II. La hutte ronde en Grèce
Des restes de huttes circulaires, souvent difficiles à dater, ont été reconnus sur plusieurs points de la Grèce. C'est à Orchomène, en Béotie, qu'on a pu le mieux étudier ce genre de construction primitive ï. Dans les couches les plus profondes du gisement qu'il explorait, M. Bulle a mis à découvert des fondations de pierres plates, disposées très régulièrement en cercle, comme de grandes margelles de puits. Ces assises circulaires servaient de bases à des coupoles, de profil ogival, construites en briques crues. Ce sont des huttes toutes semblables que construisent aujourd'hui encore les montagnards du Kurdistan et maintes tribus africaines.
Au témoignage direct de ces ruines s'ajoute celui des textes et des monuments tels que les tombeaux ou les ossuaires en terre cuite. Il n'y a pas de doute que la tombe à coupole, dont le type atteint sa perfection aux temps mycéniens, ne nous conserve l'aspect d'un logis primitif. De même pour les ossuaires trouvés dans certaines nécropoles des Cycladesa. En Grèce, comme dans tout le reste de l'Europe 3, se rencontre Vurne-cabane, image en miniature de l'habitation, et cette urne prend la forme exactement circulaire. Parmi les textes, le plus important à retenir est celui de Pausanias sur les anciens temples de Delphes^. 11 en paraît bien ressortir qu'on se souvenait à Delphes d'un très vieil édifice sacré semblable aux huttes d'Orchomène.
1. Bulle, Orchomenos, I : Die àlteren Ansiedlungschichten (^Abhandl. d. Bayer, Akad., XXIV), Munich, 1907, p. 19 et suiv. Autres restes de constructions rondes primitives en Grèce, à Eleusis ('EcpY)'tX. àp-/ato>, 1898, p. 29 et suiv. Pfuhl, dans Athen. Mitteil., 1906, p. 343; Poulsen, Dipylongrâber, p. i4 et suiv.)
2. Athen. Mitteil, 1886, p. 18; Tsountas-Manatt, Mycenaean Age, p. 260, fig, i34 (Amorgos); p. 259, fig. i33 (Mélos).
3. Taramelli, Icinerari antichissimi in forma di capanna scoperti nelV Europa, dans Rendiconti d. Accad. d. Lincei, iSgS. 11 ne faut plus dire avec Modestow (Introd. à Vhistoire romaine, trad. Delines, Paris, 1907, p. 261 et suiv.) que l'idée de l'ume-cabane est proprement aryenne. Les Égyptiens, eux aussi, déposaient dans les tombeaux des maisons en miniature (cf. ci-dessous, p. 137 et suiv.).
k. Paus., X, 5,9; 'E?/)}!.. àpyaioX, i885, p. 34; Bull. corr. hell., 189G, p. 04 1.
LE MEGARON PREMYCEMEN
III. Un autre type curviligne. La hutte en forme d'abside. Le plan en fer à cheval.
Les constructions curvilignes primitives ne se ramènent pas toutes au type de la cabane ronde. Les fouilles de ces dernières années nous ont fait connaître en Grèce un autre modèle de maison préhistorique : la cabane en forme de niche ou d'abside. Elle dessine en plan un fer à cheval, ou une ellipse coupée, rarement un demi-cercle exact. Elle est arrondie en arrière, mais présente en avant un front droit.
En Grèce^ elle ne semble pas avoir été moins répandue que la hutte ronde. A faire le compte des trouvailles on serait même tenté d'admettre qu'elle le fut davantage. Ce type d'habitation primitive mérite d'être étudié de près. C'est par lui que l'art de bâtir fait son premier pas vers les formes monumentales de l'âge mycénien et de l'époque classique. C'est lui qui contient le germe déjà très reconnaissable du mégaron.
A propos de son origine se pose un problème qui vaut la peine d'être discuté. Certains archéologues considèrent cette cabane à front droit comme une première transformation de la hutte ronde. Dans l'histoire de la maison grecque le plan en fer à cheval représenterait, pour eux, une étape postérieure à celle du plan circulaire. L'examen des monuments nous conduira à des conclusions différentes. Dès ses premiers essais, l'architecture connaît, en Grèce, ces deux manières de bâtir. L'une et l'autre sont primitives au sens le plus précis du mot, mais procèdent de deux causes diverses. Le plan rond est imposé à l'homme par une sorte d'instinct. Le plan en fer à cheval lui est suggéré par le souvenir de l'habitation souterraine.
Des ruines de maisons prémycéniennes en forme d'absides ont été reconnues à Olympie, dans l'enceinte de l'Altis; à Orchomène, en Béotie, à Rakmani et à Rini en Thessalie, à Chalandriani de Syra. Ajoutons que ce type de bâtiment reparaît dans diverses régions après les invasions doriennes et qu'au VI' siècle il se conserve encore dans de véritables édifices, comme le vieux bouleutérion d'Olympie. Les maisons curvilignes de l'Altis (fig, i) ont été exhumées par M. Dorpfeld, non loin de l'Héraion, au cours de fouilles complémentaires exécutées en
O L EDIFICE HIPOSTÏLE
1 907 et 1 908 1 , Elles appartiennent aux couches les plus profondes du gisement et se datent, sans contestation, de l'époque néolithique. Elles sont au nombre de six. Deux d'entre elles ont peu de profondeur et ressemblent en plan à de simples exèdres. Dans deux autres la niche ronde projette en avant deux longs murs droits qui sont, ici, parallèles et, là, légèrement convergents. Sauf une exception, la fondation de pierre est interrompue sur le
FiG. I.
Fondations de maisons curvilignes découvertes à Olympie, dans l'enceinte de TAltis.
front de la bâtisse, du côté opposé à l'abside. Dans deux cas, il y avait une cloison transversale entre la partie antérieure et l'abside. La maison se composait déjà de deux chambres placées l'une derrière l'autre, un doma et un thalamos. Les murs étaient, à ce qu'il semble, bâtis en briques crues. Il n'en subsiste que les assises inférieures, faites de galets ronds et de grandes pierres plates. L'examen de ces vestiges a démontré que la fondation elliptique située au Nord-Est du temple de Zeus n'était point la base d'un autel, non plus qu'une autre apparue entre l'Héraion et le Pélopion. D'un appareil semblable à celui des maisons néolithiques, ces deux ruines, précédemment exhumées, appar-