‹ Les origines de l'édifice hypostyle en Grèce, en Orient et chez les romainsChapitre 27 sur 218 · Noack, dans Arch. Jahrb., 1896, p. 211 et suiv · texte numérisé non relu

Noack, dans Arch. Jahrb., 1896, p. 211 et suiv

2. Noack, Homer. Pal., p. 26; Ovalhans und Palast in Kreta, p. 36. M. Noack reconnaît d'ailleurs que si les Mycéniens ont emprunté la colonne aux Cretois^ ils s'en servent d'une tout autre manière que ceux-ci.

LE iMÉGARON PRÉMYCÉNIE^ 89

M. Tsounlas apportent un démenti à cette seconde hypothèse. La civUisation néolithique dont on a exhumé les vestiges sur les acropoles thessaliennes ne semble rien devoir au rayonnement de la culture crétoise et méridionale. Par son plan, le mégaron de Dimini contraste aussi nettement que possible avec le type d'habitation que nous allons trouver en Crète. Les poteries néolithiques de Thessalie n'ont rien de commun avec la céramique minoenne. L'industrie delà Grèce du Nord, pendant toute cette période prémycénienne, garde son caractère propre en face des produits crétois. On croira difficilement que les Thessaliens empruntaient aux Crétois des formes d'architecture quand ils ignoraient encore les procédés courants et les types de leur industrie.

Aussi bien les deux hypothèses de M. Noack prêtent à une autre sorte de critique. Il est singulier qu'on veuille expliquer l'apparition de la colonne, comme l'usage de tel métal, par le fait d'une invention ou d'une importation. Parmi les éléments de la construction primitive, la colonne est un de ceux qu'on n'avait pas besoin d'inventer. L'homme la trouvait dans la nature toute prête à prendre place dans la bâtisse. L'arbre est une colonne toute taillée. La première colonne est un simple tronc aiguisé par la base et planté dans le sol à la manière d'un pilotis. On l'avait depuis longtemps supposé ; les découvertes de Thessalie et de Délos en ont fait la preuve. Or, le pieu et le pilotis sont, à l'époque néolithique, d'un usage constant dans toute l'Europe. Ce sont des alignements de pieux qui soutiennent les platesformes des palafittes. L'apparition de cette colonne primitive ne peut pas être moins ancienne que la construction en bois. Le mur n'est souvent qu'un rideau de terre et de branchages maintenu par une armature de pieux. Ce n'est donc pas du mur que l'on tire la colonne, mais c'est la colonne qui souvent précède le mur. Il ne faut pas douter que les bâtisseurs de maisons curvilignes n'aient déjà réalisé un modèle rudimentaire de construction hypostyle.

Dans la hutte exactement ronde et de petit diamètre, les bois de l'armature se soutenaient sans peine par les efforts convergents de leurs propres poids i. Dans le cas de la hutte allongée, absidiale ou elliptique, l'établissement de la toiture posait un

I. Même dans des Imites rondes on a parfois retrouvé l'empreinte de pieux dressés à l'intérieur pour soutenir l'armature (Peet, Stone and bronze âges in Ilaly, p. 90).

l[0 l'édifice hypostyle

problème déjà plus difficile. Alors apparaissait \di faîtière, la. longue poutre placée dans l'axe de la bâtisse sur laquelle reposent tous les chevrons. Cette pièce essentielle de la charpente, épine dorsale de la maison, est nettement indiquée dans les urnescabanes latines i de plan elliptique. 11 était malaisé de la mettre en place comme une clef de voûte, uniquement maintenue par la poussée latérale des chevrons. Pour peu que la hutte fût assez spacieuse, il fallait soutenir la faîtière par un ou plusieurs pieux alignés dans l'axe du plan. Dans les ruines préhistoriques de Grèce nous n'avons pas observé cette disposition. Mais nous en avons signalé des exemples dans le bouleutérion archaïsant d'Olympie et dans les constructions curvilignes des Baléares.

Pour le bâtiment oblong, rectangulaire, elliptique, ou en fer à cheval, le moyen le plus simple d'étayer la toiture était de dresser une rangée médiane de supports, exactement placée sous la faîtière. Il est à croire qu'on en usa longtemps de la sorte. A Sesklo et à Dimini cette ordonnance très simple fait déjà place à un système plus compliqué. Au lieu de colonnes médianes, on tend à aligner, dans le sens du grand axe, des paires de colonnes jumelles. Au plan à deux nefs se substitue déjà le plan à trois vaisseaux, qui a l'avantage de ne pas placer un support dans l'axe exact de la porte et de la façade, mais qui suppose un comble d'une structure bien plus complexe, avec des poutres transversales et des espèces d'arbalétriers. Nous verrons plus loin que le plan à deux nefs gardait encore des partisans à l'époque mycénienne et jusqu'à l'apogée de l'art classique.

La colonne n'a pas dans l'architecture primitive cette seule fonction d'étayer au dedans les poutres du plafond. Elle trouve aussi son emploi, au dehors de la bâtisse, comme support pour le bord du toit. Elle permet de faire largement déborder celui-ci et d'établir au-dessus de la porte une sorte d'auvent. Ce n'est pas le prostyle des mégarons thessaliens qui nous la montre pour la première fois dans ce rôle. Des ossuaires du Latium représentent en miniature des cabanes rondes, dont le toit débordant est soutenu de chaque côté de la porte par deux paires de troncs maléquarriss. L'existence de ces curieux monuments ôte toute vraisemblance aux hypothèses successives de

1. Pfuhl.dans Athen. Milteil, igo5,p. 3/|5 ; Modeslow , Introd. à Vhist. romaine, pi. XXV, g; pi. XXVIII, I, 2, 3.

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