‹ Les origines de la Déclaration des droits de l'homme de 1789Chapitre 124 sur 157 · Tiers de Nemours, AP, IV · texte numérisé non relu

Tiers de Nemours, AP, IV

2. Ces projets furent très nombreux et sans parler de ceux contenus dans les cahiers, M. Jellineck (op. cit., p. 20) en compte 21 : pour M. Walch (op. cit., p. 95) ce nombre doit être réduit à 15. Nous allons les examiner tous ensemble, à l'exception de celui du 6* bureau qui servit à l'Assemblée Constituante de base de discussion et de celui du Comité des Cinq dont l'influence fut, nous le verrons, considérable sur la rédaction déflnitive : nous retrouverons ces deux projets dans le chapitre suivant en parlant des travaux de l'Assemblée.

188 LES OHlGINliS DE LA DÉCLARATION

avis: sans doute il n'est pas impossible de relever dans quelques-uns des projets ' l'idée du contrat si fortement mise en lumière par Rousseau, mais au fond tout concourt à démontrer que ceux-là mêmes qui y font allusion ont voulu repousser sa théorie.

L'idée primordiale du « Contrat social » était en effet, nous l'avons vu, que les hommes en quittant l'état de nature abandonnent dans une certaine mesure leur liberté et leur égalité naturelles : ces droits appartiennent désormais à la société qui, sous la réserve du bien public, peut en user comme elle l'entend ; or rien n'est plus contraire aux théories soutenues par les divers auteurs des projets de déclaration et cela va être d'autant plus facile à saisir que certains d'entre eux, au lieu de donner à leur travail la forme brève et sèche de la disposition par articles, ont employé la forme plus claire de l'exposition raisonnée et didactique -.

1. Cf. Siéijès, AP, Vni-422 (art. 1) ; Mounier, Al», VIII-407 ; nouche, AP, VIII-400 (art. 1).

2. Cf. Thourct, Analyse des idées principales sur la reconnaissance des droits de l'horaine en société ; Rabaud-Saint-Etiennc . Idées sur les bases de la constitution ; Siéyès, Hecounaissance et exposition raisonnée des droits de l'homme et du citoyen. Ce dernier à la demande de l'Assemblée Constituante résuma ses idées dans une déclaration en 20 articles qui fut soumise au comilé d<.' conslitutioa ; Goutje-Carton présenta lui aussi un projet de déclaration en 71 articles précédé d'un avertissement raisonné.

Tous ces projets sont unanimes à proclamer que « toute union sociale et par conséquent toute constitution ne peut avoir pour objet que de manifester, d'assurer et d'étendre les droits de l'homme et du citoyen ' ». Le projet de Rabaud-Saint-Etienne est un des plus expressifs à cet égard : « Les lois, dit- il ^ ou conventions obligatoires passées entre des hommes formant ensemble une société ont pour objet de les rendre plus forts et plus heureux : les hommes doivent donc gagner à entrer en société, car sans cela ils n'y entreraient pas... Les hommes entrant en société y viennent avec tous leurs droits, car on ne peut pas dire qu'ils en aient fait quelque sacrifice... IVon seulement ils viennent avec tous leurs droits, mais ils viennent pour les y conserver, pour les mettre en sûreté et sous une garantie plus puissante... Donc l'homme ne sacrifie ni sa liberté, ni sa propriété ; enfin l'homme ne sacrifie en aucune manière ce qu'on appelle ses droits, car l'homme n'a qu'un droit, ainsi que nous l'avons dit, c'est le droit à l'existence : il le porte dans la société pour l'y conserver et l'étendre et tout ce qu'on appelle ses droits n'est que l'application de son droit unique et primitif. »

Voilà dans toute sa pureté, on s'en souvient, la doc-

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