INTRODUCTION GÉOLOGIQUE ET PALÉONTOLOGIQUE
Dans l'esprit de bien des gens l'histoire de notre pays commence encore à la conquête de César. Par delà ne régnent que te'nèbres. Quelques historiens ont, il est vrai, traité de l'ox-igine des races qui disputèrent le sol belge aux Romains. Mais dans leur habitude de ne greffer l'histoire que sur l'histoire elle-même, ils n'ont trouvé pour se guider que d'anciens textes, aussi vagues que rares, et cette absence de tout document direct les empêcha toujours d'élever autre chose que des conjectures. De là des systèmes forgés de toutes pièces, se détruisant les uns les autres et ne menant, en définitive, à aucun résultat satisfaisant.
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Ces anciens Belges, ainsi perclus dans la profondeur des temps, étaient loin cependant d'être les habitants tout à fait primitifs du territoire. Leur e'tablîssement dans le pays ne remontait guère à plus de trois ou quatre cents ans, tandis que cent siècles représentent peut-être à peine l'antiquité des traces laissées précédemment par les hommes dont nous allons nous occuper.
Quels étaient ces hommes?
Peut-on espérer le dire quand d'épaisses ténè- ' bres recouvrent déjà l'existence de générations infiniment plus jeunes?
Oui, répond non plus l'histoire, mais la science. Les vestiges de ces races primitives nous ont été conservés plus fidèlement que le souvenir des populations plus récentes. La terre a fait mieux que la tradition. C'est dans ses entrailles mêmes que nous puiserons comme dans de vieilles archives. Nous y rencontrerons le squelette de l'homme, associé à des restes d'animaux du même âge, dans des terrains dont la nature et la disposition valent presque une date. Rapportés au jour, les instruments dont se servait cet homme, et qui furent ensevelis avec lui, nous transmettront comme un reflet de son existence matérielle. Sa vie intellectuelle même sera restituée en partie et l'exhumation de véritables œuvres d'art viendra jeter un rayon brillant dans cette nuit que l'on devait croire à jamais close.
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Les découvertes auxquelles nous faisons allusion sont encore relativement isolées et ne possèdent jusqu'ici qu'une valeur assez locale. Néanmoins leur ensemble peut déjà permettre de se faire une idée générale de ce qu'étaient nos antiques prédécesseurs; c'est la tâche que nous allons entreprendre. Mais avant de présenter cette esquisse de l'homme aux âges de la pierre, il nous faudra consacrer quelques pages à la placer dans son véritable jour et à faire tomber sur elle une lumière bien franche qui nous la fasse apparaître dans toute sa vigueur et sa netteté.
La valeur des témoignages dans la matière qui nous occupe , leur importance chronologique, leur authenticité, reposent absolument sur des données géologiques encore peu familières au public en général.
Aussi, crois-je bien faire, en rappelant brièvement les grandes lignes de cette science. De cette façon chacun se rendra compte de la manière toute mécanique et par conséquent presque infaillible dont se sont classées les annales que nous allons feuilleter.
Cette échappée scientifique nous entraînera pour un instant bien au delà même de l'époque où l'homme fit sur la terre sa première apparition. Mais les données géologiques se commandent les unes les autres et pour comprendre celles dont nous aurons à profiter plus immédiatement , force
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nous sera de remonter aux phénomènes qui les ont précédëes dans le temps et dont elles dérivent.
Que l'on veuille donc bien accepter cette digression, un peu longue, peut-être, mais sans laquelle toutes nos déductions ultérieures manqueraient de base sérieuse.
II fut un temps où la matière terrestre, abandonnant son état gazeux primordial, se condensa dans l'espace en une sphère liquide et incandescente. Par l'effet du rayonnement, cette sphère se refroidit lentement vers sa surface et se recouvrit peu à peu d'une écorce solide.
La terre d'alors était sans eau : la chaleur même du globe s'opposait à la précipitation des vapeurs atmosphériques. Mais le refroidissement se poursuivant sans cesse, les eaux purent enfin se condenser et, toujours brûlantes, vinrent recouvrir d'une nappe continue la croûte terrestre encore sensiblement unie.
Une effrayante uniformité enveloppait de toutes parts ce monde primitif. L'Océan le recouvrait en entier de son inflexible niveau. Aucun continent, aucune île, aucun récif n'apparaissaient encore: partout la mer qui, sous une atmosphère lourde et calme, n'avait pas même cette animation des vagues qui lui communiqua par après le charme et la variété de la vie. Partout aussi une chaleur
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telle s'ébvant de l'intérieur de la terre que les différences dues à l'inégale répartition des rayons solaires en devenaient insensibles et qu'un même climat s'étendait de l'équateur aux pôles. Enfin , dans ces mers surchauffées, aucun animai, aucune plante; dans les eaux et dans les airs la solitude et le silence.
Cependant, le rayonnement, qui avait amené la formation de la croûte primitive, poursuivait son œuvre. Par l'effet du refroidissement, la matière terrestre se contracta de plus en plus au-dessous de l'écorce déjà formée et celle-ci, désormais privée de soutien, s'affaissa par places sous la pression des eaux et de l'atmosphère. Ces affaissements, tantôt brusques, tantôt lents, eurent leur contre-coup dans d'autres endroits du globe, où, subissant la poussée des parties effrondrées, la matière sous-jacente, par une puissante réaction, souleva l'écorce terrestre et fit surgir des flots les îles et les continents.
L'action interne, ou le vulcanisme, comme on l'appelle, tend donc à bouleverser sans cesse l'extérieur de notre globe. Elle lui communique le reflet de sa propre agitation et donnerait à sa surface un aspect de plus en plus tourmenté, n'était un autre facteur, qui, par une tendance absolument opposée , défait l'œuvre du premier et ramène autant qu'il peut les inégalités du relief à la forme unie des premiers temps.
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La haute température des premières eaux terrestres et l'acide carbonique, dont elles s'étaient chargées dans une atmosphère encore très imprégnée de ce gaz, leur donnaient un grand pouvoir de dissolutîon.EUesattaquèrent donc avec énergie les roches-, primitivement homogènes, qu'elles recouvraient, emportèrent avec elles leurs éléments désagrégés, puis, à la faveur de longs calmes^ laissèrent ces derniers se déposer de nouveau, mais cette fois en strates horizontales, dans les dépressions déjà formées par le vulcanisme.
Comme on le voit, l'eau ne « défaisait e en un endroit que pour « refaire » ailleurs, avec des éléments, toujours les mêmes, mais dont les combinaisons pouvaient varier à l'infini.
C'est à ce travail desédimentation, si tranquille et si lent, que nous devons toute la partie reconnue de l'écorce terrestre. Quelle que soit, en effet, la profondeur où l'on ait pénétré dans les entrailles de la terre, on n'a cessé de rencontrer des terrains de sédiment, sans atteindre jamais avec une véritable certitude la première croûte de solidification.
Cependant le calme de cette action réparatrice était souvent troublé. Les couches sédimentaires , en étroite communication avec le sol primitif, durent épouser les mouvements que continuaient à lui imprimer les forces internes. Elles se plièrent donc aux mêmes ondulations, ou, à défaut de plasticité suffisante, se brisèrent,
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glissèrent à la surface des couches inférieures et, par leur pression sur les roches voisines, y déterminèrent, à leur tour, de nouvelles perturbations.
C'est ainsi que les i-oches de sédiment ont rarement conservé la situation horizontale suivant laquelle elles s'étaient déposées; les diverses portions d'une même tranche se sont trouvées souvent portées à des hauteurs fort différentes et le degré d'inclinaison des couches est devenu très variable.
L'agitation passée, la stratification reprenait son cours el, se superposant au travail antérieur, revenait promener son niveau sur les couches bouleversées.
Quant aux portions du sol que le volcanisme avait fait surgir au-dessus des mers, elles ne pouvaient évidemment plus recevoir les dépôts qui continuaient à se former dans les eaux environnantes. La série des sédiments s'y trouvait donc interrompue et, pour la reprendre, il fallait que les terres émergées rentrassent sous les flots à la suite de quelque affaissement nouveau. L'examen des stratifications nous révèle de ces intermittences, plus ou moins fréquentes ou prolongées dans la succession des couches, et nous avons ainsi, à côté de l'histoire du fond des mers, l'enregistrement automatique des apparitions de la terre ferme.
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Un élément nouveau vint, au cours des âges, jouer un rôle important dans la formation des couches terrestres et nous fixer en même temps d'une manière plus précise leur ordre de succession : j'ai nommé la nature organique, les plantes et les animaux.
La vie n'apparut pas sur la terre, montée de toutes pièces, avec les formes innombrables qu'elle revêtit par la suite. Le principe d'un développement progressif (dans lequel la Genèse puisait déjà son début si grandiosement imagé), se confirme et se complète chaque jour.
Comme nous l'avons dit déjà, les premières meirs étaient désertes : leurs sédiments n'ont révélé jusqu'à présent aucune trace d'organismes. C'est tout au plus si, dans les étages supérieurs, on découvre quelques algues et des vestiges d'animaux absolument rudimentaires. Mais, à peine éclos, le principe de la vie ne tarda pas à donner des marques de sa prodigieuse fécondité. Ce n'est pas qu'il apportât dans le monde un seul atome nouveau ; mais, s'emparant de la matière existante, il sut la travailler à sa manière, la groupant suivant certaines lois, la transformant en organismes, la faisant tressaillir un instant de son propre tressaillement, puis l'abandonnant, inerte, mais transformée, pour reporter ailleurs son envahissante activité.
La mer, d'abord à peu près seule maîtresse du
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monde, fut la première à se peupler d'animaux innombrables.
Quant aux terres les plus anciennes, elles demeurèrent nues et désertes longtemps après leur apparition; puis vint leur tour également et les continents le disputèrent un jour à l'Océan pour la richesse de leurs formes organiques.
De part et d'autre aussi, la mort, accumulant les restes de la vie en masses de phis en plus puissantes, leur fit reprendre, dans la composition de l'écorce terrestre, le rôle inorganique qu'avaient pour un instant quitté les substances dont ils s'étaient formés.
Il va sans dire que les phénomènes dont nous venons de parler durent absorber un temps énorme. Le travail de la sédimentation se poursuit encore et depuis les temps historiques les observations de la science en ont enregistré les étapes récentes. Mais que sont ces dernières auprès des formations anciennes dont la puissance atteint plusieurs milliers de mètres (')? Quel temps n'a-t-il pas fallu non-seulement pour accumuler grain par grain ces couches gigantesques, mais pour les durcir, pour les pénétrer goutte à goutte des solutions minérales qui les cimentent et leur
Cl Die Mâchtigkeit der Ur-Gneiâsformation betrSgt in Canada ûber 10,000 m., in Bayern etwa 3o,ooo m. {Credner, Géologie. p. 376.)
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faire subir en un mot les transformations multiples que la science enregistre encore chaque jour !
Que de milliers de siècles de travail nous représente à son tour la formation des roches organiques! Des foraminifères microscopiques composent à eux seuls des bancs de craie de plusieurs centaines de mètres d'épaisseur. La puissance totale des lits de houille dans la Haute-Siiésie est évaluée à i54 mètres; de leur nombre est la veine Xavier qui atteint à elle seule i6 mètres d'épaisseur. Or la végétation de nos forêts, dit Gredner, ne fournit en cent ans qu'une quantité de carbone suffisante pour former une couche de i6 millimètres à la surface du sol qu'elle recouvre. Les conditions de la flore et de l'atmosphère étaient certainement, à l'époque de la période carbonifère, plus favorables que de nos jours à la formation de la houille; mais, tout en tenant compte de cette circonstance, on peut juger par ce qui vient d'être • dit de la durée qu'occupe cette période dans la série des âges.
Ces calculs, et bien d'autres encore, semblent devoir reporter les origines de notre globe à des raillions d'années. Nous manquons de base positive pour apprécier cette ancienneté d'une manière un peu sûre et les écarts considérables, que signalent les appréciations de géologues également distingués, sont bien faits pour recommander à cet égard la plus grande circonspection.
Mais il n'en est plus de même si, laissant de côté les dates absolues, l'on se met à rechercher l'âge relatif des formations, ou, en d'autres termes, leur ordre de succession.
Les circonstances, dans lesquelles s'opéra la sédimentation, furent sensiblement les mêmes par toute la surface de la terre : pour point de départ unique la roche primitive homogène, pour agents principaux, l'acide carbonique et l'eau.
De cette uniformité de conditions résulta , comme de juste, l'uniformité des produits sur les différents points du globe. Aussi trouve-t-on que l'évolution sédimentaire a traversé partout des stades semblables et que ceux-ci ont pris naissance, sinon dans le même temps, du moins dans le même ordre.
Se basant sur ce fait, on a pu diviser les formations géologiques suivant un certain nombre de périodes, définies à la fois par les caractères propres de leurs terrains et par les restes organiques ensevelis dans leurs couches.
Ces périodes portent le nom de primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire.
La géologie n'est pas notre but. Nous devons y puiser certains principes d'où l'étude des âges de la pierre tirera sa plus grande valeur ; nous y recourrons encore pour nous retracer le cadre de
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l'existence humaine primitive; mais là se bornera notre excursion scientifique.
Nous ne suivrons donc pas le travail géologique depuis son origine et nous nous contenterons de jeter un coup d'œil sur les seules périodes qui, vraisemblablement, eurent des hommes pour témoins : le tertiaire et le quaternaire.
La période tertiaire comprend trois sous-divisions principales, appelées éocène, miocène et pliocène.
Au début de l'éocène, la mer recouvrait encore toute la plaine du Nord de l'Allemagne et venait battre le pied de la chaîne hercynienne, dont l'Ardenne formait le prolongement occidental. Les eaux s'étendaient également sur le Nord de la France, puis, contournant le massif de l'Auvergne, allaient remplir le bassin de la Garonne et communiquaient directement avec la Méditerranée. Pénétrant ensuite au Nord des Alpes, la mer tertiaire occupait une grande partie de l'Europe centrale, venait se rattacher à l'immense nappe qui correspondait au Sud de la Russie et se prolongeait sans doute à travers l'Asie jusqu'en Chine et au Japon (').
Cette configuration se trouva profondément modifiée avant même que la période éocène eût
(') La géographie de ces époques est d'une grande importance pour éclairer l'hiEtoire des mlgrationB humaines.
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pris fin. A ce moment des soulèvements locaux, intenses et fréquents, se produisirent sur divers points. Le fond des mers, en certains endroits, se trouva transporté à de grandes hauteurs ; les vastes étendues, qui formaient les ados des nouvelles montagnes, laissèrent écouler leurs eaux vers l'Océan et, par leur assèchement graduel, contribuèrent beaucoup à l'extension des continents.
On conçoit qu'un pareil état de choses, de pareils bouleversements, étaient peu propres à favoriser l'expansion de la vie. Aussi l'homme n'apparait-il nulle part encore. Les autres mammifères mêmes n'atteignent leur entier développement qu'aux deux âges suivants.
Ici les phénomènes deviennent plus calmes.
Les continents s'accroissent toujours et s'acheminent vers leurs contours actuels, mais lentement, sans brusquerie. Nous trouvons encore actuellement dans le soulèvement séculaire de la Suède l'exemple d'un travail analogue. Les eaux intérieures s'écoulèrent de plus en plus vers l'Océan; les marais et les dépôts d'eau stagnante s'asséchèrent peu à peu et livrèrent aux richesses d'une féconde nature les espaces qu'ils cessaient de recouvrir.
L'Europe centrale devait présenter à cet âge un admirable spectacle. Un climat, à la fois humide et chaud, développait jusque dans les régions
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arctiques une abondante végétation. L'évolution de la flore venait d'atteindre à peu près son dernier terme. De nombreux types de plantes et d'arbres ('), aujourd'hui localisés sur les différents points du globe, se trouvaient encore reunis aux mêmes endroits et communiquaient au paysage une étonnante variété'. C'était la luxuriance des forêts du Brésil, ou mieux encore de Ceylan, mais avec une plus grande richesse de formes.
L'abaissement continu de la température, que l'on peut suivre à travers toute la période tertiaire, vint modifier cet état de choses, en éliminant successivement de nos régions un certain nombre de types organiques. Les forêts perdirent insensiblement leur aspect tropical. Néanmoins, le pliocène fournissait encore à l'Europe centrale la végétation actuelle des bords de la Méditerranée et, pour être devenu plus tempéré, le climat n'en était pas moins demeuré admirable.
A cette flore brillante, correspondait une faune non moins riche en formes et en nombre. Les mammifères, dont la véritable apparition, peut-on dire, remonte seulement à cette époque, ne tardèrent pas à prendre un développement énorme.
(') L'étude du miocène a révélé en Suisse l'existence de 300 espèces d'arbres forestiers. {W. Baek &V. Hellwalb, Der vorgeschichtliche Mensch.)
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en même lemps que de nombreux oiseaux remplissaient de leur animation les vastes forêts vierges. C'est au pliocène surtout qu'apparurent une quantité de grands animaux, dont nous retrouverons les descendants au quaternaire : certains rhinocéros, des éléphants et des hippopotames, l'ours des cavernes, le loup, l'hjène, beaucoup de ruminants, le cerf gigantesque, l'aurochs, le cheval, l'antilope, la chèvre, le lièvre, etc. ('). Il semblait que la nature s'épanouît et se livrât à toutes les exube'rances de la vie avant de se lancer dans la période terrible qui allait la recouvrir d'un manteau de glace et de mort; car l'abaissement de température, que nous signalions pendant le tertiaire, avait été toujours croissant. Bientôt le climat cessa même d'être tempéré et cette époque, si belle et si féconde, se perdit tristement au milieu des frimas : nous entrons dans la période glaciaire.
Arrivés à ce point de l'évolution terrestre, nous trouvons à chaque pas l'histoire de l'homme se mêlant à l'histoire du globe. Tout ce qui va se passer dans le monde physique eut, spécialement à partir de ce moment, son reflet dans la vie de nos ancêtres. Les circonstances extérieures tenaient
(') Le Hon, pp. 1 16 à 1
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ces derniers à leur merci bien plus qu'elles ne nous y tiennent nous-mêmes. La civilisation ne leur avait pas encore fourni les armes qui, de nos jours, nous affranchissent en quelque sorte du milieu naturel où nous vivons et nous permettent de le remanier pour ainsi dire à notre guise. Le sol, le climat, la faune, la flore, conservaient vis-à-vis d'eux toute l'inteusitë de leur action directe et fatale. En nous arrêtant un moment à l'examen de ces éléments naturels, nous feuilleterons donc en fait les annales de l'humanité elle-même.
Tâchons de mesurer d'abord la portée de ces mots : époque glaciaire.
Lorsque la neige s'accumule sur les hautes montagnes, les couches inférieures, soumises à la pression de celles qui les surmontent, se soudent étroitement et donnent naissance aux glaciers.
Malgré leur apparence compacte, ces masses de glace conservent une certaine plasticité, grâce à laquelle les pressionsqu'elles endurent finissent par leur communiquer une impulsion sur les pentes où elles se trouvent suspendues et à les faire descendre doucement vers la plaine. A partir de ce moment, le glacier se comporte tout à fait comme le ferait un fleuve , obéissant aux mêmes lois des courants, creusant le lit dans lequel il glisse et laissant ses moraines aux flancs de la montagne, comme des témoins de son passage.
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Mais à mesure qu'il descend, le soleil l'attaque avec une énergie croissante : le glacier fond. Bientôt il se trouve un endroit où l'arrivée de glace nouvelle ne parvient pas à compenser l'activité de cette fonte. C'est là que le glacier finit et que commence, à proprement parler, le fleuve auquel il donne naissance. La limite inférieure d'un glacier n'est donc pas fixe. Elle ne dépend pas directement d'une situation topographique, d'une altitude invariable, mais seulement de ce fait que la rapidité de la fonte fait équilibre à l'alimentation de glace nouvelle.
Tant que cette solution se trouve retardée, il n'y a pas de raison pour que le glacier s'arrête ; il continuera donc à descendre vers la mer, à l'instar d'un fleuve, et y précipitera ses banquises, s'il n'a pas eu le temps de fondre auparavant.
Or, à l'époque glaciaire, pour des motifs que nous verrons plus tard, les glaciers se formèrent à des altitudes moindres que de nos jours. Soumis d'autre part à une fonte moins active, ils dépas- ■ sèrent considérablement leurs lieux de formation et allèrent s'épandre au loin dans les vallées et dans les plaines ('). Non-seulement la Suisse
O Rapportant à leur lieu de provenance des pierres retrouvées à reïlrémilé d'anciens glaciers, on a calculé que certains d'entre ces derniers devaient avoir une longueur de plus de 3oo kilomètres. (W. Babr & V. Hellwald, loc. cit.)
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entière en fut couverte ; mais il en ëtait de même de tout le pays compris entre les Alpes et le Jura, ainsi que des Vosges et de la Forêt noire. Le bassin de la Méditerranée, aujourd'hui si riant et si chaud, recevait ses glaciers des Pyrénées, des Apennins et des hauts plateaux de l'Asie- Mineure : les cèdres du Liban croissent sur d'anciennes moraines.
Au nord, à plus forte raison, les glaces avaient pris un extrême développement et venaient, pour ainsi dire, se souder à celles qui occupaient le centre de l'Europe. Bref, on peut dire que notre continent présentait l'image d'un immense glacier, interrompu ça et là seulement par quelques portions de terre.
Il ne faut pas s'exagérer toutefois la quantité de glace nécessaire pour amener un pareil état de choses. Lorsque l'on dit, par exemple, que les glaciers remplissaient tout l'espace compris entre les Alpes et le Jura et qu'on retrouve leurs traces sur les flancs de ces montagnes jusqu'à 2,000 mètres d'allitude, il ne faut pas en conclure que ces glaciers avaient une profondeur de 2,000 mètres. Plus d'un géologue me parait, sous ce rapport, avoir oublié de se dire que le sol de l'Europe n'avait pas à ce moment son relief actuel. Le grand creusement des vallées était encore à faire ; le lit des glaciers était ainsi beaucoup plus élevé que le fond de nos vallées
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actuelles; il leur fallait donc, pour combler les dépressions alors existantes, un volume infiniment moindre qu'il n'en faudrait de nos jours pour remplir les vallées correspondantes.
Rien ne résiste à la glace; rien ne saurait détourner ce courant, dont la lenteur même rend plus saisissant encore le caractère inflexible et fatal. Elle renverse tout sur son passage, répandant avec elle la solitude et la stérilité dans les espaces qu'elle envahit.
Reléguée sur les quelques lambeaux de terre habitable qui demeuraient encore, la vie organiquedut se trouver singulièrement réduitecomme nombre. Mais dans les endroits épargnés, elle continua par contre à se développer avec une vigueur exceptionnelle, sans paraître autrement se préoccuper du redoutable voisinage qui l'enserrait de toutes parts.
La faune de cette époque présente à son début ce trait remarquable qu'elle réunit aux animaux des terres arctiques les types propres aux zones tempérées ou même tropicales.
C'est alors que se montra, ou que régna du moins dans toute sa puissance, le gigantesque mammouth, qui (à l'instar, dirait-on, des grands hommes de l'histoire) donne aujourd'hui son nom aux siècles où il vécut. Cet animal mesu-
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raït jusque plus de 5 mètres de la tête à la pointe de la queue; sa hauteur atteignait 3 mètres. Le poil épais dont il était couvert et la crinière qui lui descendait jusqu'aux genoux exagéraient encore les dimensions du colosse. Son aspect devait être vraiment redoutable et il fallut aux sauvages d'alors autant d'audace que d'adresse pour oser s'attaquer à un pareil animal au point de le faire entrer dans leur alimentation, à l'égal d'un gibier ordinaire.
On voyait encore dans les forêts ou au bord des fleuves le rhinocéros à deux cornes, l'hippopotame, le bœuf musqué, le bison et l'aurochs, l'ours, l'hjène et le bouquetin, des cerfs énormes, des troupeaux d'élans et de rennes, en même temps que des antilopes, des chevaux, des tigres, des lions et bon nombre d'autres carnassiers, de ruminants et de rongeurs. Cette énumération, comme on le voit, comprend, sans compter les animaux actuels de l'Europe centrale, d'une part des types entièrement éteints, -d'autre part des espèces reléguées aujourd'hui , soit dans les pays chauds, soit dans les régions arctiques, soit enfin sur les sommets des Alpes.
Il convient de remarquer, pour atténuer le caractère étrange d'une pareille cohabitation, que sans doute plusieurs de ces animaux n'étaient pas absolument conformés comme leurs congénères actuels. Les espèces tropicales notamment pou-
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valent être mieux défendues contre la rigueur des saisons. La fourrure épaisse du mammouth était aussi impénétrable à la pluie et au froid que celle du bœuf musqué, dont les régions arctiques font, à l'heure actuelle, l'habitat ordinaire. Il devait en être de même chez d'autres animaux, confinés aujourd'hui dans les pays chauds et dont la fourrure, jadis d'une possession précieuse, s'est atrophiée, faute d'utilité, sous un ciel plus clément.
D'autre part encore, l'invasion du froid avait été lente et successive et les animaux s'étaient insensiblement adaptés à leurs nouvelles conditions d'existence.
Enfin nous allons voir que le climat quaternaire lui-même explique mieux que tout le reste la réunion dont nous venons de parler.
Cette question du climat est non-seulement intéressante au point de vue des phénomènes naturels auxquels nous avons fait allusion : glaciers, faune, flore, etc., mais elle touche en même temps au cœur même du sujet de cet ouvrage. Le climat joue en effet un rôle prépondérant sur l'éclosion des idées esthétiques d'abord, puis encore sur le tour spécial que prennent ces idées suivant les caractères qui le distinguent lui-même. A ce fitre, il mérite, plus peut-être que toute autre circonstance du même genre, d'attirer notre attention.
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Nous allons y puiser d'abord une explication très plausible des grandes quantités de glace qui recouvraient l'Europe à ce moment.
La grande chaleur, cela va sans dire, est l'ennemie née des glaciers. Mais il ne s'ensuit pas que la formation de ces derniers exige un froid bien intense. Nous en voyons au Chili et dans la Nouvelle-Zélande qu'entoure une végétation presque tropicale. En Suisse, des vallées, comme celle de Grindelwald, nous présentent leurs glaciers dans un cadre tout riant de soleil et de verdure. Peu importe, en effet, le degré de chaleur, si le renouvellement de la glace peut faire plus qu'équilibre à la rapidité de la fonte.
La première condition d'un abondant renouvellement de glace est une abondante production de neige et, par conséquent, la présence dans l'atmosphère d'une grande quantité de vapeur d'eau ; le climat doit être humide.
Mais l'humidité ne suffit pas. II faut encore un froid assez marqué, pour qu'au lieu de retomber en pluie, cette vapeur forme de la neige, dont l'accumulation donnera naissance aux glaciers. Pour que ces derniers grandissent, il faut en outre que la chaleur de l'été ne suffise pas à foudre la production de glace de l'hiver précédent, de manière qu'il demeure, à l'entrée de chaque nouvel hiver, un excédant qui aille toujours croissant et oppose à l'action de la fonte une masse de plus en plus considérable.
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Or, telles étaient précisément les conditions qui régissaient notre climat au début de l'époque quaternaire.
Le continent européen n'avait pas encore son importance actuelle. La plaine du Nord de l'Allemagne, la Hollande, le Danemark, la Pologne et le Nord de la Russie étaient toujours sous les eaux ; la mer Glaciale communiquait par la mer Noire avec la Méditerranée.
Entourée par les eaiix d'une manière d'autant plus complète que l'Océan recouvrait encore l'immense région du Sahara, l'Europe formait donc une véritable île. De quelque côté que soufflât le vent, il y arrivait chargé de l'humidité prise à la mer qu'il venait de traverser. Or, si l'on songe que nos vents de mer apportent annuellement en Belgique douze fois plus d'eau que le vent du Nord-Est, par exemple, on jugera du surplus d'humidité que pouvait valoir à notre continent son ancienne configuration insulaire.
Comment se faisait-il maintenant que cette grande humidité se traduisît en production de neige? « Nous connaissons, dit Tyndall, les Reeks de Magillicuddy ('), comme étant les grands condensateurs des vapeurs de l'Atlantique. A l'époque dont nous parlons ici, cette humidité ne retombait pas en pluie douce et fertili-
(') Hautes montagnes dans le S.-O, de l'Irlande.
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santé, mais bien sous la forme de neiges qui alimentaient de grands glaciers (') ».
Ce n'est là qu'un exemple. Mais pourquoi cette difiërence? Ce qui nous donne de la neige au lieu de pluie, c'est le froid : il devait donc quand il neigeait faire plus froid que maintenant quand il pleut.
La différence pouvait n'être pas très grande (la douceur relative de la température par nos temps de neige le prouve bien). Mais elle était certainement sensible et nous aurons à en tirer des conséquences pour l'histoire des hommes de ce temps-là.
Voilà pour la production de la neige. Quant à son accumulation et à la formation des glaciers qui en est la conséquence, nous avons vu qu'elle est due principalement à l'absence de grandes chaleurs. Les observations faites eu Suisse démontrent que l'extension des glaciers se produit surtout par des hivers humides, suivis d'étés peu chauds, tandis qu'un été chaud succédant même à un hiver rigoureux amène un retrait du glacier.
Il faisait donc, au temps oîi la glace ne fondait pas, moins chaud qu'au temps où elle fondait et OUI elle fond encore, nouvelle circonstance climatérique que nous devons soigneusement enregistrer.
(') TïNDALL, Les Glaciers, p. 146.
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Ce froid plus intense, et surtout plus constant, a fait l'objet d'une foule de théories scientifiques. Nous les négligerons ici, cela va sans dire, mais tout en en extrayant certains détails qui sont de nature à nous éclairer directement sur la condition de l'homme à cette époque.
Des considérations astronomiques ont conduit à supposer que les deux hémisphères terrestres traversent alternativement des périodes d'échauffement et de refroidissement.
La durée de ces périodes, ou le temps qui s'écoule entre le maximum de chaleur et le maximum de froid dans chaque hémisphère, serait de io,5oo ans.
Or, c'est en l'an 1248 de notre ère que nous avons eu les plus courts hivers en même temps que notre maximum de chaleur ; dix mille cinq cents ans auparavant, notre hémisphère éprouvait donc son minimum de chaleur et se trouvait exposé aux hivers les plus longs.
Cette théorie aurait l'avantage de fixer d'une manière mathématique la date exacte de l'époque glaciaire et, partant, de l'existence des premiers hommes dans nos contrées.
Elle a trouvé des promoteurs d'une grande autorité (') et repose d'ailleurs sur une série de
(') Le HnN l'a résumée dans son ouvrage intitulé : Influe lois cosmiques sur la climatologie et la géologie.
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faits vraiment significatifs. Ainsi, nous avons assisté pendant le tertiaire à un abaissement graduel de la température, couronné par la période glaciaire. D'autre part, divers indices, observés depuis cette période, mais avant l'année 1248 de notre ère, caractérisent parfaitement une phase d'échauffement. Les formes arctiques abandonnent nos latitudes et remontent vers le Nord ; la mer Anglaise se repeuple des espèces, qui l'avaient quittée aux approches du quaternaire pour émigrer vers le Sud, etc., etc. Enfin^ comme troisième oscillation, de nombreuses observations, recueillies depuis 1248, indiqueraient que nous marchons de nouveau vers un état de choses qui devra rappeler de près la période glaciaire dont nous nous occupons. Tandis que la température moyenne s'élève graduellement dans l'hémisphère austral, les glaces arctiques envahissent peu à peu le nôtre. Déjà ces dernières ont chassé l'homme de certaines contrées septentrionales, qui, aux Xll'et XIIP siècles, florissaient sous l'influence d'une population nombreuse et active. En Suisse, des pâturages et des forêts, dont l'histoire nous a transmis le souvenir, sont remplacés aujourd'hui par des glaciers. D'anciens passages se trouvent supprimés. Le niveau des pâturages s'abaisse graduellement. Les bestiaux que l'on envoyait dans la montagne le i5 mai durant les derniers siècles, n'y vont plus que du 25 au 28 du même
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mois. Enfin, sî Ton considère pour ce pays une période de quelque étendue « la quantité de neige qui tombe en hiver est plus considérable que celle qui fond pendant l'été ('); » le tout, bien entendu, avec des temps d'arrêt et même des phases de décroissance, comme il s'en produisit d'ailleurs également au quaternaire.
On peut donc, en présence de cette triple expérience, considérer comme plausible l'existence d'époques glaciaires pe'riodiques, caractérisées, sinon par un grand froid, du moins par une faible quantité de chaleur.
En dehors de cette grande loi cosmique, le développement des glaces avait un autre auxiliaire dans la configuration de notre continent.
L'Europe, disions-nous précédemment à propos de l'humidité du climat, était encore une véritable île au début de l'époque quaternaire. Les eaux continuaient à y recouvrir de vastes régions, asséchées depuis, et les mers, qui lui formaient une ceinture, avaient bien plus d'étendue que de nos jours. Or, on sait que « l'Océan tend à conserver partout une température moyenne qu'il
communique aux terres adjacentes Les climats
maritimes sont caractérisés par des hivers plus doux et par des étés moins chauds que ceux des climats continentaux ("), »
(') Le Hon, p. Î6i. (*) Dupont.
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Celait donc aussi le cas pour l'Europe quaternaire. La grande proportion des côtes devait tempérer d'un côté le froid que la loi cosmique précédente aurait sans cela rendu plus intense encore, tandis que, d'un autre côté, elle empêchait la chaleur de trop s'élever et communiquait au climat ce caractère de constance si favorable à l'extension des glaciers.
Nous en arrivons ainsi à conclure qu'à l'époque glaciaire régnait en Europe un climat uniforme, très humide, pas remarquablement plus froid que le nôtre comme température moyenne , mais ne comportant pas d'aussi grandes chaleurs. C'est là ce qui nous explique comment des espèces subarctiques ont pu vivre dans nos régions en même temps que les espèces des pays chauds.
Une pareille situation devait, cela va sans dire, se modifier par la transformation des conditions qui l'avaient fait naître.
L'émersion de terres nouvelles, principalement au Nord et vers l'Est, vint enlever à l'Europe centrale son caractère insulaire et l'uniformité de température qui lui valait la proximité de l'Océan. Le climat perdit beaucoup de son humidité. La neige, cessant de tomber avec la même abondance, ne suffit plus à contre-balancer la fonte des glaciers et ceux-ci allèrent en diminuant sans cesse. Le caractère continental que prit le climat infligea donc durant l'hiver à cette phase du
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quaternaire des froids plus intenses que ceux de l'époque glaciaire elle-même, tandis que !a loi cosmique, précédemment citée, la privait encore de grandes chaleurs en été.
Ce nouvel état de choses eut nécessairement une certaine durée, après quoi l'Europe centrale s'échauffa peu à peu. Le cycle astronomique avait ramené pour elle la période d'échauffement graduel dont nous avons parlé. D'autre part, ce fut à ce moment peut-être que le Sahara se dépouilla de ses eaux et nous envoya les premiers contre-coups de ses brûlantes ai-deurs. Puis, encore, les courants arctiques, refoulés par l'émersion de la Scandinavie, firent probablement place aux courants chauds dont nous subissons encore aujourd'hui l'influence marquée. Quoi qu'il en soit, le centre de l'Europe abandonna le caractère subarctique qu'il avait assumé durant quelque temps et en arriva graduellement à un état climatérique très voisin du nôtre.
Ces transformations du climat se reflétèrent d'une manière frappante dans la faune de ces diverses époques, au point que l'on a conçu l'idée de désigner ces dernières phases par le nom de l'animal qui s'y était montré prépondérant.
A l'époque glaciaire, avons-nous dit, vivaient dans nos régions non-seulement les espèces actuelles, mais encore des types entièrement éteints de nos jours, et diverses espèces dont
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Phabitat ne se place plus qu'en dehors de nos régions. L'uniformité d'une température à l'abri de grands écarts favorisait cet état de choses, que l'on a qualifié d'âge du mammouth.
Les variations climatériques amenèrent l'élimination successive de certains de ces groupes d'animaux. Les espèces actuellement éteintes disparurent les premières, sans que l'on puisse dire au Juste pourquoi.
L'avènement du climat continental et des froids plus intenses provoqua l'émigration vers le Midi des animaux qui ne résistent pas à une basse température. Les espèces actuelles demeuraient encore de même que les espèces subarctiques et alpines. Le renne, qui à cette époque abondait dans nos régions a .été choisi pour caractériser ce deuxième âge.
Enfin l'apparition graduelle de nos conditions climatériques actuelles entraîna la retraite vers le Nord de certaines espèces telles que le bison, l'élan, le renne, le renard bleu, le glouton, tandis que d'autres, telles que le chamois, la marmotte et le bouquetin allaient retrouver sur les sommets des Alpes le climat rude qui convient à leurs natures.
Ces variations de la faune ne se produisirent pas simultanément dans toute l'Europe, pai-ce que les modifications du climat n'y furent pas non plus simultanées. Mais, en général, elles présen-
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— altèrent partout le même ordre de succession : partout l'âge du mammouth précède l'âge du renne. Ces dénominations conviennent donc parfaitement en paléontologie, non pas pour jeter les bases d'une chronologie générale, mais pour caractériser des âges relatifs.
Pendant que ce travail d'élimination s'opérait au sein du monde organique, un dernier phénomène géologique, d'une importance extrême pour les destinées de l'homme, achevait de donner au sol de l'Europe son aspect définitif.
Lorsque sous l'action du vulcanisme, les continents apparurent au-dessus des flots, ils ne présentaient guère que des masses informes. Des crevasses irrégulières, ou bien encore les dépressions formées au sein des mers, les coupaient çà et là. Les eaux marines, en se retirant, les avaient, de plus, ravinées avec une violence variable suivant les conditions de l'émersion. Mais ce fut l'action des eaux atmosphériques qui les cisela eu quelque sorte et leur imprima, par le moyen des vallées, ce relief à la fois bizarre et régulier qui fait le charme des pays de montagnes.
Il semble que cette action ait été relativement peu de chose avant le quaternaire; mais à cette époque les circonstances changèrent complètement.
Nous avons déjà vu que les glaciers, par leur
frottement sur le soi, esquissèrent le premier sillon des fleuves. On retrouve leurs traces dans les terrasses les plus élevées sur le flanc des vallées, et leur cours se reconnaît encore aisément à une direction plus rectilîgne que celle des fleuves formés depuis ('). Les moraines, abandonnées parfois à de grandes hauteurs, révèlent du reste aussi le passage du Hot glacé.
L'action des glaciers était surtout latérale : ils travaillaient en largeur, ce qui, soit dit en passant, dut faciliter leur extension d'abord et plus tard leur fonte et leur disparition.
La principale phase du creusement des vallées date de ce moment où les glaciers commencèrent à disparaître. Ruisselant du sommet des montagnes et cherchant sans relâche à gagner le niveau de la mer, les eaux atmosphériques, qui ne retombaient plus en neige, se réunirent alors pour former les ruisseaux, les torrents, les rivières, les fleuves. Leurs flots, abondamment alimentés par la fonte des glaces et par un climat encore très humide, se précipitèrent dans les dépressions primitives et dans les crevasses natureUes que
O On a cru reconnaître l'action du sable violeniment chassé par le vent dans certaines stries laissées aux flancs des rochers et attribuées, jusqu'à ce jour, au glissement des glaciers. Mais ce ne serait jamais là qu'une explication toute locale laissant subsister dans leur généralité les autres témoignages si nombreux des phénomènes glaciaires dont nous nous occupons.
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présentait la surface du sol. Ils les approfondirent de plus en plus, emportant avec eux les débris de la montagne, qu'ils laissaient retomber plus loin dès que le permettait la lenteur de leur cours. Non-seulement les gorges étroites et les ravins, mais nos vallées, si larges et si profondes, ne sont donc pas, en général, des fentes primitives de l'écorce terrestre, mais le résultat direct d'une érosion produite par les glaciers et par les eaux courantes. Les arêtes rocheuses qui séparent les vallées entre elles ne sont que les traces de l'ancien culmen, au niveau duquel coulait originairement le fleuve ou le glacier. Les terrasses, ou bandes de galets, jadis roulés par les eaux et demeurés à difierents niveaux sur les pentes des collines, constituent des traces évidentes d'un creusement successif.
Cette action continue, remarquons- le, va devenir pour nous un auxiliaire précieux en matière de chronologie ; les vallées en se creusant ont exactement joué dans l'histoire le rôle d'un sablier qui se vide et donné la mesure du temps écoulé par l'abaissement progressif des étiages.
Enfin ce puissant travail des rivières et des fleuves fut accompagné de la formation d'alluvions et de dépôts divers. Ici, de nouveau, les eaux ne « défaisaient » en un endroit que pour « refaire » ailleurs. Le faciès de ces terrains, compris sous le nom générique de diluviens, varie
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beaucoup suivant la nature du sol entame par les eaux. Leur signification est donc toute locale et nous n'aurons à nous en occuper qu'au point de vue des formations de ce genre relevées dans notre propre pa;ys.
Ces données générales étant connues, il nous suffira d'accentuer par quelques traits les couditions spéciales dans lesquelles se trouvait la Belgique à l'époque dont nous nous occupons.
Parmi les premières terres qui apparurent en Europe figure le massif de l'Ardenne, triple bourrelet de montagnes schisteuses s' étendant des environs de Rocroy Jusqu'au delà de Spa et se prolongeant vers l'Allemagne sous le nom de Hautes-Fanges et d'Eifel. Ce n'était donc qu'une île de faibles dimensions. Tout autour, la formation dont elle faisait partie continuait à demeurer sous les flots et à recevoir les sédiments nouveaux que les eaux ne cessaient d'y ajouter. Maïs, par la suite, une série de soulèvements suréleva l'Ardenne et vînt soustraire à la mer des portions de plus en plus considérables des régions qui formaient les ados de l'arête. La marge Belgique de l'Ardenne s'assécha la première et ce massif s'accrut de la contrée qui constitue l'Entre-Sambre et Meuse.
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Le miocène vit surgir la Hesbaie.
Au pliocène, la côte de la mer représentait assez bien une ligne que l'on tracerait de Hasselt à Gand. Au delà s'étendaient des sables submergés qui devinrent plus tard la Campine.
Du côté de son versant méridional, l'Ardenne était allée, anciennement déjà, se rattacher au massif de l'Auvergne par la terre ferme de !a Lorraine et de la Bourgogne. Une bande de terre sèche, au N.-O., rattachait, à son tour, l'Auvergne à l'Angleterre.
La mer tertiaire ne contournait donc l'Ardenne que pour pénétrer dans un grand golfe, dont l'emplacement de Paris marquait à peu près le centre. Ce golfe s'assécha graduellement en remontant vers le Nord. Lorsqu'il ne dépassait plus guère la hauteur de Dunkerque, les terrains qui reliaient l'Angleterre au continent se fracturèrent dans le sens de la Manche et la disposition de cette partie de l'Europe devint sensiblement ce qu'elle est aujourd'hui.
Jusqu'alors le relief de notre pays ne possédait que ses formes principales, ses grandes saillies et ses déclivités générales. Les divers soulèvements avaient, il est vrai, déterminé les profondes crevasses de l'Ourthe, et de la Meuse entre Mézières et Namur, ainsi que la déchirure du terrain houiller que l'on observe depuis Maubeuge jusqu'à Liège. Mais il appartenait aux eauxcou-
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rantes de l'époque quaternaire d^e remanier complètement ce premier état de choses et de creuser en outre les valle'es secondaires qui donnèrent au sol ses ondulations actuelles (').
La Meuse tenait le premier rang parmi les cours d'eaux de la contrée. Elle pouvait avoir pris au début de l'époque quaternaire sa source dans des glaciers. Cette origine expliquerait le caractère rectiligne qu'affecte , dans ses étages les plus élevés, la vallée supérieure entre Namur et Givet.
Ce devait être un fleuve superbe, s'étalant sur 4,000 à 6,000 mètres de l'une à l'autre rive et mesurant donc plus de dix à douze fois la largeur actuelle de l'Escaut devant Anvers. Cette largeur toutefois ne doit pas s'entendre précisément d'une nappe continue. Le cours du fleuve, non encore resserré entre ses collines, pouvait se livrer à des déplacements latéraux dans la zone d'une dépression générale. Cette zone tout entière constituait son lit ; mais, sauf peut-être en temps de crue, un pareil espace n'était guère occupé par les eaux simultanément dans toute son étendue.
A l'ordinaire, le fleuve se composait sans doute d'un certain nombre de bras et ce fut par leurs déplacements répétés que le travail d'érosion se
(') La plupart de ces détails pour la Belgique sont empruntés aux ouvrages de M. Houzeau : Histoire du sol de l'Europe et Géographie physique de la Belgique.
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trouva réparti d'une manière assez uniforme sur toute la largeur que nous venons de dire.
Ce premier lit de la Meuse, formé d'une dépression de 80 mètres de profondeur, est encore indiqué par une terrasse, que l'on peut suivre aux flancs de la vallée et dont le pied est recouvert de cailloux roulés. Ces derniers constituent toujours un dépôt de fond. Le pied de la terrasse correspondait donc jadis au fond du lit du fleuve.
Cependant, le frottement de l'eau, et plus encore l'action des cailloux qu'elle entraînait avec elle, se montraient plus sensibles et plus constants au centre de la dépression que sur ses bords. Ce fut là que s'accentua le creusement. La concentration des eaux, toujours croissante, y produisit à la longue un sillon de 60 mètres de profondeur, sur une largeur de 5 à 700 mètres. Une seconde terrasse nous l'atteste de nouveau. Sa direction générale a perdu le caractère rectiligne que l'on remarquait dans la terrasse précédente. Le glacier s'est fait définitivement fleuve et choisissant, dès lors, pour se frayer un passage, les terrains les plus meubles, son cours est devenu plus sinueux.
Nous nous trouvons encore après cela devant un autre approfondissement de 3o mètres. La largeur de la rivière ne dépasse plus 400 mètres et son cours prend, de plus en plus, un aspect tourmenté.
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A partir de ce moment, on suit pas à pas la décroissance du volume des eaux, action lente et tranquille qui abandonna successivement à l'homme des atterrissements fertiles, doucement inclinés. Nous savons tous où cette action s'est arrêtée et lorsque, remontant en été la vallée de Namur à Dînant, nous contemplons dans son cadre grandiose le maigre cours de cette même Meuse, nous avons peine à nous figurer qu'autrefois un colosse passait là.
Les autres cours d'eau de la haute Belgique traversèrent des phases analogues. Leur enfoncement progressif est attesté de la même façon par des dépôts de cailloux roulés et de limon fluvial. Le cours de l'Ourthe, avons-nous dit, prit sans doute naissance dans une fracture géologique préexistante. Celui des autres rivières dut se former un peu au hasard des plis du terrain. Il en résulta chez ces dernières un caractère plus sinueux ou plus torrentueux et probablement pour beaucoup d'entre elles un régime de cataractes et de cascades, où l'impétuosité de la chute devait, au point de vue du creusement, suppléer à la maigreur du volume.
Il faut remarquer, à ce propos, que pour gagner la plaine, ces rivières avaient, dans le principe, à descendre bien plus qu'aujourd'hui. Leur pente était donc plus forte, dès lors leur courant plus rapide et leur pouvoir d'érosion
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infiniment plus énergique. Cette observation fera mieux comprendre comment, avec des volumes d'eau relativement minces, ces rivières ont creusé des ravins si profonds.
Ce creusement des vallées mit au jour les fameuses cavernes, dont le rôle fut si considérable aux âges de la pierre. Les masses calcaires, qui s'étendent entre l'Ardeone et la moyenne Belgique, et dans lesquelles les rivières ont tracé leur lit, sont sillonne'es intérieurement de fentes ou failles nombreuses , dans lesquelles circulent les eaux filtrant de la surface. Chargées d'acide carbonique, ces dernières rongent peu à peu les parois des cavités qu'elles traversent, les agrandissent sans cesse, et finissent par les transformer en poches creuses d'étendue variable. Les grottes de Han, de Rochefort, et bien d'autres encore, nous donnent une idée de l'importance que peut atteindre ce travail interne.
Or, il se fit qu'en enfonçant leur lit, les cours d'eau rencontrèrent en profondeur des poches de cette nature. Celles qui tombèrent en plein courant, furent, cela va sans dire, entièrement emportées. Mais si, par hasard, l'excavation se trouvait coïncider avec une des berges de la rivière, cette dernière n'en enlevait qu'une partie et le reste demeurait comme un trou béant aux flancs de la vallée ('). Telle est l'origine des cavernes dont le
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nombre est assez grand le long de la Meuse et de ses affluents, et dont quelques-unes sont devenues célèbres par le choix qu'en ont fait les troglodytes comme lieu d'habitation.
On a tenté de faire de leur apparition successive une base d'appre'ciation chronologique, en admettant d'une manière générale que l'ouverture d'une . caverne est d'autant plus ancienne que cette dernière se trouve plus élevée au-dessus du niveau de l'eau.
A moins de circonstances spéciales, ce calcul doit être absolument rejeté, lorsque l'on compare des cavernes situées sur des rivières différentes.
La rapidité de l'enfoncement d'un cours d'eau peut dépendre en effet d'une foule de raisons : de la quantité d'eau, de la pente, de la largeur du lit, de la nature plus ou moins meuble des terrains, etc. Une caverne située dans telle vallée à 40 mètres au-dessus de l'étîage pourrait donc fort bien être moins ancienne que telle autre, située plus bas, à 3o mètres, si l'on veut, mais dans une autre vallée, dont le creusement se serait effectué d'une manière plus rapide.
Quand il s'agît de cavernes d'une même rivière, il faut encore être prudent. La formation d'une vallée par érosion commence toujours dans la région inférieure du cours d'eau, où son action s'exerce d'une manière plus énergique. Ce n'est qu'à la longue que la vallée se creuse en remou-
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tant progressivement vers la source ('). De deux cavernes situées à une même hauteur, la plus éloignée de la source a donc chance d'avoir été la plus anciennement ouverte.
La diversité des roches que rencontre la rivière dans les terrains qu'elle traverse est un autre motif pour que le creusement ne soit point uniforme sur tout son parcours- Nous en conclurons que la hauteur relative des cavernes ne devient un élément de comparaison sérieux que pour celles qui se trouvent groupées vers le même point d'une même rivière.
Les cavernes, disions-nous, se sont formées souterrainement.
L'argile, généralement rouge, dite argile de filon, qui recouvre leur paroi inférieure, représente encore un dépôt interne, se rapportant à cette phase du travail et provenant de la décomposition des roches sous l'influence de l'eau chargée d'acide carbonique.
Dans quelques endroits cette argile de filon est surmontée d'un dépôt de cailloux roulés, introduits par les eaux au moment où la caverne correspondait au fond du lit de la rivière. Mais les cailloux roulés, peut-on dire, sont d'une introduction exceptionnelle. Pour qu'ils pussent pénétrer dans la caverne, il fallait, en effet, que
O'Crednm, Géologie; Leipzig. 78, ai3.
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l'ouverture de celle-ci fût à la fois tournée vers l'amont et suffisamment large pour comporter l'admission d'un courant violent.
Il n'en était pas de même du limon fluvial.
Celui-ci ne fait que très exceptionnellement défaut dans les cavernes. Tenu en suspension sur toute la hauteur des eaux de la rivière, il pénétrait partout avec elle. Il se déposa donc au-dessus des cailloux roulés , ou directement au-dessus de l'argile interne quand les cailloux manquaient à la série.
Lorsque, par suite de l'approfondissement de son lit, la rivière désertait une caverne, les dépôts précédents faisaient généralement place à une formation d'un nouveau genre.
Des solutions de carbonate de chaux, suintant à travers la voûte, se mettaient à tomber goutte à goutte sur le limon fluvial qui tapissait le sol, et le recouvraient peu à peu d'une couche de stalagmite. Celle-ci pouvait acquérir assez vite une certaine épaisseur; mais, grâce aux pluies torrentielles qui tombaient alors, les cours d'eau étaient sujets à des crues fréquentes et parfois prolongées. Durant ces crues, la rivière reprenait possession de la caverne et, interrompant le dépôt de stalagmite, amenait par-dessus une nouvelle couche de limon fluvial. Dès qu'elle s'était retirée, la formation de stalagmite reprenait son cours jusqu'à la crue suivante.
A la grotle de la Naulette, on a trouvé ainsi sept nappes de stalagmite alternant avec autant d'étages de limon.
Dans certains cas, la nappe de stalagnaite se trouve remplacée par une couche ossifère, attestant que dans l'intervalle des crues la caverne avait été habitée par l'homme ou par les animaux.
Ce sont ces couches ossifères qui feront plus tard le principal objet de notre examen.
Il fallut nécessairement un temps énorme pour permettre à ces divers phénomènes de se présenter dans leur ordre successif. Aussi cette période embrasse-t-elle à la fois l'âge du mammouth et l'âge du renne, correspondant, le premier, à la partie la plus active du creusement, le second, à la dernière phase d'approfondissement, alors que, notablement affaiblies par la réduction de leur volume et la diminution de leur pente, les eaux fluviales achevaient doucement leur travail, sans plus donner naissance aux crues d'inondation de l'âge précédent.
A la fin de l'âge du renne, les formations géologiques, interrompues par une longue période de calme, rentrent en activité, mais pour changer tout à fait de nature.
A ce moment, en effet, se déposa dans les cavernes une sorte d'argile, encastrant, sans apparence de stratification, des cailloux anguleux dits
blocaux. Sa couleur, habituellement jaunâtre, varie suivant la nature de ces cailloux. Elle dut résulter sans doute de l'altération des roches avoisinantes par l'infiltration des eaux métëoriques ; car tous les blocs anguleux qui s'y trouvent empâtés, sont formés aux dépens des roches voisines.
Quant au motif pour lequel les influences météoriques ont plus spécialement agi sur les roches à ce moment, nul n'a pu le dire encore. Nous ajouterons que l'argile à blocaux n'ayant pas du tout le caractère d'un dépôt d'eau courante, apparaît dans les cavernes, sans distinction de hauteur au-dessus des éliages.
Tels sont les phénomènes géologiques qui se produisirent dans la région des cavernes a partir de l'époque glaciaire.
Comme on le voit, ils sont limités au voisinage immédiat des cours d'eau et, pour ainsi dire, a leur lit seulement. On ne doit en excepter que l'argile jaune qui se rencontre assez généralement dans le Condroz et l'Entre-Sambre et Meuse et qui, à l'instar de ce que nous avons dit déjà pour les cavernes, « résulte de l'altération des roches sous-jacentes par l'infiltration des eaux météoriques ('). »
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Pour mesurer l'importance des actions fluviales sur de plus vastes espaces il faut descendre vers le bas pays, où les rivières pouvaient étaler leurs eaux en nappes de plus en plus larges.
Des monticules , restés en certains endroits comme des îlots, marquent d'une manière frappante les proportions que prit dans ces régions le travail de dénudation. Tel est le Mont-Trinité près de Tournai ('). Telles sont encore les collines argilo-sableuses qui avoisinent la ville de Mons et celle sur laquelle cette ville même est assise {').
Le lit de cailloux roulés qui recouvre la moyenne et la basse Belgique sur une épaisseur variable, constitue, à son tour, un témoignage bien probant de la puissance des rivières quaternaires. Ces cailloux proviennent, à toute évidence, des bassins supérieurs de la Meuse et de l'Escaut. Ils attestent non-seulement que ces derniers fleuves ont jadis recouvert une grande partie du pays, mais que leur courant avait, en dépit de la laideur d'un pareil lit, conservé l'énergie nécessaire pour amener jusque-là les cailloux en question.
A cette phase violente succédèrent des phénomènes plus calmes. Les eaux n'amenèrent bien-