V. - V - . CHAPITRE
raison n’en serait-elle pas qu’il s’appuyait sur une nationalité déjà vivace, en opposition à la nationalité franque? Et n’est-ce pas ce que Réginon laisse entendre quand il s’étonne que, malgré les maux cruels qu’ils eurent à endurer, ses vassaux lui restèrent toujours fidèles1?
Comme pour Boson lui-même, à Mantaille, en 879, la volonté nationale se fait jour à Valence, en 890, par la voix des évêques et des grands, qui élisent ix>i son fils Louis de Provence 2.
Mais à la différence de Boson, qui n’était pas carolingien et dont l’élection n’avait jamais été ratifiée par les souverains francs, le nouveau roi était petit-fils, par sa mère, de Louis II, et son aptitude à la royauté, sa regia dignitas avait été consacrée d’avance par Charles le Gros. Celui-ci, en l’adoptant dès 887 pour fils3, en avait fait un Carolingien en ligne masculine, comme il l’était déjà par le sang en ligne féminine, et il a pu s’opérer ainsi une sorte de restilutio in inCegrum de la marche viennoise usurpée jadis aux dépens de Louis IL C’est Vienne même qui sera le centre du gouvernement de Louis de Provence4, c’est à la fois du Viennois-Lyonnais et de la
ut, cura a multis, ut dictum est, regibus et regnis assidue insectatus sit, a nullo tamen aut capi aut circumveniri aliquando potuit » (Réginon, ad an. 879, p. 114-115). — L’église de Saint-Maurice de Vienne reçut ses restes — qu’il lût ou non rentré en possession de la cité au moment de sa mort — et l’épitaphe qui lui fut consacrée dans cette cathédrale confirme les paroles de Réginon :
« ... llic pius et largus fuit, audax atque benignus.
Quamvis hune plures voluere perdere reges
Occidil. nullus... ».
(H. F., VIII, p. 50, note).
1 « Fuit... tantæ moderationis, ut, cum sibi faventes proseriptionibus dampnarentur bonisque omnibus privarentur, numquam insidiis suorum militum fuerit petitus neque fraude proditus, cum utrumque hosLes sæpe temptassent » ( loc . cit.).
3 Capitul. LL, II, p. 377, éd. Krause.
Voy. sur le sens et la portée de cette adoption, T. III, p. 189.
* Cf. Manleyer, Provence, p. 94.
LA MARCHE VIENNOISE ET LE DUCHÉ DES PROVENÇAUX. 3Sî >
Provence que le fils de Bosoh est élu roi, et son élection avait eu par- avance la ratification d’Arnulf1.
Quand le souverain eut été aveuglé en 90o, Hugues d'Arles, qui était en même temps comte de Vienne et duc des Provençaux, devint une sorte de vice-roi ou de régent de l’ensemble des Etats de Louis de Provence.
Quelle fut, en cette qualité, son attitude à l’égard de la Couronne de France? Il ne pouvait être question d’un lien de vassalité, puisque Hugues représentait un royaume autonome d’où relevaient ses comtés de Vienne et d’Arles; mais, comme Louis l’Aveugle lui-même, il devait reconnaître soit la prééminence carolingienne de Charles le Simple, soit la suprématie franque des rois Robertiens. Telle me paraît la seule explication légitime de sa participation, dans les premiers mois de 924 2, à la grande assemblée tenue par Raoul en Autunois, et suivie, à courte distance, d’une confirmation royale pour Saint- Martin d’Autun de domaines situés dans les comtés de Hugues (Vienne, Vaison, Fréjus)3 * * * * 8.
1 Voy. T. III, p. 190.
â M. Lauer {Raoul, p. 29) ne se prononce pas clairement sur les
motifs de cette présence. Il avait admis à tort, dans son édition de Flodoard (ad an. 924, p. 20), qu’elle semblerait bien indiquer que
Hugues se reconnaissait le vassal de Raoul, au moins pour quelque portion de ses domaines (peut-être le Lyonnais). D’autre part,
M. Poupardin {Provence, p. 213) va trop loin en excluant l’idée de
« la reconnaissance d’une suprématie quelconque du roi Raoul ». L’argument de Lippert {Kônig Rudolf, p. 40), que longtemps après
924 des chartes sont datées du règne de Louis l’Aveugle, est sans portée. Il se neutralise, du reste, par les nombreuses chartes qui, du vivant de Louis l’Aveugle, sont datées du règne de Raoul, pour des biens non seulement du Lyonnais {Chartes de Cluny , nos 239- 240, 251, 255, 257-258, 266, etc.), mais du Viennois {Chartes de Cluny, nos 437 et 439). C’est tout à fait arbitrairement qu’on a voulu soit reporter après 933, soit attribuer au règne de Rodolfe II ces deux dernières chartes qui, toutes deux, sont datées de la deuxième année du roi Raoul.
8 Le roi Raoul n’accorde pas seulement à l’abbaye de Saint-Martin
Une fois que Hugues d’Arles fut devenu roi d’Italie (juillet 926), il dut abandonner le comté de Vienne au fils bâtard de Louis l’Aveugle, Charles Constantin1, de même qu’il a laissé à son frère Boson les comtés d’Arles et d’Avignon. Toutefois il gardait la haute main sur le Viennois, aussi bien que sur la Provence, comme duc de la marche viennoise et des Provençaux ou comme vice-roi ou régent. Cette dernière qualité tombe par la mort de Louis l’Aveugle (juin 928). Il laisse alors Charles Constantin en possession du comté de Vienne et s’entend avec le roi Raoul soit pour le faire renoncer, en partie au moins, à la succession de Louis, son cousin germain, soit pour s’assurer son appui éventuel contre des rivaux tels que Rodolphe IL Un traité est passé (928) par lequel, au témoignage de Flodoard, Hugues d’Arles cède la « province viennoise » à Herbert de Vermandois pour son fils Eudes, en présence de Raoul2 ; en d’autres termes, lui ' cède, sous la suprématie du roi de France, le ducatus sur la marche viennoise dont relevait le comté de Vienne, en conservant, sous la même suprématie, le ducatus sur la marche de Provence dont dépendaient les comtés d’Arles et d’Avignon.
Nous voici placés devant le problème historique, non encore résolu, de la réunion au royaume de Bourgogne transjurane de l’ancien royaume de Provence.
d'Autun la confirmation de biens situés dans le Viennois ou la Provence aussi bien que dans le reste du royaume : « in pago Viennensi, in Provincia et in comitatu Forojuliensi et in comitatu Vasionensi »; il les affranchit de tout service autre que le sien, « ab ornai servitio, nisi divino nostroque libéra existât » (Chàlon, 6 avril 924, H. F., IX, p. 563-564).
1 Cf. Diplôme de Louis l’Aveugle, du 25 décembre 927, en faveur de l’Église de Vienne, délivré à la prière de son fils le comte Charles, Gallia Christiana, XVI, Instr., c. 15).
5 « Hugo rex, habens colloquium cum Rodulfo, dédit Heriberto comifi provinciam Viennensem, vice filii sui, Odonis » (Flodoard, ad an. 928, p. 43).