PAR LA GRACE DE DIEU ET DU SIËGE APOSTOLIQUE, ARCHEVÈQUE DE QUÉBEC
AUX RELIGIEUSES DU MONASTÈRE DES URSULINES DE QUÉBEC, SALUT ET BÉNÉDICTION EN NOTRE SEIGNEUR.
L y a déjà deux cents ans, Nos Très Chères Sœurs, — le premier vendredi après l’octave de la Fête-Dieu de l’an 1700 — vos pieuses Mères Ursulines, avec l'autorisation de Mgr de St-Vallier, deuxième évêque de Québec, chômaient dans l’allégresse et pour la première fois la fête du Sacré-Cœur de JÉSUS. Vos annales si scrupuleusement fidèles à tous égards Nous parlent avec un bien touchant enthousiasme de la solennité de ce jour : l'exposition du Très Saint Sacrement, la grand'messe, les vêpres avec sermon et salut, marquèrent cette fête d’un cachet de grandeur religieuse qui était comme l’aurore des brillantes démonstrations dont Paray-le-Monial, de nos jours, est le théâtre.
Cette manifestation publique de piété et d'amour envers le Cœur adi rable de Notre Seigneur n’était qu’une efflorescence des sentiments
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que nourrissait depuis longtemps dans son âme la Vénérable Mère Marie de l’'Incarnation, fondatrice de votre monastère de Québec.
Déjà en 1635 — douze ans avant la naissance de la Bienheureuse Marguerite-Marie, l'illustre révélatrice de la dévotion au Sacré-Cœur — votre Vénérable Mère, la Thérèse du Nouveau-Monde avait une révélation sublime au cours de laquelle elle entendit ces paroles que lui adressait le divin Maître : ‘‘ Demande-moi par le Cœur de JÉsus, mon très aimable Fils ; c'est par lui que je t'exaucerai et que je t'accorderai tes demandes.” Bientôt Notre Seigneur lui fit revoir dans un saint ravissement, ce grand pays du Canada et lui ordonna d'aller y bâtir une maison à JÉSUS et à MARIE.” Cet ordre trouve dans l'humble et docile servante de Dieu un acquiescement parfait. ‘O mon grand Dieu ! répondit-elle, vous pouvez tout et moi je ne puis rien ; s’il vous plaît de m'aider, me voilà prête ; Je vous promets de vous obéir, faites en moi et par moi votre très adorable volonté." Dès lors toutes ses pensées et ses affections sont tournées vers la Nouvelle-France, vers le pays des Hurons où les missionnaires répardaient la divine semence de l'Evangile. ‘‘J'y étais unie d'esprit, dit-elle, au Père Eternel, sous les auspices du Sacré-Cœur de Jésus, pour lui gagner des âmes. Le Canada était maintenant ma demeure et mon pays. Son âme d’apôtre unissait dans une inséparable affection le Sacré- Cœur et notre chère patrie encore au berceau et habitée par des peuplades barbares et païennes.
Rendue au Canada, elle écrivit à son fils, en 1661, et lui rendit compte de ses pratiques journalières de dévotion envers le Sacré-Cœur de JÉsus. Voici la belle prière qu'elle adressait à Dieu : ‘‘ C’est par le Cœur de mon JÉSUS, ma voie, ma vérité et ma vie, que je m'approche de vous, à Père Eternel! Par ce divin Cœur, je vous adore pour tous ceux qui ne vous adorent pas ; je vous aime pour tous ceux qui ne vous aiment pas; je vous reconnais pour tous les aveugles volontaires qui, par mépris, ne vous reconnaissent pas. Je veux par ce divin Cœur satisfaire au devoir de tous les mortels. Je fais en esprit le tour du monde, pour chercher toutes les âmes rachetées du sang très précieux de mon divin Epoux, afin de vous satisfaire pour toutes par ce divin Cœur. Je les embrasse pour vous les présenter par lui, et par lui je vous demande leur conversion. Hé quoi! Père Eternel, voulez-vous bien souffrir qu’elles ne connaissent pas mon Jésus et qu'elles ne vivent pas pour lui qui est mort pour tous? Vous voyez, Ô divin Père, qu’elles ne vivent pas encore. Ah ! faites qu’elles vivent par ce divin Cœur.’’
C'est bien la sublime prière d’une âme tout enflammée d'amour pour Notre Seigneur. Elle voudrait convertir à Die: l’uivers entier, et pour atteindre cc but elle s'adresse avec une inébranlable confiance
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au Sacré-Cœur de Jésus, Le cœur de votre Vénérable Mère a été comme une source abondante d'où est sortie la tendre et féconde dévotion de nos Canadiens au Cœur adorable de l'Homme-Dieu. C'est une gloire et un bonheur pour votre vieux monastère d'avoir été, par votre sainte fondatrice, le berceau de cette dévotion au Sacré-Cœur de Jésus dans notre Canada, Rendez-en grâces à Notre Seigneur qui vous a donné ce magnifique témoignage de son amour et de sa miséricorde.
Il est un fait bien merveilleux qui se dégage de l'étude de l'histoire de l'Eglise catholique : c'est que, aux époques où la piété s’affaiblit et où le relâchement gagne du terrain, Dieu intervient spécialement et suscite, soit par une action providentielle, soit. par une manifestation miraculeuse, quelque dévotion puissante —- aussi ancienne, au fond, que le christianisme, mais nouvelle quant à la forme — qui remue et entraîne les cœurs, qui ranime le feu sacré de l'amour divin sur la terre et par laquelle il distribue à travers le monde les grâces multiples qu’il nous a méritées et préparées : l'action de JÉSUS, notre Pontife divin, est variée, féconde, inépuisable, C’est ce qui éclate à nos regards, si nous interrogeons les grandes traditions de la piété dans l'Eglise,
Quelle est la dévotion dominante dans les quatre premiers siècles, c'est-à-dire jusqu'à la paix de l'Eglise sous Constantin le Grand ? C'était la dévotion au Bon-Pasteur. C'est sous cet aspect que Notre Seigneur se présentait aux âmes pour les attirer à lui. Ia pensée qui touchait davantage les cœurs, c'était celle d’un Dieu fait homme, d'un Dieu descendu du ciel sur la terre pour y rechercher ses brebis égarées et les réunir dans un seul bercail sous la conduite du divin Pasteur. ‘ J'ai encore, disait Notre Seigneur lui-même, des brebis qui ne sont pas de ce troupeau ; il faut qu’elles entrent dans le bercail.’' (Joan. X. 16.)
La vie chrétienne a laissé des traces ineffaçables dans les monuments de ces âges primitifs : aussi la figure du Bon Pasteur est-elle le sujet favori de l’art et du symbolisme chrétiens au berceau de l'Eglise. On la retrouve sur les voñtes et les murailles des chapelles des catacombes, gravée sur les calices, peinte à fresque dans les chambres sépulcrales, , ciselée sur les médailles de dévotion, tracée en or au fond des coupes de verre, moulée sur l’arrile des lampes, sur les anneaux, etc. Le Bon Pasteur est représenté tantôt seul au milieu de son troupeau, tantôt entouré de ses apôtres auprès desquels ses brebis se pressent. Aïilleurs il caresse une brebis isolée, ou bien il rapporte sur ses épaules celle qui s'est égarée loin du bercail. Ses brebis prennent des attitudes variées : elles le regardent, elles écoutent le Pasteur, elles reçoivent son enseignement et ses grâces symbolisées par une pluie fécon-
dante, au milieu de ruisseaux abondants. Ce symbole de tendresse et de miséricorde sous lequel se manifestait Notre Seigneur était encourageant pour les premiers chrétiens si cruellement persécutés ; il ravissait leur cœur et y provoquait un dévouement qui allait jusqu’à la mort. Telle était la dévotion de cette époque.
Après la paix de l'Eglise, Notre Seigneur arbore un autre symbole : c’est la croix. Elle n’a presque pas paru aux catacombes ; maïs bientôt on la voit briller sur le Zabarum de Constantin, et Sainte Hélène fait sortir de terre, à Jérusalem, le bois miraculeux de la vraie croix du CHRIST. La croix marque sur le sol le plan des sanctuaires et couronne les clochers des églises ; on la trouve dans les mosaïques des absides, sur tous les autels, sur les vêtements sacrés, sur la couronne des rois, aux portes des villes, sur les bannières, sur les monnaies ; partout elle brille, jusqu’au jour où rois et peuples, prêtres et guerriers en font un signe de ralliement et de délivrance et s’élancent, vaillants croisés, à la conquête du Calvaire où elle a été plantée onze siècles auparavant.
Le spectacle de la croix était nécessaire à cette époque. Sans les grandes leçons de courage que la croix donnait en tous lieux, Rome chrétienne se serait affadie et relâchée ; les barbares ne comprenaient guère que le drame sanglant du Calvaire. Cetie dévotion atteint son apogée lorsque saint Louis fait de la Sainte Chapelle de Paris le reliquaire de la vraie croix et de la couronne d’épines du Sauveur.
La dévotion à la croix restera tout con.me la dévotion au Bon Pasteur, tout comme les autres qui viendront plus tard, mais il en surgit une troisième qui primera et passionnera plus fortement les cœurs, c'est la dévotion à la Sainte Eucharistie. Cette dévotion demeurera, elle aussi; elle grandira, se développera, et exercera une immense influence sur les âmes.
Notre Seigneur parle à une humble vierge, à sainte Julienne, religieuse du diocèse de Liège. Le Pape Urbain IV répond au désir du Dieu et institue la fête du Saint Sacrement qui fut célébrée pour la première fois en 1247. Notre bien-aimé Rédempteur voulait ajouter ce nouvel aliment au foyer d'amour des cœurs chrétiens. Cette grande solennité qui revient chaque année est le signal d'un réveil de la foi et de la piété ; elle influe sur toute la vie de l’Eglise ; elle gagne tous les cœurs ; elle suscite partout un saint enthousiasme et donne un développement merveilleux à l’art chrétien : c'est notre Dieu qui triomphe partout, c’est devant lui que se prosternent tous les humains dans l'adoration et la prière.
Il y a encore place pour une autre dévotion qui rappellera et résumera tout l’amour du Verbe Incarné, du Rédempteur et de l’Eucharistie : c’est la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Une humble vierge
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du Monastère de la Visitation, à Paray-le-Monial, la Bienheureuse Marguerite-Marie, en reçoit de Notre Seigneur lui-même la surnaturelle et authentique révélation. ‘C’est, dit-il, le dernier effort de mon amour pour les hommes.”’ Cet amour divin est l’objet même de cette dévotion, le Cœur de chair de Notre Seigneur en est le foyer. Le symbole ou l’image du Sacré-Cœur est le moyen propre à nous rappeler cet amour infini qui s’est manifesté de tant de manières.
La pratique de cette salutaire dévotion résume l'amour reconnaissant des fidèles envers JÉSUS-CHRIST, la réparation pour les offenses qu'il en reçoit, le zèle pour sa gloire, l'abandon complet à sa divine volonté.
Les fruits que Notre Seigneur a promis à cette dévotion sont merveilleux : c’est pour les pécheurs un océan de miséricorde ; pour les Âmes tièdes, une source de ferveur ; pour les âmes pieuses, des progrès rapides dans la perfection ; une bénédiction pour les maisons et les familles où l’image sacrée sera honorée, la cessation des fléaux publics, <t, pour ceux qui propageront cette dévotion, la pro:nesse que leur nom sera gravé dans ce divin Cœur.
La dévotion au Sacré-Cœur de JÉSUS, annoncée à la Bienheureuse Visitandine, se levait comme un soleil d'été prêt à féconder la terre et à mûrir ses fruits. Elle passionna d’abord les âmes généreuses, et devint plus tard irrésistiblement populaire ; son influence bienfaisante <t victorieuse a fasciné tout l'univers chrétien. Rome, Paris, Vienne et une foule d’autres villes ont leur église votive du Sacré-Cœur, l’art et l’éloquence lui font tous les jours hommage de leurs chefs-d'œuvre ; <ertains peuples et leurs chefs, aussi humbles devant Dieu qu'ils sont fiers de leur liberté, se consacrent au Cœur adorable de JÉSUS. C’est sous les rayons de ce soleil de justice et d'amour qu’éclosent toutes les œuvres modernes de prière, de réparation et de charité et que les an- <iennes reprennent une nouvelle vie.
Notre Canada, Nos Très Chères Sœurs, n’est pas resté étranger à ce mouvement qui emporte toutes les âmes chrétiennes vers le Sacré- Cœur.
Eclose à l’ombre de votre vieux cloître, elle en a franchi l'enceinte, <t, vivifiée par les révélations extraordinaires faites à la Bienheureuse Marguerite-Marie, ainsi que par les bénédictions des Pontifes Romains <t de l’épiscopat catholique, cette dévotion s’est répandue dans nos plus humbles bourgades, dans nos plus pauvres missions. Pas une église paroissiale, pas une chapelle qui n'ait sa statue du Sacré-Cœur ; pas un seul hameau, pas un groupe de population qui n’honore le Sacré-Cœur le premier vendredi de chaque mois par la confession, la sainte communion et la bénédiction du Très-Saint Sacrement.
En 1873, les évêques du cinquicme Concile Provincial de Québec
résolurent de mettre toute notre province ecclésiastique sous la protsction spéciale du Sacré-Cœur ; ils ordonnèrent que toutes les paroisses, les communautés et les familles lui fussent consacrées publiquement, au retour d’une procession solennelle du Saint Sacrement, le dimanche après la fête de ce divin Cœur, et que cette consécration fût renouvelée à la même époque. Pour cette dévotion, comme pour celle de la Sainte Famille, de Marie Immaculée et de Saint Joseph, notre Canada a devancé les vœux du Siège Apostolique et a montré encore une fois que Dieu l’éclaire et le dirige par ses pasteurs dans les diverses manifestations de sa foi religieuse.
Vous connaissez toutes, Nos Très Chères Sœurs, ces belles paroles. de Pie IX, de ce grand Pape qui a décrété la béatification de Marguerite-Marie et l'extension à toute l'Eglise de la fête du Sacré-Cœur : ‘““TEglise et la société, dit-il, n’ont d'espérance que dans le Cœur de Jésus ; c'est lui qui guérira tous nos maux. Prêchez partout cette dévotion ; elle doit être le salut du monde.” Ces autres mémorables paroles de Léon XIII, glorieusement régnant, ne vous sont pas moins connues : ‘‘ Nous désirons de toute l’ardeur de notre âme que la dévotion au Sacré-Cœur de JÉSUS se propage et se répande sur toute la terre. Nous nourrissons la douce et ferme espérance que de grands biens ne manqueront pas d’émaner de ce divin Cœur, et qu’ils seront le remède efficace des maux qui affligent le monde.’”
Ces belles paroles doivent être pour nous tous un puissant encouragement. Travaillons ensemble à hâter la réalisation de ses saintes: espérances de notre Pontife Suprême. Vous toutes, Nos Très Chères. Sœurs, qui sentez battre dans votre poitrine un cœur d’apôtre, un cœur capable de sacrifice et d'amour, n’allez pas rester oisives tout le jour pendant que les épis blanchissent pour la moisson et que les ouvriers: ne suffisent pas au travail. Soyez les apôtres du Sacré-Cœur auprès de vos nombreuses et pieuses élèves et dans le champ d'action que la divine Providence vous a mesuré. Notre Seigneur est venu apporter sur la terre le feu sacré de la charité et il veut que ce feu s'allume et brûle ardemment. Vos cœurs sont l’autel sur lequel vous devez allumer et entretenir ce feu divin. Soyez les auxiliaires de vos pasteurs pour ce sublime apostolat ; propagez ce culte du Sacré-Cœur de JÉSUS et soyez-y toujours fidèles. Que cette dévotion pénètre toute votre vie ; qu’elle l’embaume de son parfum ; qu'elle soit la racine vigoureuse et féconde de vertus et de mérites qui embelliront votre carrière mortelle et seront votre incorruptible trésor dans l’autre vie. Je prie le divin Cœur de JÉsus de répandre sur vous, sur vos chères élèves, sur vos travaux ses plus abondantes et ses plus précieuses bénédictions.
Afin de commémorer dignement ce deuxième centenaire de votre
a protccaroisses, juement, imanche it renouur celle )h, notre encore diverses.
paroles.
Margues-Cœur :
‘œur de ut cette norables S moins la dévotoute la grands s seront
encousaintes:
Chères.
n cœur le jour uvriers:
dévotion publique au Sacré-Cœur de JÉSUS, vous célèbrerez dans la chapelle de votre Monastère un /riduum solennel qui aura lieu les 20, 21 et 22 juin de cette année sainte du grand Jubilé. Avec Monseigneur de Saint-Vallier, et, Nous servant des termes mêmes du dispositif de son mandement de l’an 1700, Nous réglons ce qui suit : ‘ Avons permis, comme Nous permettons par les présentes à nos dites filles les Ursulines de Québec. . . . de célébrer en ces jours la sainte messe propre de cette fête et de chanter pareillement les vêpres propres de l'office. ... Nous désirons même qu’elles célèbrent cette fête avec la plus grande solenuité qu’il se pourra, voulant qu’elles puissent ces jours exposer le Très-Saint Sacrement dans leur dite église, et y faire prêcher les louanges de ce divin Cœur en la manière accoutumée et reçue en l'Eglise. ... Nous exhortons encore les fidèles de notre diocèse d'assister volontiers et avec ferveur à cette solennité et d'y donner les marques d’une tendre et sincère dévotion envers le Très Sacré-Cœur de Notre Seigneur JÉSUS-CHRIST.” Ce ériduum se terminera par le chant du 72 Deum.
Donné à Québec, en la fête de Saint Pie V, le cinquième jour de mai de l'an 1900, sous Notre seing, le sceau de Nos armes et le contreseing de Notre secrétaire,