‹ Les Origines de l'ancienne France (volume 5)Chapitre 52 sur 82 · XX. tors i ot fêtes de liois cler · texte numérisé non relu

XX. tors i ot fêtes de liois cler

Et une en mi qui molt fist a loer.

Les creniax firent tout a pion seeler:

« Qui est tel vile qui tant fet à loer?

Cil qui la tient se puet très bien venter

Qu'an tôt le mont, ce cuit je, n'a sa per,

... Ne crient voisin qui le puise grever.

Qu'il n'a si fort jusqu'au val de Martroi

Ne crient assaut, perriere ne berfi-oi. »

— Le nom de ctiàteau Narbonnais donné aux châteaux les plus forts de Toulouse et de Carcassonne ne viendrait-il pas de ce que Narbonne passait pour le type des forteresses féodales?

la cité, mais la noblesse n'étant pas, en ce temps-là, une caste fermée, leurs fils ne tardaient pas, par le métier des armes, à entrer dans les rangs des chevaliers. Ceux-ci étaient les vrais, les seuls citoyens de Narbonne; leurs chefs, — les commandants, dirai-jepar anachonisme, des châteaux et des forts, — en étaient les magistrats. Il est aisé de reconnaître les premiers sous la qualification de cives ac milites et les seconds sous le litre de ceiitiiriones , seyiiores, dans une charte de l'an 1080 qui nous les montre ratifiant une do nation faite par le vicomte de Narbonne à la cathédrale de Sainl-JusleV Quant aux autres habitants de la cité et quant aux habitants du bourg, ils étaient confondus dans la multitude provinciale- .

Comme habitants de la cité, à côté des hommes d'armes, je ne puis apercevoir que des serviteurs attachés à la personne et de petits arlisans vivant dans des échoppes collées contre les remparls et les murs. Ils doivent ces cens et ces droits seigneuriaux dont il est mention dans le partage de la succession du vicomte de Narbonne ^

Les négociants, les changeurs, les banquiers, les armateurs habitent près du port dans le bourg, tout autour de la Porte Aiguière et dans les maisons construites, suivant l'usage du moyen-âge, sur le pont qui la reliait à l'autre rive. Ils ne peuvent évidemment rien entreprendre contre la formidable citadelle qui les domine, ils n'ont que les droits que l'intérêt bien entendu des seigneurs

* « Cum mulliludine virorum laicorum honestissimorum , quorum unus fuit E. Urgellensis cornes ... et Petrus-Ferrandi de Casulis... et alii centuriones et illustres viri ac nobiles quos enumerare long-um est. Cuncti vero affuere JShirbonenses cives, scilicet Raymundus-Arnaldi cum filiis suis et B.-P de Regia-porta... et alii cives ac ?«i7t- <es... voluntale iristinctu et precibus prœdiclorum seniorum et civium Narbonensium... » (7 mai i080, Hist. du Languedoc, \, col. 636- 6o7).

- c. Cum iiinumeralibi mulliludiue ejusdem provinciae. » (/6irf., col. 6o7).

' (' Usages, censives, justices. » {Suprà , p. 265, note2).

leur laisse ou qu'ils acquièrent à. prix d'argent. Beaucoup d'entre eux sont, du reste, des Juifs placés dans un état de dépendance tout spécial. — Néanmoins, dans l'ensemble, leur condition matérielle est bonne, le produit considérable des leudes' ou même de l'impôt direct sur les Juifs ^ dispensent les seigneurs de la cité de recourir à celte multiplicité de taxes et de services à l'aide desquels le seigneur féodal a coutume de pressurer, de rançonner les paysans et les bourgeois, et que les premières chartes communales eurent pour objet de réduire et de fixer.

La ville de Carcassonne fut vendue le 2 mars 1067 par Ermengarde, sœur du comte Roger III, et héritière de la plus grande partie de ses domaines, femme de Raimond, vicomte d'Albi. L'acquéreur était Raymond Bérenger le Vieux, comte de Barcelone, le prix, onze cents onces d'or, l'objet précis du contrat : la cité et les bourgs dont elle était entourée. Cité et bourgs comprenaient leude , monnaie, marchés, justice ordinaire et justice spéciale des marchés^

• Hist. du Languedoc , V, col. .t40.

^ Suprà, p. 265, note 2.

^ « Ego Raymundus Bernard! vicecomes et uxor ejus E... faciraus vobis dorano Raymundo Barcheonœ comiti et domnae A. comitissae hanc dilfinitionem , evacuationern et guirpitionem de tota ipsa civitate de Carcassona, et de totos ipsos burgos qui in circiiitu jamdiclae civitatis sunt, et de totas ipsas leddas et monetas de ipsa civitate et de ipsos burgos, et totos ipsos mercatos de ipsa civilate et de ipsos burgos, et totas ipsas justitias de ipsa civitale et de ipsos burgos et de ipsos mercatos... et totum ipsum vicecoraitatum et quantum ad ipsum vicecomitatum pertinet... » (2 mars 1067, Hist. du Languedoc, V, col. 548). — Cf. sur la division de Carcassonne en cité et en bourg : Chanson des Albigeois, v. 577 et suiv.. éd. P. Meyer, I, p. 27 et II, p. 31 :

» Mais li baron de Tost se sont tant esforsetz Que lo bore lor an ars trastot tro la ciptetz ; Es an los aisi fort entorn revironelz Que Taiga lor an toula qu'es Aude apeletz. >»

Dans les serments prêtés au seigneur de la ville', le château principal, appelé comme à Toulouse château Narbonnais, et de nombreux châtelets déQlent devant nous-.

Les destinées très mouvementées que subit la ville de Carcassonne dans la deuxième moitié du xf siècle et dans les premières années du xif nous font faire connaissance avec sa population.

Raimond Bérenger le Vieux était mort, son Ois Raimond Bérenger II avait été tué, laissant un enfant au berceau et le comté de Barcelone troublé. Profilant de ces embarras, le vicomte d'Albi, Bernard Aton IV, fils d'Ermengarde, s'offre comme protecteur aux habitants de Carcassonne , promettant de restituer la ville à leur légitime seigneur, quand il serait parvenu à l'âge d'être armé chevalier^ Les habitants [homines Carcassonse) donnent leur consentement, mais le vicomte n'ayant pas, à l'échéance convenue, tenu sa promesse, ils livrent eux-mêmes la ville et engagent leur foi au comte de Barcelone*. Assié-

' a De ipso castello de Carcassona quod vocanl Narbonez, neque de ipsas turres... » (vers 1084, Hist. du Languedoc, V, col. 693 .

2 <( De ipsos caslellos de Carcassona, neque de ipsas Ibrtezas quae hodie ibi sunl... {ibid., col. 692-693). — CI". U plan de la cilé de Carcassonne dans Instructions du Comité des travaux Imtoriques. (X. Charmes, Le Comité des travaux historiques, Paris, 1886, t. III, p. 214, p. 224).

^ « Carcassona vero a mililibus circumstanlibus iinpugnabatur. Homines enim capiebant el res eorum auferebanl. Et cum nuUum haberent defensorem, vix subsistere polerant. Tune accessit ad eos Bernardiis Alto vicecomes, promisit se eorum esse lutorem el del'endere eos et res eorum de omnibus. Et cum R. Berengarii avus vesler fierel miles, juravit se reddere ipsi jam dicLam civilatem et lotum comilatum absque omni conlradictione el pejoramento » ^Enquêle faite vers 1170 devant Alphonse II, roi d'Aragon , «tsf. du Languedoc, V, col. 32. D. Bouquet, XII, p. 374;.

* « Homines Carcassonaî... communicalo consilio reddiderunl se el civilatem domino suo... sicul facere debuerunt... » {Ibid.). — Nous avons le serment prêté à Raymond Bérenger : « Juramus nos lui

gés par Bernard Aton qui s'était assuré l'alliance du comte de Toulouse, suzerain de Carcassonne, ils durent capituler et prêter serment de fidélité en échange de la vie et des biens saufs (vers 1107)'. Ce fut cette fois le fils aîné du vicomte qui viola la parole jurée. Il fit mutiler atrocement puis chassa avec ignominie un grand nombre d'habitants". Nouveau soulèvement, nouvelle expulsion du vicomte d'Albi, qui ne peut rentrer dans la ville que vers 1125. Il dépouille alors de leurs fiefs ceux qui s'étaient tournés contre lui et les distribue aux hommes qui lui étaient restés fidèles^

homines de Carcassona tibi R. Barcliinonensi comiti quod ab ista hora in anlea fidèles adjutores erimus tibi et fiiiis tuis par fidem regiam, sine engan , de corpore tuo et de membris tuis, et de omni honore quem habes vel in antea. Dec juvante adquisieris... » Suivent environ quatre cents noms. [Mémoires de la SociéW des arts et sciences de Carcassonne , T. I (1849-1831), p. 227 et suiv.}.

^ « Homines ipsius civilatis composuerunt cum saepe dicto vicecomite ut redderent ei civitatem. Ipsevero juravileis tactis sacros. evangeliis, quod pro lioc facto nuUum malum inferret personis eorum neque rébus eorum. » [Hist. du Languedoc, V, col. 32.) — Le serment prêté par les habitants de Carcassonne à Bernard Aton est utile à mettre en regard de celui qu'ils avaient prêté à Raimond-Bérenger : « Nos noti homines Carcassonse , milites , burgenses et universus alius populus ejus et suburbani, faciraus fidelilatem rectam et firraam tibi nostro seniori B. A... Juramus itaque vobis quod de ista hora in antea non decipiemus vos de vita vestra... neque de civitate vestra Carcassona neque de turribus neque de ipsis forciis quae ibi hodie sunt, etc.. » (vers 1107, Hist. du Languedoc , V, col. 804).

^ (( Festinans ad Carcassonam, multos eorum violenter cepit; quos exoculavit et ementulavit, ac nares eorum amputavit, et a civitate turpiter ejecit. » [Ibid., col. 32).

3 Voyez les chartes 397-398, Hist. du Languedoc, V, col. 917 et suiv. — A la prise d'une ville la dépossession des principaux propriétaires fonciers était, semble-il, la règle : « Cum civitatem Turonum cornes Gauzfridus cepisset maximà ex parte et illis potissimum qui aliquid esse videbantur expulsis, antiquae possessiones novos accipere possessores et alterorum honores... ad alteros migraverunt. » (1044. Collection D. Housseau, II, n° 480,.

Il semble résulter de ces faits qne les habitants de la cité et des bourgs de Carcassonne formaient, dès cette époque, une population libre dans son ensemble et maîtresse de disposer d'elle-même. Et n'est-ce pas, dira-t-on, un autre trait frappant, que dans la vente de la cité et des bourgs, en 1067, il ne soit nulle question de redevance censitaire ou servile, mais seulement de leudes, de monnaie, de marchés, de justice? On peut objecter que l'expression y?«^/a« 'est singulièrement compréhensive, et surtout que les censitaires et hommes de corps ne relevaient pas nuement du seigneur de la ville. En effet, si je me reporte aux inféodations qui eurent lieu, après forfaiture, en 1125, je vois que les fiefs distribués sont de petites chùlellenies. De nombreux castels et tours (une vingtaine au moins dans une seule charte) sont, avec leurs dépendances, donnés en fief dans la cité, à charge pour les feudataires d'y tenir garnison, avec hommes d'armes et serviteurs, durant quatre ou huit mois de l'année \ Les dépendances, ce sont des hommes et des femmes avec leurs tenures, avec les cens et les services qu'ils doivent".

En résumé, le seigneur de la ville lève des impôts de diverse nature, il a la justice sur ses vassaux, il a son chùteau, siège de sa seigneurie; les vassaux ont leurs chevaliers et leurs serviteurs, leurs tours et leurs chàte-

' Exemple : « Sic donamus libi ad fevurn et propter castellaniam in lali convenientia, ut per ([ueinque annum cuin luis hominibus et tua familia facias slalionem in (^arcassona per VIII menses et prœdictam turrem cuslodire et gaitare facias omni tempore et ipsam urbem custodias. « {Ibid., col. 920).

- « Donamus tibi A. P. ad fevurn et propter castelieniam ipsam estagam et ipsum mansum qui fuit P. R. Vacheta in civitate Carc, cum ipsa turre et cum exitibus et redditibus suis; et donamus tibi ad fevum et propter castellaniam totum illum honorem qui fuit praed. P. R. ubiciimque sit : hoc sunt homines et fœminas cum suis tenentiis et cum suis usaticis et serviciis, et hoc sunt terras, vineas... » (J5i(/., col. 919-920).

lets, noyaux d'autant de domaines minuscules comprenant hommes et biens-fonds '.

Ce n'est pas tout pourtant. En dehors des châtelains [castellani) existent dans la cité et les bourgs des propriétaires qui relèvent directement du comte. Un acte de l'an 1067 mentionne, en termes exprès, la justice sur les hommes et les femmes qui sont établis à Carcassonne joer staticairi', et cette locution doit certainement s'entendre, comme à Montpellier, des propriétaires de maisons qui les habitent, qui y tiennent étage \ Nous avons de nouveau ici des bourgeois, proprement dit, burgenses. Aussi voyez, en Tan 1107, l'énumération des personnes qui prêtent serment de fidélité au vicomte Bernard Aton; ce sont les noti hommes (châtelains), leurs chevaliers [milites), les bourgeois [burgenses) , le surplus du peuple de la cité [universus alius populus) (tenanciers, censitaires), enfin les habitants des faubourgs [subui^bani). Quant à une magistrature municipale, soit de la cité, soit des bourgs, il n'en est pas encore trace; comment douter que s'il en avait existé une, les magistrats ne figurassent dans l'acte de prestation de serment*?

' Il n'est pas douteux que beaucoup de ces lenures se trouvaient hors des murs et même à une grande distance de la cité.

2 « Damus vobis de toto comitatu Carcassonensi... medietatem de totas ipsas justitias, exceptus de ipsos hommes et fœminas qui stant vel steterint in prsedicta civitate Carc. per staticam vel in ipsos burgos qui in circuitu ejus sunt. » (2 mars 1067, Hist. du Languedoc, V, col. .o52; .

^ Voir plus haut, p. 262.

* J'aurais pu étendre sans peine ce tableau de l'état matériel des villes. Je me bornerai à dire que si, quittant la région médiane, nous nous portons à l'Orient ou à l'Occident le spectacle ne change pas. A la frontière orientale du Nord, Verdun nous est décrit, en ces termes, par son historien le plus récent : « Il y avait d'abord les deux villes, haute et basse, la première était l'ancien castrum romain, dit ensuite Chàtel ou Fermeté ; la seconde , formée peu à peu le long de la route de Metz avait aussi ses remparts étendus entre les deux bras de la

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Meuse , et deux ponts sur la rivière la joignaient à la ville haute... Aux abords étaient les anciens faubourgs... C'étaient en premier lieu le bourg Saint- Vanne... vers l'ouest le bourg Saint-Maur, etc. » (Clouet, Histoire de Verdun, J867, I, p. 4S7-458).

De même à Arles : « Vers le commencement du xu^ siècle , dit Anibert, la ville d'Arles était divisée en quatre quartiers, tous séparés les uns des autres, tous enfermés dans une enceinte particulière, et qui formoient comme quatre villes différentes. » (Anibert, Mémoires historiques et critiques sur l'ancienne république d'Arles , 1779, I, p. 81). Ces quartiers étaient: 1° la Cité, située à l'Est du Rhône « sur la hauteur dont le penchant s'inchne vers la rivière. Son plan étoit une espèce de quarré long « (p. 83). 2» le Vieux bourg ou bourg d'Arles, au Sud-Ouest de la ville. 3° le Marché. 4° le Bourg neuf ^\i Nord de la ville, sur les bords du Rhône. (Cf. ibid., p. 83-92).

Les chansons de geste ne nous éclairent pas autant qu'on pourrait l'espérer sur la physionomie des villes du onzième et du commencement du douzième siècle. Voici pourtant quelques traits complémentaires que nous fournit la chanson de Roland :

« D'altre part est Turgis de Turteluse Cil est uns quens , si est la citet sue

Un 8arrazia i oui de Sarraguce :

De la citet l'une meitiet est sue.

Tant chevalchierent qu'en Sarraguce sunt. Passent dis portes , traversent quatre punz, Tûtes les rues ù H burgeis estunt.

Cuin il aproisment en la citet a^nunt.

Vers le palais oïrent grant fremur. «

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