G. CHARPENTIER ET E, FASQUELLE, ÉDITEURS
11, (UE DE GKKHBLLE, 11
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Je naissais à la vie politique quand la Révolution de février nous donna le suffrage universel, laissant d^un bond, bien loin derrière, le progrès déjà sérieux pour l'époque, auquel je venais de m'attaquer tout d'abord, Pextension du droit de suffrage à toute la garde nationale de Louis-Philippe. (1)
Je marchais alors sur 33 ans, et j'avais jusque la jeté ma vie à tous les vents, ne prenant racine nulle part, ayant gaspillé les chances d'avenir universitaire, ou littéraire, qu'auraient pu me donner, au sortir du collège, mes triomphes d'écolier, si les besoins d'activité physique ci d'existence au grand air n'avaient été trop souvent les plus forts. Pierre qui roule n'amasse pas mousse, dit le proverbe. Reste à savoir si c'est la vraie destinée des pierres de se faire moussues. Toujours est-il que dans ce commencement aventureux de ma carrière je m'étais frotté, chemin faisant, à beaucoup de gens et beaucoup de choses, et que j'entrais en pleine maturité d'esprit, quand le démon de la politique mit enfin la main sur moi. Je puis bien dire que ce fut une transformation. J'ai conservé de mon écriture d'avant ce temps-là : c'est la fidèle image du décousu de ma première vie. Les gra-
(1) Leur 69 d'un garde national à son voisin. Sans éditeur. Janvier 1848.
phologues auraient beau jeu à faire la comparaison avec les milliers de lettres qui sont parties de Beblenheim, dans mes années de décision et de ferme volonté.
Je n^oublierai jamais Timpression étrange, mélangée de joie folle et de terreur secrète, que me fit l^apparition subite du su(Frag3 universel quand je Paperçus affiché sur les nmrs, au matin du 23 février. Le rêve de justice que jVivais caressé d^un espoir un peu timide, dans un avenir qui menaçait de se faire attendre, je le voyais réalisé du jour au lendemain, dépassé même. Il Tétait à ce point qu^il y avait lieu de se demander où la France allait être emmenée par les conducteurs improvisés qui venaient de lui surgir de terre. Revenir en arrière, il ne fallait pas y penser. Le fameux J^y suis^ j'y reste ^ était trop bien à sa place avec le suffrage universel. Personne encore parmi les républicains, après tout ce qu'ils ont eu à lui reprocher, n'a osé parler sérieusement d'y toucher. Si les antres le maudissent, c'est en cachette de lui, forcés qu'ils sont de lui faire la cour à chaque élection^
Dès ce jour, il n'y avait qu'à ouvrir les yeux pour se convaincre qu'une chose primait tout dans ce pays, l'éducation du maître inculte auquel il appartenait désormais, sans recours possible contre ses volontés. Cela j'en avais la certitude absolue, et que de paroles enflammées
n^ai-je pas échangées, moi, républicain du lendemain, avec ceux de la veille qui détournaient obstinément la tète, trouvant le breuvage trop amer. Il a fallu le boire pourtant.
Certe, il est agréable de se persuader qu^on tient un peuple en bride et qu^on le fera marcher où Ton veut, du pas que Ton a décidé. Les plus dévoués à ses intérêts sont les premiers à s^y prendre. Il leur parait monstrueux quHl ne voie pas les choses comme eux et qu^il puisse donner tort à ses amis. N^est*on pas en droit de forcer la main à qui manque de raison? L^emploi de la force n^est-ilpas légitime quand on la met au service du droit?
Il y a, par grand malheur, une petite condition à remplir quand on veut employer la force contre un peuple : il faut la tenir. Or, dans un pays de suffrage universel, c^est le peuple luimême qui la donne, et à qui bon lui semble. Il la donne et la retire, sans avoir à dire pourquoi. S^illui vient le besoin d^un chef, il le prend à sa fantaisie, n^en demandant à personne la permission. Cqs là précisément qu^est le danger. Cette force que Ton invoque, que dire ensuite si elle tombe aux mains dMn homme en disposant à son gré, de par la volonté du peuple souverain? Et comment dominer Pinstinct de conservation qui entraine un peuple à se donner un chef armé de la force, quand il renonce, par lassitude, à la garde de ses destinées, soit qu^ii ne
▼oie pas clair à se diriger, soit qu^il lui répugne d^en prendre le souci ?
Le danger est double, en effet : il vient d^en haut aussi bien que d^en bas. S^il fallait choisir entre les deux, Finsouciance de ceux qui sont en état de raisonner sera davantage encore à combattre dans une république que Pignorance de ceux qui ne raisonnent pas.
Partant de là, je ne voyais rien de plus urgent pour les défenseurs de la République naissante que de travailler à conjurer cette menace d^un chef imposé par le peuple, qui demeurait suspendue sur sa tête. Railleries et raisons y pouvaient peu, colères encore moins. La vraie marche à suivre était de s'attaquer à sa raison d^être, en s^efforçant de chauffer les cœurs tièdes,d^éclaircir les esprits sans lumières. Après quarante ans passés, j^en suis encore au même point.
Bien obscurs furent mes efforts au lendemain de février, bien petits leurs résultats. Rien ne sert d^écrire si Ton est pas lu, et comment se faire lire où Fécrit n^arrive pas ? Nouveau venu dans le camp des vieux républicains, y apportant une note discordante, et n^étant pas d^humeur à m^embrigader, j^écrivais un peu dans le désert. Mes premiers essais politiques, les Vertus du Républicain^ les EntreHens du père Moreau^ le Pelii Catéchisme Républicain^ n^eurent aucunsaccës de vente, j^en dois faire Taveu. J'eus
bientôt jeté ma plume pour me lancer à corps perdu dans le mouvement des réunions publiques et des banquets, mes chers banquets de 48, où je voyais le commencement d^une ère nouvelle de fraternité, la première ébauche d'une religion à venir. Je les aurais voulus avec le pain et le vin seulement. Honni soit qui n'a jamais rêvé!
Au carrefour que font en se coupant les rues Coquillière et Jean-Jacques Rousseau, il était une maison d'angle, avec deux petites fenêtres d'entresol, donnant juste au-dessus de la boucherie Duval, d'où est sortie, après le coup d^État, l'institution des bouillons Duval. C'est là que, de novembre 1848 au 13 juin 1849, j'ai dirigé, sous l'œil méfiant de la police, le bureau de la Pro^ pagande Socialiste^ mon début dans le métier d^organisateur.
Il y avait de tout dans le socialisme d'alors. Mon socialisme, frais émoulu, se rapprochait de la nuance phalanstérienne à laquelle appartenaient beaucoup de mes amis. Elle n'avait rien de commun avec le farouche socialisme d'Etat d'aujourd'hui, l'école de Fourier basant toute sa théorie du progrès sdbial sur un groupement libre d'actions personnelles, dans des associations indépendantes les unes des autres. Duval était phalansténen, et de là l'installation de mon bureau chez lui.
Son organisation, du reste, était des plus sim-
pies, et ne répondait à renseigne que bien indirectement. Elle reposait sur un triple concours : des journaux lus la veille qu^on abandonnait pour être envoyés dans les campagnes; les adresses utiles qu^apportaient des gens venus à Paris de tous les points de la France ; des listes de souscriptions mises en circulation pour payer les frais de reste. Les journaux cédés, mis d'avance sous bande pour la plupart, arrivaient au bureau, en paquets, des différents quartiers de Paris, sans rien coûter, grâce à une combinaison que j^avais imaginée. On les donnait, en. recevant le numéro du jour, aux marchands de journaux à domicile, qui me les apportaient en bloc avant Theure de la poste : c^était une condition de la clientèle.
Le tout se réduisait, en somme, à une concentration économique des essais de propagande républicaine tentés personnellement par les parisiens de province, chacun dans sa localité. L'affaire était d'apparence modeste : elle aurait pu devenir sérieuse. En peu de temps les journaux expédiés atteignirent le chiffre de 2 à 3000 par jour ; et le contact quotidien avec des républicains ouvriers etbourgeois, de tous les départements, m'avait suggéré, à la longue, l'idée de les organiser en sociétés de propagande pour chaque département. Paris n'est, à le regarder de près, et c'est bien la vraie raison de son action snrle reste de la France, qu'une immense
représentation nationale, où tous les éléments du pays se trouvent confondus pêle-mêle. Qui saurait les pousser à se mettre en jeu, en les dégageant et les agrégeant par régions, aurait créé un levier d^une puissance difficile à calculer. Le faire jouer, par exemple, à son profit personnel ne sera jamais commode pour personne, et je n^y songeais guère; mais Pentreprise prêtait au soupçon. J^en étais à ma vingtdeuxième réunion départementale, et je me sentais déjà regardé de travers par quelques-uns, quand Péchauffourée du 13 juin vint couper court à tout cela.
Le rôle chaque jour plus actif que je jouais de mon chef, en enfant perdu, m^avait mis insensiblement en évidence. Je fus élu membre du comité qui dressa la liste socialiste de Paris aux élections de juin 1849, et par les soins duquel s^organisa la manifestation du 12 juin contre cet odieux bombardement de Rome, dont les conséquences pèsent encore sur la France aujourd'hui. J^étais justement un des trois commissaires chargés de régler Tordre et la marche de la manifestation. On ne me fit pas, il est vrai, Phonneur de m'avertir qu'on Pavait doublée quelque part d\ine résolution de prise d'armes. Je n'appris la marche de Lcdru-RoUin SUIT l<î Conservatoire des Arts et Métiers qu'à Pins tant même où Changarnier coupa sur le boulevard des Capucines Pinoffensive colonne
des manirestanls, et j^ai encore dans Toreille le eri de colère que m^arracha cette tardive révélation. J^avais donné les mains, sans le savoir, à une aventure impossible, qui allait faire sombrer les derniers restes des libertés de 48.
Elle eut pour moi ce résultat que je tombai sous le coup d^un mandat d^amener et que je m'appelai Leclerc, en Normandie, quatre mois et demi durant, au bout desquels une ordonnance de non-lieu me rendit Tusage du nom de mon père. Du bureau de la propagande socialiste, il ne fut plus question. Disparurent, du même coup mes sociétés départementales de parisiens de province. LHdée a été reprise |par d^autres plus tard. Jusqu^à présent, à vrai dire, on y a vu surtout des occasions de dîner ensemble; mais c'est toujours un commencement.
Je n'ai pas eu Tintention d^écrire ici mes mémoires. C^cst Texplication de la Ligue par les antécédents de son fondateur que je voulais donner. Si je me suis arrêté sur ce moment de ma vie, c'est qu'il y a eu là une sorte d'essai préparatoire, et que Tesprik dans lequel a été conçue Porganisation de la Ligue s'y dessine déjà. Les idées sont comme les fruits; elle ne mûrissent pas en un jour.
À peine rentré à Paris, je trouvai un nouveau champ d'activité; et celui-là devait aussi me préparer à ma tâche future. On me chargea d'aller organiser dans les départements la corres-
pondance du journal la République, une mission qui allait à merveille à mes appétits de propagande et de mouvement. le fis là un voyage de huit mois, courant de ville eh ville, à pied la plupart du temps, commis voyageur de la république, déjà bien malade, et gibier de gendarme à Poccasion. J^eus plus dMne fois des comptes à rendre aux commissaires de police du prince-président, ce qui .ne m'empêcha jamais d'aller tête haute, n'ayant rien à cacher, et me réclamant tout tranquillement des institutions encore en vigueur, qu'il fallait bien respecter jusqu'à nouvel ordre.
Ce fut alors que je compris mieux que jamais les conditions de la politique à suivre dans ce pays. Nous avons affaire à un peuple acquis jusque dans ses moelles à la Révolution, et mariant par tradition la peur du mot à l'amour profond do la chose. Les parties s'y trompent et en portent la peine, à tour de rôle. Le pays va d'instinct de l'un à l'autre, selon qu'ils font mine de vouloir déchaîner ou tuer la Révolution, maltresse sauvage dont il redoute les emportements, sans pouvoir se détacher d'elle. Là est le secret, gloire militaire mise à part, de la popularité si tenace qu'ont pu se faire nos deux Napoléons, en se posant, l'un après l'autre comme les dompteurs et aussi les gardiens de la Révolution. Que de fois j'ai pu m'en convaincre dans mes pérégrinations à travers les campagnes de la Lorraine
et de PAlsacc ! Après des conversations^ d^une heure, où les gens avaient applaudi à toutes mes paroles, enchérissant au besoin, j^apprenais d^eux quMls avaient voté au 10 décembre pour celui dont ils devaient plus tard faire un empereur. Et cela ne les gênait pas du tout. On leur avait dit qu^il incarnait la Révolution. Ils Pont cru jusqu'à Sedan ; et combien Pont cru encore après.
Mais je m'écarte de mon récit, moins pourtant qu'il pourrait sembler. C'est en m'inspirant surtout de l'impression rapportée de ce long voyage que j'ai pu parvenir, seize ans après, à lancer de Beblenheim le mouvement de la Ligue par toute la France, l'Empire le laissant passer.
Beblenheim ! Mon cœur se serre quand se rémuent en moi les souvenirs attachés à ce mot. Jour béni entre tous les jours de ma vie fut celui où ma course errante me porta, au commencement de mars 1850, dans ce village d'Alsace qui n'avait alors d'allemand que le nom. C'était la première fois depuis quatre mois que je frappais à une porte derrière laquelle il n'y eût pas à parler politique. Le moyen d'en parler ! un pensionnat de demoiselles?
Je me présentais comme porte-paroles d'une mère : par une sorte d'instinct prophétique, le professeurde 1836, enterré depuis si longtemps, ressuscita de lui-même dans cette atmosphère de paix et a'études dont je me sentais enveloppé
tout à coup. Quand je partis^ le lendemain matin, de Beblenheim, j^avais conquis le berceau futur de la Ligue.
Certes, la pensée du retour à demeure dans ce village perdu de la frontière n^avait pu venir au parisien enfiévré que j^étais alors. Il était dit que je serais trop heureux d^en accepter la proposition, quand elle me fut faite à la fin de Tannée suivante.
J^avais pris un grand parti à Pissue de cette laborieuse campagne dont je revenais à boul de forces : je m^ étais marié. L'union de deux pauvretés est chose toujours périlleuse, souvent féconde. Elle calma en moi Phumeur aventureuse, et m^enseigna le souci du lendemain que jen^avais guère connu jusqu^alors. Lourd fardeau à porter que ce serment deprotection, le seul que j^aie jamais prêté, quand le gagne-pain vous tremble dans la main. Il n^était pas besoin d^un flair bien exercé, dans les derniers mois de 1 851, pour entrer en doute sur Tavenir ; et je me sentais mal assis dans le poste modeste que j^occupais au journal pour lequel j^avais voyagé. Son titre seul le condamnait à mort, sUl arrivait malheur.
Jem^en étais ouvert tout naïvement à la directrice du pensionnat de Bablenheim, devenue, grâce à la correspondance, une amie, à mademoiselle Yerenet, dont le nom a sa place forcée dans cette histoire des origines de la Ligue. Enréponse,
elle m^avait parlé, croyaBt plaisanter, d^aller re« commencer chez elle ma classe d^un jour, le cas échéant. Les factionnaires qui me barrèrent la porte de mon journal, dans la matinée du 2 décembre, ne donnèrent que trop vite raison à la plaisanterie. Nous nous trouvions sur le pavé, ma femme et moi, quand je reçus une lettre qui m^appelait, sérieusement cette fois, au Petit-Château. C^était le salut. Je dis adieu à Paris dans la nuit du 31 décembre au 1" janvier : une vie nouvelle allait commencer pour moi.
^arrivais à peine à Beblenheim que les gendarmes y furent envoyés pour s^enquérir de mes faits et gestes. Le maire heureusement était un ami. Je Pavais trouvé, lors de mon passage, tout fier d^avoir aidé, en 1849., au triomphe de la bonne liste, la rouge, la liste du Coq, ainsi nommée de Pembléme auquel on la reconnaissait. Il me conservait les sympathies d^alors, bien qu^il eût voté : oui, comme les autres, au plébiscite du 20 décembre* Les rapports quMl eut à fournir sur mon compte, et cette fois, et chaque mois ensuite pendant bien longtemps, comme je Fai appris plus tard, furent dénature telle qu'on finit par Ten dispenser.
U n^y avait pas, du reste, à se compromettre beaucoup en me garantissant comme un homme au repos. Donner de la tète contre les murs est un jeu qui n^a jamais été de mon goût ; et je n^étais pas de ceux qui ont pu se hausser à la
consolation de croire que le vote du 20 décembre avait été un vote faussé, escamoté. C^était bien là justemsnt ma grande colère. Je n^avais que trop la certitude de Tassentiment en grand de la nation française — peuple et bourgeois, chacun pour ses raisons à lui, — au forfait du coup d^État et aux proscriptions sans nom qui Tavaient consacré. Que faire à cela? Renier son peuple, et aller en chercher un autre ; c'est une pensée qui peut traverser l'âme dans un moment d'exaspération; mais il lui est défondu d'y rester. Ronger son frein et laisser venir; c'est ce que je fis pendant dix ans.
Je dois avouer, pour être franc, que j'étais aidé à la patience par le calme, je devrais' dire le charme de la vie qui m'était faite. C'était une grande famille que ce pensionnat en pleine campagne du Petit-Château, une famille où j'avais pris tout naturellement le rôle de père adoptif. La parfaite communauté d'idées et de sentiments qui régnait entre moi et la maîtresse de la maison me rendait aussi facile qu'agréable ma tâche de professeur universel, enseignant sans contrôle des élèves que je considérais comme mes enfants. Plongé tout entier dans l'étude, je rentrais à l'aise en possession plus complète de ce que j'avais su, et je comblais, à moi tout seul, bien des lacunes de mon ancien bagage de connaissances. Esprit qui travaille ne s'aigrit pas. Si parfois la démangeai-
sc»n littéraire me reprenait, le directeur du Théâtre et du Journal du Petit-Château avait de quoi la satisfaire le plus innocemment du monde. Je m^habituais à vivre sans m^occuper du gouvernement, couvant sous la cendre mes ardeurs sans emploi, et doucement résigné à mon heureuse obscurité.
fen étais là, quand parut, enseptemifre 1861, l'Histoire d'une Bouchée de pain^ dont le succès fit sur moi Peffet de Touverture de sa cage sur un oiseau : Phorizon s^ouvrait enfin devant moi.
C^est à ce moment là que commence la série de ce qui figure en tête de ce recueil sous le titre de Préliminaires. Ce sont bien, en eiïet, les préliminaires de ma prédication de la Ligue. Ils ne font qu^un avec le reste du volume : c'est le même enseignement et la même note. J^en conseillerais volontiers la lecture à ceux qui m^ont accusé depuis d^avoir caché mon jeu, si je pouvais espérer les avoir pour lecteurs. Ceux qui les liront seront en mesure de juger si je n^ai pas, dès Fouverture de ma campagne, donné à voir nettement quel but je poursuivais, et par quel chemin j^entendais marcher.
La Société des Bibliothèques Communales du Haut-Rhin^ par exemple, qui a été mon premier essai de groupement, fonctionnait si bien sur le plan futur de la Ligue, quej^ai pu la donner comme exempleàsuivre, quand j^ai entamé la prédication
âe 1866. Il n^y avait à cela rien de bien étonnant; elles n^étaientPuneetrautre que la mise enpra* tique d^ne seule et même pensée^ maîtresse absolue de mon esprit depuis Pavènement du suffrage universel.
Cette pensée peut se formuler en deux lignes : faire agir librement ceux qui savent, pour faire raisonner ceux qui ne savent pas.
La République du suffrage universel est à ce prix. Cesi ainsi uniquement qu^elle se garde, quand on Fa, qu^elle se préparc, quand on ne Ta pas. Tout pâlit devant ce devoir, suprême pour qui la veut. Qui veut la fin veutlesmoyens, les moyens avouables, s'entend, les seuls qui soient de bon service. En est-il de plus avouable que de travailler à faire des hommes et des citoyens?
Si je me suis laissé aller à écrire ces lignes, déjà trop longues, dans lesquelles je viens de me mettre en scène d^un bout à Pautre, c^était seulement pour éclairer d^unjour plus vif les origines et le caractère d^une œuvre trop acclamée par les uns pour n^étre pas vilipendée par les autres. Je voulais, comme je Pai dit en commençant, donner le mot de la Ligue dans la confession de son fondateur.
Maintenant j'ai assez parlé de moi. Je cède la parole au Jean Macé de 1861. Il ne démentira pas celui de 1889.
Jean Macé.