L'ÉPITRE DE JUDE ET LA ÏP ÉPITRE DE PIERRE
Ces deux épîlres, tardives % dépendantes l'une de l'autre, à moins qu'elles ne dérivent toutes deux d'une source commune, renferment un double témoignage qui relève de noire enquête.
L'auleur inconnu de VEpître de Jude dénonce les impies, qui, sans tenir aucun compte des jugements de Dieu dans le passé, s'abandonnent à leurs rêveries, souillent leur chair, méprisent Taulorité du Seigneur :
V, 12. « Ce sont eux qui dans vos agapes (èv xaXç àyaTcatç 6(awv)^ sont
1) La Ifo Êpître de Pierre doit avoir été écrite vers le milieu du ii« siècle. La petite Êpître de Jude est probablement antérieure. Mais il est difficile de lui assigner une date précise. Leur témoignage s'applique en tous cas à la première moitié du no siècle.
2) Le texte de ce verset présente de nombreuses variantes. La seule qui nous importe ici est la substitution de âv -ratç aTtâxaiç (dans leurs tromperies) à
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des écueils; ils se régalent sans réserve, ne songent qu'à leur propre pâture : nuées sans eau emportées par les vents, arbres d'automne sans fruits, deux fois morts, déracinés », etc
Et dans le passage correspondant delà IPEpîtrede Pierre (2. 13-14):
V. 13. « Ils obtiendront le salaire de l'iniquité (ces hommes) pour lesquels la volupté est de faire bonne cbère le jour, (ces hommes) souillés et ignobles qui font leurs délices dans leurs agapes^, se régalant avec vous ; — v. 14 ayant les yeux pleins de femme adultère, insatiables de péché, ils prennent à l'amorce les âmes chancelanies, ils ont un cœur exercé à la cupidité; ce sont des enfants de malédiction ».
Chez les chrétiens auxquels sont adressées ces deux lettres ouvertes il y a donc encore des agapes^ c'est-à-dire des repas religieux fraternels. Ces repas sont dénoncés comme des festins où l'on est surtout préoccupé de bien manger; les impies combattus par les auteurs sacrés s'y abandonnent à leurs passions, tout comme Marcus était accusé par Irénée d'abuser de l'ascendant qu'il avait pris sur les femmes associées à ses rites sacrilèges pour assouvir ses désirs. Dans le texte de la IP Épître de Pierre ce sont les hommes impies eux-mêmes qui organisent les agapes (dans leurs agapes).
èv Tatç àyaTrati; (dans VOS ag'apes ou banquets religieux) dans les ce. A, C, 44, 56, 96. Mais les ce. x, B, K, L, la Vulgate (epM^is) et d'autres ont àyctuai; ; le contexte prouve qu'il s'agit bien de banquets. La lecture àiraTatç implique la substitution de aÙTôv à ûixwv : « dans leurs tromperies » et non « dans vos tromperies », ce qui n'aurait aucun sens. Or le c C a : àTtâ-ratç ûawv et le c. A avait originairement û(awv, qui a été corrigé ensuite en kÙtwv. Ces deux mss. corroborent ainsi indirectement le texte que nous adoptons.
1) Ici encore le texte est incertain. Les co. ^< A (1" forme), C, K, L, P ont àiraTatç et cette lecture est corroborée par la version syriaque philoxénienne et la version arménienne. Au contraire les ce. A (corrigé), B, la Vulgate, la version sahidique ont àyairaiç. Je préfère cette dernière lecture, parce qu'elle s'accorde beaucoup mieux avec le contexte. Comme tout le morceau II Pierre, 2. 1-18 correspond cà Jude, 5 à 13, il est aussi préférable de garder dans les deux passages la même expression. Enfin l'on s'explique très bien que le terme àyccTcaiç ait été changé en ànâmic; à une époque où l'usage des agapes avait disparu dans l'Église, tandis qu'il serait étrange que le contraire eût eu lieu. — Les autres variantes de ce texte n'ont pas d'intérêt pour nous.