‹ Les origines de l'eucharistieChapitre 4 sur 21 · LES DOCUMENTS. — GNO TIQUES ET MONTANISTES · texte numérisé non relu

LES DOCUMENTS. — GNO TIQUES ET MONTANISTES

Suit une invocation au Père, prononcée par Jésus et qui commence par une formule kabbalistique. Celte prière a pour but d'obtenir le pardon des péchés et la purification pour les disciples.

Malheureusement les écrits amalgamés dans la Püistis Sophia appartiennent à la basse époque de la littérature gnostique égyptienne. Ce curieux passage ne peut donc servir qu’à illustrer la manière dont des gnostiques, probablement ophites, se représentaient la Cène d’après les analogies d’une eucharistie de leur temps et de leur secte. 11 ne fournit aucun témoignage de nature à nous éclairer sur les origines de l'eucharistie ; il atteste seulement combien il subsis{a de variétés dans la célébration du rite jusqu’en plein mm° siècle.

C'est à des gnostiques beaucoup plus anciens que se rapportent les témoignages déjà cités d'Épiphane sur les Ebionites, sur Marcion, sur Tatien et sur les Enkratites qui proscrivaient l’usage du vin dans l’eucharistie‘. Eux aussi done la célébraient.

Grâce à Irénée nous possédons un renseignement, bien insuffisant il est vrai, sur la pratique eucharistique d’un groupe plus ancien également, les Marcosiens. Leur maître, Marcus, dit-il (Ado. haer., 1, 13. 2) faisait semblant de célé. brer l’eucharistie en prononçant de longues invocations jusqu’à ce qu'il eût fait passer au rouge vif des coupes pleines de vin et d’eau. Il prétendait que la Grâce, émanant des puissances suprêmes, mêlait son propre sang à cette coupe et qu’elle se communiquait ainsi à ceux qui en buvaient. Il faisail aussi célébrer l’eucharistie par des femmes en sa présence, puis il se faisait apporter une coupe plus grande, y mêlait le contenu des calices plus petils des femmes jusqu’à ce que la grande coupe débordât et déclarait que de cette façon la Grâce (X4p:<), supérieure à toute intelligence, remplissait leur for intérieur et faisait abonder en elle la gnose. Ici nous avons affaire à des pratiques d’un caraclère magique.

4) Vide supra, p. 11.

Il est vrai que les relalions d’Irénée sur les héréliques sont sujettes à caution. Si nous étions renseignés par un témoin plus impartial, nous verrions probablement que les Marcosiens pratiquaient un rite mystique assez analogue aux rites similaires, par lesquels on prétendait dans les Mystères antiques conférer aux initiés des puissances et des connaissances d'ordre divin.

Ailleurs encore il nous est dit que les Ophites plaçaient des pains sur une table devant l’antre d’un serpent, jusqu'à ce que celui-ci vint s’enrouler autour; c'était dès lors pour eux un sacrifice complet; ils rompaient les pains, en distribuaient aux participants, chantaient un hymne au Père du monde supérieur. Épiphane a même entendu dire qu’ils embrassaient le serpent*.

Il ressort de ces divers témoignages que l'eucharistie était pratiquée aussi chez les gnostiques chrétiens et que chez eux elle avait un caractère nettement rituel. 1 n’est pas question ici de banquets ou de repas proprement dits ; la disposition des personnages dans la description de Pistis Sophia est, à cet égard, très précieuse. Il s’agit de rites mystiques destinés à produire des purifications mystérieuses et des vertus surhumaines par la communication d’une puissance émanant d’êlres supérieurs.

Les Montanistes aussi célébraient des eucharisties. Apollonius, cité par Eusèbe (4. E., V, 48. 2), accuse Montanus d’avoir, sous prétexte de recueillir des oblations {+poccosai), organisé une véritable captation de dons. Nous trouvons ici la confirmation du renseignement déjà recueilli chez Justin’, que les oblations ne comprenaient pas seulement des offrandes de pain et de vin, mais aussi de tous autres objets ou de tous apports qui pouvaient être utiles à la communauté et qu’elles étaient volontaires.

D'après Épiphane (Haer., XLIX. 2) une partie tout au

1) Panarion, XXXVII, 5; cfr. Pseudo-Tertullien, Adv. omnes haer., 2. 2) Cela semble aussi ressortir de la description donnée par la Pistis Sophia, que nous avons transcrite plus haut.

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