S4 LES ORIGINES DE L'IMPRIMERIE
Caxton étaient apprentis chez Robert Large en 1438. Suivant l'opinion de M. Blades, et la plus probable^ Caxton était dans sa dix- septième année. Il aurait alors terminé son apprentissage à vingt-quatre ans.
Bien qu'il n'existe aucun document sur les parents de Caxton, il est probable qu'ils appartenaient à la classe aisée et qu'ils étaient fort honorables. D'abord une loi en vigueur défendait à tout jeune homme d'entrer en apprentissage dans le commerce si ses parents ne possédaient pas un certain revenu en terres ou autres biens. En second lieu, Robert Large, son patron, avait été un des shérifs de Londres et occupa plus tard la fonction de Lord Maire. Il fallut donc une influence privée considérable pour obtenir pour le jeune Caxton une entrée aussi favorable dans le commerce. Enfln Caxton parle avec reconnaissance de l'excellente éducation qu'il avait reçue de ses parents : « Je me sentais obligé, dit-il, de prier pour les âmes « de mes parents qui, dans ma jeunesse, m'ont envoyé a à l'école et à qui je dois, par la volonté de Dieu, de « vivre honorablement, j'espère. » (Prologue de Charles le Grand, 148$.)
Sir Robert Large avait sa maison de commerce, vaste établissement dont les relations s'étendaient sur tout le continent, au nord d*Old Jetpry. C'est pendant l'apprentissage de Caxton qu'il devint Lord Maire de Londres. En 1441, il mourut en laissant, entre
autres legs^ un don de 20 marcs à Caxton (environ 3,750 francs de notre monnaie).
Parmi les villes du continent où il entretenait des relations commerciales, Bruges, résidence de la cour bourguignonne , était alors une des plus importantes. Ce fut là, au milieu d'une colonie de négociants anglais, que Caxton, dont l'apprentissage n'était pas terminé, alla parfaire les conditions de son contrat. Nous savons, par le prologue de son Recuyell of the Historiés of Trojre, écrit en 1471, qu'il se trouvait alors à l'étranger depuis trente ans, ce qui concorde bien avec la date de la mort de son patron (1441) et son départ d'Angleterre. Pendant ce temps, il était devenu membre de la Compagnie des Merciers et à son voyage à Londres, en 1453, il fut inscrit sur les registres de cette antique corporation.
Plusieiu*s faits isolés qui résimient tout ce que l'on sait sur son séjour à l'étranger prouvent que Caxton acquit une position importante parmi les négociants de Bruges et qu'il jouit d'un grand crédit auprès de la Société des Merciers de Londres. Il appert de documents aux archives de Bruges que déjà, en 1450, quelques années seulement après l'expiration de son apprentissage, son nom était accepté dans le cours de certaines procédures légales conune une garantie suffisante pour la somme relativement élevée de 2,750 francs équivalant à 25,000 francs d'aujour-
dliui. En 1465, il figure sur les registres des Merciers comme « gouverneur d'Outre-Mer » et la Compagnie prend la décision de lui écrire au sujet de quelques plaintes qui lui sont parvenues « aussi bien au sujet tt du manque de mesure sur toute Fétofie blanche que « sur l'étoffe brune, de même que sur l'ouvrage du linon de couleur » • Les registres de Bruges parlent également de lui comme a patron et gouverneur des « marchands de nationalité anglaise à Bruges ».
Caxton s*acquitta avec tant d'autorité des fonctions dont il était investi, qu'en 1464 Edouard IV l'envoya comme ambassadeur avec sir Richard Whitehill, pour renouer les traités de commerce entre l'Angleterre et la Boui^ogne qui allaient prendre fin. Ces traités ne furent terminés qu'en 1468, mais Caxton était encore au nombre des négociateurs.
Tels furent les principaux faits connus de la vie de William Caxton jusqu'à cinquante ans, d'après M. Blades dont nous suivons la version. Il est assez étrange qu'aucun document ne témoigne dès cette époque de sa prédilection pour la littérature. Jusqu'à présent, nous n'avons vu en lui que le magistrat et le négociant honnête, respecté de ses concitoyens et honoré de la confiance de son roi. Nous allons maintenant entrer dans la période de sa vie consacrée aux Lettres et à l'Imprimerie.
On trouve assez aisément les raisons de ce chan-
gement dans les habitudes littéraires du milieu oîi vivait Caxton et dans des influences artistiques propres à agir sur une intelligence aussi active. Les ducs de Bourgogne avaient reçu en héritage de leurs ancêtres français le goût des belles -lettres et des arts; à la fin du règne de Philippe le Bon, en 1467^ la bibUothèque ducale de Bruges était la plus belle collection de livres qui fût au monde. Un scriptorium était en permanence au Palais ducal, et quantité de gens instruits, artistes ou calligraphes, affluaient à Bruges pour jouir de la protection qui leur y était accordée. Charles le Téméraire, fils et successeur de Philippe le Bon, était de cœur plus soldat que savant, mais il n'en pratiqua pas moins les habitudes élégantes et raffinées de ses prédécesseurs en comblant de ses faveurs les écrivains et les artistes. Ces goûts ne se bornaient pas à la famille ducale et ce devint une mode de les mettre en pratique. Louis de Bruges, dont le nom est partout cité conune celui d'un des seigneurs les plus accomplis de l'époque, forma une bibliothèque entièrement exécutée par des auteurs, copistes et enlumineiu'S de Bruges et de Oand, qu'il dccupait constamment. A peine inférieure à celle des Ducs, elle contenait 106 ouvrages également remarquableSi par la grandeiu* des volimies, la beauté du vélin et la magnificence de la calligraphie que par la richesse et la variété des miniatures enlu-
minées dont ils étaient ornés. Caxton, qui se trouvait par sa position mêlé à tout ce mouvement littéraire^ s'y intéressa naturellement et trouva un nouveau motif d'intérêt dans Tamitié croissante des Anglais et des Brugeois. En 1467, Charles de Bourgogne épousait Marguerite d'York, sœur du roi d'Angleterre, et Edouard lui-même, chassé cinq ans après de son royaume par le comte de Warwick, trouvait à la cour de Bourgogne un refuge amical. Caxton devint un des familiers de la maison royale et occupait dans les premières années de Charles le Téméraire un poste de confiance auprès de la Duchesse elle-même •
Vers cette époque, un prêtre français nonuné Raoul Le Fèvre, chapelain du duc de Bourgogne, acheva un livre écrit en français et intitulé Recueil des histoires de Troues. Ce roman devint un des livres favoris de l'époque. Ce n'était nullement, conune le nom semble l'indiquer, un résumé des historiens grecs ni une répétition du poëme d'Homère, mais une légende d'imagination, oii les coutumes de la vie féodale et les usages de la chevalerie se trouvent mêlés aux fictions orientales et aux traditions arabes .
Caxton comme beaucoup d'autres fut captivé par cet ouvrage, et, en mars 1463, il commença à le traduire en anglais pour la singulière raison qu'il nous donne lui-même dans son prologue : « Lorsque je a me rappelais que tout homme est obligé par les pré-
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ceptes et les conseils des sages d'éviter la paresse et roisiveté qui sont mère et nourrice des vices, et que j'avais besoin de me mettre à une occupation et à une besogne honorables, alors n'ayant pas beaucoup de travaux, et suivant ledit conseil, je pris un livre français dans lequel je lus beaucoup d'histoires étranges et merveilleuses. J'y trouvai beaucoup de plaisir et d'agrément, tant à cause de leur nouveauté que du joli langage français écrit en prose, et si bien arrangé avec concision, que je pensais comprendre le sens et la substance de chaque mot. Ce livre était nouveau et récenunent écrit en français, et personne ne l'avait traduit en notre idiome anglais; je pensai en moi-même que cette traduction en notre langue anglaise serait une bonne affaire, et qu'il serait probablement aussi bien reçu dans le royaume d'Angleterre que dans les autres pays. C'était une occupation trouvée. Je résolus donc de commencer aussitôt ledit travail; je pris plume et encre et je me mis hardiment à courir en avant comme Bayard l'aveugle le fait dans le présent ouvrage qui est appelé Recueil des Histoires de Troj^es. Ensuite je me rappelai ma simplicité, et combien je connaissais imparfaitement les deux langues française et anglaise, n'étant jamais allé en France et ayant appris mon anglais à Kent, dans le bois où je suis né et où je ne doute pas
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u qu'on parle un anglais grossier et rude comme Cl en aucun autre endroit de l'Angleterre. J'ai habité « au contraire pendant trente ans les pays de Brabant tt et de Hollande. Lorsque tout cela se présenta à « mon esprit après avoir écrit quelque chose comme « cinq ou six cahiers, je désespérai de mon travail « et me proposai de ne plus le continuer. J'avais u donc mis de côté les cahiers et depuis deux années « je ne travaillais plus à cet ouvrage que j'étais « décidé à abandonner, quand un jour le hasard voulut que la très-haute, excellente et très-vertueuse « princesse , ma vénérée maîtresse, madame Marc( guérite, par la grâce de Dieu, sœur du roi d'Ance gleterre et de France, monseigneur et souverain, duchesse de Bourgogne, etc., etc., m'envoyât cher^ tt cher pour parler avec Sa Grâce de plusieurs affaires au cours desquelles je fis connaître à son Altesse ce que j'avais conmiencé cet ouvrage. Elle m'ordonna « aussitôt de montrer lesdits cinq ou six cahiers à « Sa Grâce et lorsqu'elle les eut vus, elle trouva M bientôt une faute dans mon anglais, qu'elle me « conmianda de corriger et m'ordonna en outre sévè- « rement de continuer et de terminer ce qui restait tt alors à traduire. Je n'osai, en auctme façon, tt désobéir à ce terrible conunandement, parce que « je suis un serviteur de Sa Grâce et que je reçois tt d'elle un salaire annuel et beaucoup d'autres faveurs
WILLIAM CAXTON. 6i
« et de grands avantages et espère en recevoir encore « beaucoup d'autres de Son Altesse; j'allais donc en a avant et travaillais à ladite traduction suivant mes simples et faibles forces... »
Quelques autres détails du progrès de la traduction sont donnés dans l'épilogue du deuxième livre. Elle fut commencée à Bruges et la traduction du deuxième livre fiit achevée à Cologne a à l'époque, dit Caxton, a du monde troublé et des grandes divisions qui ce étaient survenues et régnaient aussi bien dans les a royaumes d'Angleterre et de France que partout « ailleurs dans le monde, c'est-à-dire l'année de Notreb Seigneur 1471. »
Tout fut terminé le 19 septembre 147 1 et le manuscrit fut remis à la Duchesse ; mais Caxton en avait promis des copies à beaucoup d'Anglais qui visitaient la cour bourguignonne et il résolut de l'imprimer. Ses raisons sont énumérées dans l'épilogue du troisième livre.
a En les écrivant ma plume s'est usée, ma main est devenue lourde et incertaine, mes yeux se sont u affaiblis en regardant trop le papier blanc, mon « courage n'est plus disposé et prêt au travail comme « il l'a été, et Tâge gagne tous les jours sur moi « en afiàiblissant mon corps. J'ai cependant promis a à plusieurs gentilshommes et à mes amis de leur « envoyer aussitôt que je le pourrais ledit livre. Je
« me suis donc exercé et j'ai appris, à grande peine « et à grands frais, l'art d'imprimer d'après la manière « et la forme que Ton peut voir ici et qui n'est pas « une écriture avec la plume conune pour les autres « livres. Ainsi tout le monde peut les avoir à la fois, « car tous les exemplaires de cette histoire appelée « Recueil des histoires de Troues, tels que celui-ci, « ont été commencés le même jour et finis égale- « ment le même jour, et j'ai présenté ce livre à ma tt vénérée maîtresse conune c'est dit plus haut. Elle « a bien voidu l'accepter et m'en a récompensé « largement ; c'est pourquoi je prie le Dieu Tout- « Puissant de lui accorder la félicité éternelle après « cette vie. »
Le Recuyell ne porte ni nom d'imprimeur^ ni date, ni désignation du lieu d'impression. Mais il est hors de *doute que c'est le premier livre imprimé en anglais.
Une controverse ardente s'est élevée sur ce point : quand et chez qui William Caxton a-t-il appris à imprimer? La traduction du Recuyell était finie le 19 septembre 1471 et il y a tout lieu de croire qu'elle fut imprimée aussitôt après. L'opinion la plus généralement admise jusqu'à ce jour lui donnait pour premier maître Ulrich Zell, de Cologne, mais M. Blades penche plutôt pour Colard Mansion, de Bruges. Voici comment il défend sa thèse.
La traduction du Recuyell terminée et récompensée par la duchesse de Bourgogne^ elle jouit aussitôt d'une grande vogue. Les lords anglais, nombreux à Bruges, voulurent posséder des copies du roman le plus aimé du moyen âge, et Caxton se trouva dans l'impossibilité de répondre assez vite à ces demandes. Nous sonmies alors vers 1471, et Colard Mansion, habile calligraphe, fut sans doute connu de Caxton et employé à exécuter des copies. Mais Colard Mansion avait acquis quelques connaissances^ de Tart typographique à Bruges, et était prêt à reproduire ces copies au moyen de la presse, pourvu qu'il fût encouragé et soutenu par les avances de fonds nécessaires. Caxton apporta l'argent, Mansion les connaissances pratiques et ils firent ensemble, avec des types nouveaux, le premier livre imprimé en langue anglaise, The Recuyelly etc. Ce livre ne fiit probablement pas terminé avant 1474 et il fut suivi un an après d'une édition du Livre des échecs.
a The Game and Playe of the Chesse » conunence par nn prologue qui le dédie au duc de Clarence, frère d'Edouard IV. Suivant Caxton, c'est la traduction d'un petit livre français qui lui était tombé entre les mains et qui semble avoir été tiré du traité de Jacobus de Cessolis, d'après les traductions françaises de Jehan de Vignay et de Jean Faron. Caxton analyse cet ouvrage comme étant une collection de maximes,
préceptes et contes d'anciens docteurs, philosophes et poêteé, racontés et appliqués à l'instruction des nobles comme des vilains en s'inspirant des règles du jeu d'échecs.
Les pièces du jeu d'échecs sont supposées représenter le roi, les divers rangs de la noblesse et les gens ordinaires du royaume, auxquels on apprend d'après ces règles du jeu à se gouverner eux-mêmes suivant la sagesse.
La première édition de ce livre se vendit rapidement et les exemplaires en sont maintenant presque introuvables. Une deuxième édition, qui ne porte pas de date, est remarquable conune étant le premier livre anglais illustré avec des gravures sur bois.
Un peu avant 1 476 , Caxton résolut de quitter les Flandres et de consacrer le reste de sa vie à l'exercice de son art dans son pays natal. Ni sa « main incerr taine », ni ses yeux affaiblis », ni les années qui « l'envahissaient de jour en jour », ne l'empêchèrent d'emporter avec lui l'art qu'il avait appris à grande peine et à grands frais » •
A un âge où la plupart des hommes se retirent de la vie active pour jouir tranquilles du fruit de leurs travaux, il entreprend pour longtemps, sur une vaste échelle, un labeur sans relâche et fonde définitivement l'imprimerie en Angleterre. Pendant près de vingt ans, il travaille sans cesse à écrire, à traduire,
à corriger et à imprimer. Son activité ne s'arrête qu'avec sa vie. « Ainsi finit, lit-on dans la Vie des Pères, « son dernier ouvrage, la très-vertueuse histoire des « vies pieuses et justes des saints Pères vivant dans « le désert. La traduction du français en anglais en a « été faite par William Caxton, de Westminster, décédé « récemment, et achevée le dernier jour de sa vie. »
Caxton s'établit à Westminster. M. Stowe dit que ce fut dans Taïunônerie même de l'abbaye que l'abbé Islip l'installa en 1471. Mais il y a là une double erreur : en 147 1, Caxton était encore dans les Pays-Bas, et Islip n'était pas abbé de Westminster.
D'après M. Stanley, la meilleure autorité pour tout ce qui touche à l'abbaye, cette aumônerie se trouvait au sud, à l'entrée de la rue appelée maintenant Tothill-Street et vis-à-vis la chapelle de Sainte-Anne. On peut tirer de cette chapelle l'explication du nom donné encore en Angleterre à certaines réunions d*imprîmeurs appelées chapels.
En résiuné et en coordonnant tous les renseignements recueillis, il est constant que Caxton habitait, entre l'aimiônerie de Westminster et la chapelle de Sainte- Anne, dans une maison appelée the Red pale, le pieu rouge, mais on ne pourrait pas en préciser aujourd'hui l'emplacement.
On a reproché à Caxton d'avoir été sans discernement dans le choix des ouvrages qu'il éditait. « Il se
<( crut obligé y dit Gibbon, de complaire au goût dépravé « de ses lecteurs ^ de flatter les nobles avec des traités sur le blason, la chasse au faucon et le jeu d'échecs « et d'amuser la crédulité du peuple avec les romans « des chevaliers de la Fable et avec des légendes de « saints encore plus fabuleux. »
Cette critique est injuste. Obligé de gagner sa vie^ conune il nous le dit lui-même, Caxton choisit naturellement, pour les publier, les livres qui étaient les plus demandés, et, malgré cela, il se plaint souvent de ne pas vendre assez d'exemplaires pour couvrir ses frais. Ainsi , dans l'avant-propos de la Golden Legend, il dit que l'ouvrage étant trop lourd pour ses finances, il s'arrêtait désespéré et allait abandonner l'ouvrage à moitié chemin, quand le comte d*Arundel lui exprima le désir de le lui voir continuer et lui promit d'en prendre une quantité raisonnable d'exemplaires et de lui fournir^ sa vie durant, une redevance annuelle sous la forme d un chevreuil en été et d'un daim en hiver.
L'ouvrage de Caxton traitant des sujets les plus divers : histoire, roman, poésie, religion, morale, il serait trop long d'en faire le catalogue. Le premier livre qu'il imprima à Westminster fut Dictes and Sayings of the Philosophers , traduction d'un manuscrit français faite pour le comte Rivers et revue par luimême. Il porte la date de 1477.
Le comte Rivers continua à protéger Caxton y qui imprima pour lui Tannée suivante : The moral proverbs of Chrystine de Pise, traduction anglaise d'un des livres les plus célèbres de son temps.
Caxton ajouta à ce livre quelques lignes qui commencent ainsi :
Va, coi, pedc cahier, et recommande-moi A la bomie grâce de mon seigneur spécial Le comte Rivers.
En 1479^ un troisième volume du comte Rivers parut sous le titre de Cordyale or ihe Four Last Things.
Les travaux de Caxton lui-même, comme traducteur, méritent une mention spéciale. En outre du Recuyell, des Game and Playe of Chesse et de la Golden Legend, déjà cités, il ne publia pas moins de vingt-deux traductions différentes. Cela fait en tout^ d'après M. Blades, plus de 4^500 pages d'impression, et M. Dibdin calcule qu'elles ne contiennent pas moins de 5,000 pages d'in-folio moderne en petit caractère.
Sur ces traductions, dix étaient des romans de chevalerie ou autres, genre très à la mode alors et fort goûté des gens bien élevés. L'apprenti du mercier était devenu courtisan longtemps avant de s'établir à Westminster, et ses relations avec les cours de Bourgogne et d'Angleterre lui avaient donné les manières et les goûts de la meilleure société.
Un des premiers romans traduits par Caxton après son arrivée en Angleterre fut The Book of the Hoole Lyf of Jason qti'il dédia au prince de Galles, n'osant pas, nous dit-il, le dédier au Roi, car il ne doute pas que a Sa Grâce le possède eii français c[u'il comprend très-bien » . Les traductions qui suivirent Jason furent Godefroy of Boloyne or the last Siège and Conquest of Jherusalem, — the Book of the Ordre of Chyvalry, — the Lyf of Charles the Great, — the Eneydos, — the Four Sones of Aymon, — toutes traduites du français. D'autres ouvrages furent traduits du hollandais et du latin.
Les plus importants de ses livres d'histoire sont the Chronycles of England, — the Descripcion of Britayne et the Polycronycon. Ces volumes parurent entre 1480 et 1481. Le premier est une répétition de l'ancienne Chronique de Brute, avec des additions ; le second est un chapitre du Policronicon de Higden et le troisième est une édition complète de ce Policronicon d'après une traduction revue de Jean de Trévise et avec une suite de la propre main de Caxton. Cette continuation, le liber ultimus du Polycronicon, est le seul ouvrage original important de Caxton et il contient l'histoire de l'époque qui va de 1357 à 1461. Les autres ouvrages d^istoire imprimés par Caxton ont peu d'importance.
C'est à Caxton que l'Angleterre doit la première
édition de beaucoup d'ouvrages de Chancer^ de Gower et de Lydgate. Sa critique sur Chancer démontre que^ bien qu'il ne fût pas poète lui-même, il était à môme d'apprécier pleinement les mérites de « VÉtoile du matin du chant n. Dans tous ses ouvrages, dit-il, il ce dépasse à mon avis tous les autres écrivains en nçtre « langue anglaise. Car il n'écrit pas de vains mots, « mais tout ce qu'il fait est plein de sentences élevées c( et expressives ; il faut donc le louer et le glorifier de « ses nobles ouvrages. »
Caxton n'a pas publié d'édition de la Bible, mais ses livres sur les sujets moraux et religieux sont nombreux. On peut citer entre autres le Psautier, les Heures de la vie du Christ, le Livre des Fêtes, la Doctrine de la Sagesse. 11 édita aussi les traités de Cicéron sur la Vieillesse et V Amitié. C'est un des meilleurs traits du caractère de Caxton d'avoir adapté son imprimerie à tous les besoins de son époque, et le catalogue seul de ses ouvrages est un miroir où nous voyons se refléter l'existence anglaise de la fin du xv^ siècle. 11 a imprimé en tout, de 1474 à 1491, environ soixante -dix ouvrages.
Caxton ne fut pas un maître dans le style anglais ; il le reconnaît lui-même à chaque instant, et un des signes caractéristiques de ses prologues et épilogues est la manière franche et simple dont il raconte son histoire. Mais s'il ne fut ni inventeur ni auteur original, il eut le grand mérite d'importer en Angleterre l'in-
venrion de Gutenberg et de donner une vigoureuse impulsion à la littérature de son époque. 11 mérite à ce double titre la reconnaissance de l'Angleterre. Elle n'a pas du reste été ingrate , et vient de le lui témoigner par l'éclat inusité qu'elle a donné à son quajtrième centenaire.
Suivant M. Blades, Caxton mourut en 1491. On a donné de lui plusieurs portraits^ mais aucun n'est authentique.
11 serait intéressant de poursuivre ainsi l'introduction de l'Imprimerie dans les divers pays de l'Europe et de faire l'histoire des principaux imprimeurs. Plus les temps se rapprochent des nôtres et plus ces histoires demandent de développements. Nous avons voulu borner cette Notice à des considérations générales sur les origines de l'Imprimerie, nous réservant de faire plus tard des biographies complètes des grands maîtres de notre art.