaria desertî, omnino I ecclesiae nostrae infructuosus, raptoribus et satellitibus propter affinita- ! tem nemorum aptus. Eapropter ibidem fratres nostros Deo deservire i disposuimus, ut in cubilibus, in quibus prius dracones habitabant i oriatur viror calami et junci » (Suger, De rébus in administratione sua gestis , éd. Lecoy de la Marche, p. 164-165).

— ... Ut quicumque in quadam villa nova quam aedificavimus quae Val Cresson appellatur, manere voluerint , mensuram terrée, arpennum unum videlicet et quartam arpenti partem pro duodecim denariis census habeant, et ab omni tallia et exactoria consuetudine immunes existant. Ita ut ne de villa sua alicujus seu régis, seu principis , seu servientis B. Dionysii submonitione , nisi propria abbatis jussione in exercitum aut expeditionem et cum persona ipsius vel cum priore si abbates defuerint, profîciant aut exeant, nec extra villam suam pro quolibet nisi pro abbate placitent. Et de arpenno terrae B. D. ubicumque illud acceperint, quatuor nummos census et decimam nobis persolvant : nec quisquam terram eidem villae adjacentem , nisi in ea mansionarius fuerit excolendam suscipiat. Leges autem vulgales, quas plenas dicunt inter se, decem nummorum constituimus » (Charte de 1145, Suger, même édit., p. 360-361).

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