‹ Les origines de la Ligue de l'enseignementChapitre 47 sur 89 · Bretagme, Maine · texte numérisé non relu

Bretagme, Maine

Anjou», Touraine,

Poitou, Angoumois,

Saintong^e

Loire-Inférieure lUe-et-Vilaine

Côtes-du-Nord

Finistère

Morbihan

Charente 2

Charente-Inférieure 78

8* IVormandie, Pi-

cardie, Artois.

Flandre

Seine-Inférieure

Calvados

Eure

Orne

Manche

Aisne

Oise

Somme

Pas-de-Calais Nord

O. lle-de-Franee» Or- f O. Paris et sa baii-

léanals» Berry» lieue, Seine» 1268

IMiveruais f 1 • Pays étrang^ers

Seine-et-Oise

Belgique

Seine-et- Marne

Angleterre

Allemagne

Loiret .

Suisse

Eure-et-Loir

Ilalie

Loir-et-Cher

Russie

Egypte

Cher

EUU-Unis

Indre

Chine (Singapore)

NièTre

Le total général est de

Il suffit de parvenir d^un coup d^œil le tableau qui précède pour voir qu^en un an Tidé^ de la Ligue a pris pied presque partout. Douze départements seulement, sur 89, n^ont pas encore fourni leur contingent à notre liste. Il est vrai de dire qu^il y a des apports bien faibles dans le nombre ; mais si Ton veut bien considérer dans quelles conditions Tceuvrê a été entreprise, les incertitudes de son début, les défiances de toutes sortes qu^elle a rencontrées sur son chemin, Ton me permettra d^ajouter : son humble siège et rinsuf fisance de son personnel, on trouvera, je crois, quHl est permis de se féliciter du résultat.

Les lacunes proviennent, en général, des départements teintés en noir sur les cartes si connues de tous ceux qui s^occupent chez nous des

questions d^instruction publique. Il fallait s^y attendre, et les recensements de la Ligue fourniront dans quelques années, j^en suis certain, les éléments d^une autre carte, aussi curieuse assurément à consulter que les statistiques de conscrits sachant signer leur nom, une science trop mince, en vérité, pour être suffisamment rassurante.

Quant au recensement actuel, il ne saurait avoir la prétention de donner dos indications sérieuses. Les hasards de pousse, si je puis m^exprimer ainsi, d^me idée lancée à la volée, sans préparation, dans le pays, et livrée à la libre initiative des citoyens, devaient nécessairement déterminer à Paventure beaucoup des premiers chiffres.

Le Lot-et-Garonne, par exemple, qui tient le 4® rang pour tous les départements, y compris celui de la Seine, doit cette place d^honneur à quelques jeunes gens de Nérac, qui ont recruté dans leur petite ville la totalité, à vrai dire, des adhésions du département, 240 sur 211, chifrre qui n'a été dépassé pour une ville qu'à Paris.

La moitié, plus 4, des 296 adhésions portées au total du 9^ groupe, appartient à deux villages limitrophes du Loiret, Chevilly et Creuzy où l'initiative d'un seul homme a provoqué, dans la môme proportion qu'à Nérac, les adhésions inscrites au compte du Loiret, 152 sur 133.

Les inscriptions faites sur la liste générale de la Ligue sont loin d'ailleurs de représenter l'ensemble des adhésions effectives. Là où le travail d'organisation locale a commencé, les états no-

mina tifs ont été dressés et publiés sur placc^ ainsi que cela devra peu à peu se faire partout^ sous peine d^encombrement au centre. La Moselle ne figure que pour lit noms sur notre tableau. Or, le cercle de Metz, dont je viens de recevoir le premier bulletin, contenant la liste de ses membres au f octobre, en comptait déjà 545 à cette date : ils sont plus de 800 aujourd'^hui. Le cercle qui s^organise actuellement à Ars-sur-Moselle, une toute petite ville qui n'est même pas encore représeésentée sur la liste générale, avait réuni déjà le 2S octobre 394 membres. D'autres se forment ou vont se former sur différents points du département, et c'est ainsi que la Ligue française finira par devenir une grande armée, dont Punité numérique à enregistrer sera le cercle local, avec Pindication en bloc du chirTre de ses membres.

En effet, les adhésions individuelles, sans groupements réguliers des actions et des ressources, ne constituent à proprement parler pour la Ligue que des espérances. Ce sont des matériaux de construction dont Tusage est nul tant qu'il ne sont pas mis en œuvre. Ceux qui me demandent en ce moment à quoi sert la Ligue, avec ses 5000 adhérents bientôt, doivent bien se dire que cette première année a été une année de préparation purement et simplement. Voici les premiers matériaux rassemblés, et c'est quelque chose après tout : il s'agit maintenant de les mettre en œuvre.

Il est bien entendu que c'est affaire aux adhérente eux-mêmes dans chaque localité. Le soin

en revient tout naturellement à ceux qui ont fait circuler les listes enregistrées jusqu^à présent ; mais, à leur défaut, Pinitiative appartient de droit à qui voudra la prendre. Chacun peut retrouver, sans un grand travail, les nom et adresses de ses co-adhérents : ils sont imprimés dans les bulletins. Ten tiens d^autres exemplaires à la disposition de ceux qui auraient égaré les leurs.

Rien n^est plus simple que la marche à suivre pour se constituer en cercle régulier. L'on peut prendre exemple sur ce qui s'est fait à Metz, au mois de juin dernier. La Ligue y comptait alors 130 adhérents. Les promoteurs du mouvement demandèrent au Préfet de la Moselle, M. Paul Odent, Tautorisation de les réunir, autorisation qui leur fut accordée sur-le-champ. On nomma dans cette réunion un comité et Ton convint d'un projet de statuts en 12 articles qui fut présenté à l'approbation préfectorale. Avant la fin du mois, le Cercle Messin se trouvait régulièrement cons-* titué,

Aujourd'hui il possède une bibliothèque de près de 1000 volumes, dont de ses membres, ouverte depuis le 11 août dans un local loué par le Cercle au centre de la ville, et dans lequel il vient de commencer des cours, don le progromme embrasse l'ensemble de l'enseignement universitaire (1), moins le grec et le latiii.

Les membres du Cercle sont seuls admis à profiter de la bibliothèque et des cours ; mais le

Le Lycée de Metz a mis à la disposition des professeurs du Cercle son laboratoire et ses salles pour les cours de physique et de chimie.

chiffre de la cotisation annuelle étant facultatif, les portes demeurent grandes ouvertes à tous ceux qui veulent sMnstruire, et qui sont là chez eux, avec droit de vote dans les assemblées générales, et accès au comité, au même titre que les autres membres.

Le Cercle Messin me parait un type à proposer aux autres cercles de la Ligue. Ses statuts ont déjà été adoptés, avec des modifications sans importance, par les adhérents de Dieppe. Ils ont été soumis au groupe de Reims qui comptait, il y a plusieurs mois, 239 membres, et vont servir de base à la constitution du groupe nouveau qui s^organise à Nancy. Ceux qui pensent sérieusement à remplir rengagement quUls ont pris en entrant dant la Ligue feront bien, je crois, de s'adresser au président du Cercle, M. Vacca, professeur de sciences au Lycée de Metz, pour avoir communication du bulletin publié le i^' octobre. Ils y trouveront, avec Thistorique du Cercle, tous les détails d'administration et de réglementation intérieure, dont la perpective effarouche trop souvent les novices en fait de société ; et comme tout cela fonctionne au grand air, avec Tagrément formel des autorités de la Moselle, on est en droit d'admettre qu'il en sera de même dans les autres départements.

A Paris, où se trouve aggloméré plus du cinquième des adhérents de la Ligue (1087), l'organisation semble rencontrer des difficultés bien plus grandes, parce qu'on sô demande comment faire un seul groupe de tant d'individualités si diverses à tous les points de vue„ quelle direc-

314 LE PROJET D^ÉTÀBLISSEMEiTT DE LA UGUE

tion commune leur faire accepter, quelle œuvre choisir pour leur être proposée.

L^action, eu effet, ne parait guères plus facile à centraliser dans Paris que dans la France entière, dont il est la représentation en racourci. Aussi bien ne faut-il pas y songer.

La cohésion ne peut s^établir là entre les éléments épars qu^en les associants d^abord par petits groupes homogènes, se taillant chacun sa besogne, etrccrutantautourd^eux, pour leur compte, de nouveaux membres, sauf à ceux qui se trouveront agir dans le même sens à s^entendre plus tard pour agir de concert.

C^cst ainsi qu^a procédé un des premiers et des plus actifs adhérents de la Ligue, M. Vauchez, qui a le n^ 8 sur la liste générale. Le groupe, dont il a entamé de son chef l'organisation, dont M. Flammarion, le savant et populaire astronome, a accepté la présidence, compte d/^jà 1 17 memqui ont souscrit entre eux tous pour une somme annuelle de 449 fr. 50. L^œuvre choisie par eux est la propagande du mouvement dMnstruction en province, et, pour première tentative, offre a été faite au maire d^une commune du Jura d^un concours pécuniaire pour aider à rétablissement d^une bibliothèque et d^un cours d^adultes, et faire admettre gratuitement les enfants pauvres à Pécole : je ne veux pas nommer la commune, parce que le maire n^a pas répondu. C^est un échec qui se renouvellera plus d'une fois, j'en avertis d'avance ceux qui se donneront une tflche du même genre; mais des hommes sincèrement dévoués ne se découragent pas pour si peu, et

les résultats qu^on finît toujours par obtenir dédommagent suffisamment des démarches qui ont échoué. II y a beaucoup de bien à faire en s^engageant dans cette voie-là. S^il convenait à une partie des adhérents de Paris de se joindre à ce groupe qui est en instance pour arriver à Texistence légale, son siège provisoire est chez M. Delanne, 319, rue Saint-Denis.

M. Jean Petit, Pun des trois par qui a commencé la Ligue, lequel était parvenu, Phiver dernier, à créer dans son village d^Àubouix (Creuse) une bibliothèque de 180 volumes, a entamé aux Ternes (1) cette année, pendant sa saison de travail, comme tailleur de pierres, la formation d^un groupe tel qu^il devrait s'en établir sur tous les points de Paris.

Avec six camarades, il a réuni 49 francs qui , ont servi à acheter les livres d^une bibliothèque commune, point de départ d^une de ces sociétés ouvrières d^instruction dont PAllemagne est couverte à Pheure qu'il est. — Je rappellerai k ce sujet aux adhérents de la Ligue, qui ont été recrutés dans les ateliers de Paris, Pexistence du registre que je leur signalais dans le 3* bulletin, et sur lequel deux colonnes sont ouvertes, Pune pour ceux qui veulent s'instruire, Pautre pour ceux qui s'offrent à enseigner : il a été déposé à la Librairie, des Sciences socialesj 13 rue, des St-Pères. On aurait bientôt fondé dans Paris, des sociétés ouvrières d'instruction en mettant ce registre en activité de service.

(1) 52, boaleTard Gourion St-Gyr.

316 LE PROJET D^ÉTABLISSEHEXT DE LA UGUE

M. Léon Walras {n9 206) est entré d^une façon tout-à-fait sérieuse dans cette voie féconde où rAUemagnc nous a si largement devancés. Il a fondé, de concert avec Emile Lebreton, Hochu et quelques autres travailleurs, le Cercle des as^ socialions coopératives de Paris^ qui a déjà tenu une première réunion générale, qui a ses statuts, son local tout prêt, et qui n^attend plus pour entrer en exercice qu'une autorisation dont il n^a aucun sujet de douter. Il y aura là un centre tout indiqué. On peut se renseigner auprès de M. Léon Walras, à la Caisse d'escompte des associaiions populaires^ 141, rue St-Martin (1).

Enfin mon ami Charles Sauvestre, le champion de tous les jours de la cause de Pinstruction populaire, m'annonçait ces jours-ci son intention de convier les adhérents parisiens de la Ligue à fonder avec lui une société d'appui pour l'enseignement laïque dans le département de la Seine. C'est là une œuvre utile entre toutes, à laquelle peuvent venir se rallier d'eux-mêmes tous les ligueurs qui en reconnaîtront l'importance, et qui en ralliera bien d'autres, le premier -noyau une fois formé.

On le voit, les moyens ne manquent pas d'uti- ■ ■ ■ 'm- • • ■

(1) Les n«* du Travail du 30 septembre et du 31 octobre (librairie des auteurs et compositeurs, iO rue de la Bourse) coalieaaent deux articles excellents sur les Cercles populaires, de «Victor Somer, qui les proclame à juste titre « les plus puissants leviers du progrès intellectuel et moral » dans les classes laborieuses. Nous y renvoyons ceux des lecteurs de ce rapport que la question peut intéresser.

1UPP0RT SUR LA PREMIÈRE ÂNMËE 317

liser les bonnes volontés qui se sont produites ; mais il faut pour cela que les hommes d^initiative ne craignent pas de se produire à leur tour^ et quHls provoquent résolument autour d^eux les premiers groupements, sans s^inquiéter du nombre, ni des ressources au début. M. Léon Walras, avec ses amis, ou bien, qui sait ? M. Jean Petit et ses six compagnons, avec leurs 49 francs de livres, ont jeté peut-être, à Paris, les bases d^une société appelée à rivaliser un jour avec cette grande société ouvrière de Berlin, quis^était déjà, il y a plusieurs années, construit un bâtiment de près de 300.000 francs, où les premiers professeurs de PUniversité viennent enseigner devant des auditoires de 1500 personnes. Si ce n^est pas ces groupes-là, il y en aura d^autres. Paris vaut bien Berlin, jusqu^à présent du moins.

Au surplus, Pœuvre qu'il s'agit d'accomplir en ce moment, ce n'est pas seulement d'organiser en société ceux qui ont donné leurs noms à la Ligue, c'est encore, et surtout, de lui rallier les sociétés d'instruction, déjà tout organisées, qui s'étaient formées avant elle, comme aussi celles qui se forment spontanément, tous les jours, dans le même but.

Il se fait dans le pays depuis quelques années un mouvement d'instruction populaire que les indifférents seuls peuvent méconnaître, parce qu'ils ne s'en occupent pas,-'et que nul ne saurait comprimer, dans Pétat actuel des choses, soutenu officiellement qu'il est par le vaillant ministre qui vient de faire appel lui-même à la

318 LE PROJET D^ÉTABUSSEMEirr DE LA UGUE

libre initiative des citoyens pour réaliser deux progrés de premeir ordre, rétablissement des bibliothèques publiques dans nos villages, et de renseignement secondaire de^ jeunes filles dans nos villes. Il importe que tous ceux qui sont entrés de leur personne dans ce mouvement, quelle que soit leur manière de voir sur le reste, se donnent la main d^un bout du pays à Pautre ; quMls puissent prendre des rendez-vous pour se voir, ce qui est toujours bon, et se communiquer mutuellement ce qu^ils ont fait, ce qu^ils veulent faire ; qu^ils soient mis en relations constantes et réciproques par un organe à eux, exclusivement consacré à la question qui les réunit, et ne sachant rien de celles qui les séparent. C^est ainsi seulement que la guerre à Tignorance prendra un caractère véritablement national, et qu^elle finira par enrôler sous ses drapeaux toutes les énergies honnêtes et convaincues, dont beaucoup se croient impuissantes parce qu^elles se sentent isolées. Elles s^étonne-* ront de se trouver si nombreuses quand elles se verront réunies.

Là est le but capital de la Ligue, sa raison d^étre, son utilité palpable. Ceux qui Pauront compris les premiers le feront comprendre ensuite aux autres.

Il n^y a pas eu jusqu^à présent de démarches sérieuses à faire auprès de sociétés constituées pour les faire entrer dans la Ligue qui n^a pas encore d'existence légale. Quelques-unes cependant ont devancé Pappel et se sont présentées d'elles-mêmes.

Ce sont :

La Société pour la propagation des connais^ tances lUileSj à Moulins (ÀlUcr) n^ 1047.

La Société de la Bibliothèque populaire de la vallée d'Aure (Basses-Pyrénées) n? 1113.

La Société de la Bibliothèque populaire de Roanne (Loire) n^' 2114.

Le Cercte des AnUs de Finstruction à Mazamet (Tarn) n' 4076.

La Société des Amis de rinstruction primaire à Meillonnas (Ain) n« 4164.

Beaucoup d^auires, dont Padhésion collective suivra sans aucun doute Papprobation donnée à nos statuts, sont représentées déjà sur nos listes.

V AsiociationphilomaJthique de Bayonne par son secrétaire, M. le D' Delvaille, n' 31.

La Société philomathique de Bordeaux^ par le directeur de ses cours d^adultes, M. Schrader, n^ 52.

La Société des Bibliothèques communales du Haut'Rhin^ par son président, M. Jean DoUfus, n« 109, et une partie de son Comité.

La Société des Bibliothèques communales de V arrondissement de Montbèliard^ par sou président, M. Bouthenot-Peugeot, n« 121.

La Société des Bibliothèques populaires et communales de laSomme^ par son secrétaire, M. Frédéric Betit, n« 163, et son vice-président, M. Auguste Decaieu, n* 4123.

VAssociation des Amis de ^instruction^ à Montreuil-sur-mer, par son président, M. Victor Jeanvrot, n'213«

Lsi Société d'instruction primaire du Rhône ^ par son président, M. Humbert Valois, n*" 511.

La Société des Bibliothèques de la DrômCj par son secrétaire, M. Coueslant, n« 638.

La Société de la Bibliothèque et des Cours pupu^ îaires de Ntmes^ par ses principa\ix membres^ n»« 904 à 919.

La Société de la Bibliothèque populaire de Toulon^ par son secrétaire, M. MargoUé, adjoint au maire de la rille, n» 1288.

V Association Nantaise pour la propagation de l'enseignement professionnel^ par son président, M. Leioup, m 1354.

La Société de la Bibliothèque populaire de Lunéville (Meurthe), par son secrétaire, M. le D' Tony- Saucerotte, n* 1406.

La Société des Bibliothèques scolaires et com-^ munales de la Lozère^ par son vice-président, M. Théophile Roussel, n* 2996.

La Société de la Bibliothèque populaire de Jallieu (Isère) ^ par son secrétaire, M. Perrégaux, n« 2999.

La Société des Bibliothèques populaires de la Charente, par son président, M . Bonniot, n*" 4077.

La Société des Bibliothèques communales de l'AisnCj par son secrétaire, M. Baillet, n« 4134.

La Société d* Instruction mutuelle du Havre^ par son président, M. Rispal, n*" 4159^ et son biblio* thécaire', M. Pain, n» 4260.

M. Auguste Perdonnet, le président de la célèbre Association polytechnique de Paris, Thomme de bien dont les amis de Pinstruction populaire ne peuvent prononcer le nom qu^vec

douleur et respect, m^avait envoyé son adhésion à la Ligue, et son nom est inscrit au n*" 1407 de la liste. C'est un sûr garant de Tentrée dans la Ligue de la Société qu'il avait fondée et quUl dirigeait depuis tant d'années.

La Société coopérative V Universelle j à Valence (Drôme), a fourni à notre deuxième bulletin toute une liste d^adhésions, où elle figure elle-même avec son directeur, M. Frandon, ses administrateurs, MM. Moulin, Emblard et Vasseur, et ses magasins coopératifs. On peut la considérer aussi, malgré son titre spécial, comme une Société d^instruction, puisqu'elle étabfit dans tous ses magasins des Bibliothèques à Pusage des consommateurs. C'est ce que vient de faire également à Saint-Etienne la Ruche du Midij une autre Société de consommation, dont le gérant, M. Reynard, esf inscrit au n* 32 il, et il y a là tonte une catégorie de Sociétés qui arriveront forcément, par la pente naturelle des choses, à devenir des Sociétés d'instruction aussi bien que de coopération, et comme telles à prendre rang dans la grande Ligue nationale.

Deux Sociétés de Crédit mutuel de Paris, n** 1877 et 1878, ont si bien reconnu le rapport intime qui relie les deux mouvements l'un à l'autre, qu'elles ont affecté, lors de la dernière répartition, une partie des bénéfices réalisés à la propagande de la Ligue. Delà à en consacrer quel*que chose aux intérêts de l'instruction de j leurs membres, il n'y a qu'un pas à faire, et ce pas, on le fera très-certainement, et là, et ailleurs.

La Société de Secours mutuels de Meillonnas,

322 LE PROJET D^ÊTàBLBSëMENT DE LA LIGUE

figure sur notre liste à cAté de cette Société deê amis de Cinsiruciion primaire^ citée tout à rheure, laquelle est sortie de son sein. Au fur et à mesure que les Sociétés de Secours mutuels comprendront que Pignorance est aussi une maladie, elles la feront entrer en ligne de compte dans leurs prévisions d^assistance sociale, et deviendront, par le fait, des Sociétés d^instruction, ou bien elles en engendreront, comme à Meillonas, ce qui revient au même.

Et pour clore cette énumération de tous les groupes parmi lesquels la Ligue est appelée à recruter ses éléments, la Fanfare des Aciéries dWnieiix (Loire), n** 4124, m'a envoyé son adhésion au nom de ses deux commissions, de Musique et de Bibliothèque. Quand on est arrivé à se grouper pour apprendre la musique, le désir du reste est facile à venir, et facile aussi à satisfaire.

Le champ de récolte de la Ligue est certes assez vaste. Je ne la vois pas menacée d'un travail de poursuite dans le vide, comme on a voulu nous en faire peur. Mais le travail sera long, il faut s'y attendre ; des années se passeront encore avant qu'elle ait atteint les proportions qu'on est en droit d'espérer pour elle. Les vrais citoyens, les seuls sur lesquels elle puisse compter, ceux qui ne travaillent pas pour euxmêmes, mais pour leur pays, ceux qui remplissent un devoir de conscience, sans aspirer à la satisfaction personnelle d'un résultat immédiat, ceux-là, bien loin de s'en décourager, y verront un motif de multiplier des efforts qui ont un

RAPPORT SUR LÀ PaEMIÉKE ANNÉE 323

avenir devant eux. Qu^esi-ce que des années dans la vie d^un peuple ?

Tout d^abord, c^esi aux membres inscrits à faire honneur à leur signature, en avisant aux moyens de passer de Pintention à Pacte. On ne devient centre d^attraction qu^à la condition de se condenser, et si nombreux que soient, à l'heure quUl est, les signataires du projet d^établissement de notre Ligue, elle restera à Fétat de nébuleuse tant quUls ne se seront pas groupés, et qu^ils ne Pauront pas affirmée par des faits.

Une affirmation, je dois le dire, bien inattendue lui est venue déjà, à la suite de la grande Exposition de Paris. Le vice-roi d^Egypte, jaloux de faire connaître son pays à la France autrement que par une exhibition de quelques mois, a fait don à la Ligue, pour être distribués à nos Bibliothèques populaires, de 500 exemplaires de VEgyple à l'Exposition universelle j un magnifique volume dans lequel, à propos des trois constructions si fidèlement pittoresques, où affluait constamment la foule des visiteurs du Champ-de- Mars, M. Charles Edmond, le commissaire général de PExposition égyptienne, à tracé avec autant de science que de talent, une triple esquisse de PEgypte des Pharaons, des Khalifes et du temps actuel. 300 exemplaires restent encore à distribuer. Tinvite les commissions de Bibliothèques populaires, qui n^ont pas reçu Pouvrage, à s^adresser à moi pour se le faire délivrer.

Ceci me rappUe un engagement dont j^ai à m^acquitter envers un des signataires de nos listes

d'adhésion. M. Larcher de Coupigny, ancien adjoint de Dieppe, inscrit au 3* bulletin, sous le n** 3671, a cru devoir revenir sur son adhésion, et m'a fait promettre de publier qu'il la retirait. Sa retraite laissait un n*» vacant sur notre liste : il a été donné à Nubar-Pacha, président du conseil des ministres du vice-roi d'Egypte. çne.

L'Egypte n'est pas le seul pays où l'on ait pris a

notre Ligue au sérieux. -rri

Il m'est arrivé de Sicile une brochure, la Lega ee i

del VinsegnamerUo^ où l'un de nos adhérents, le :: Co

D' Alfonso Giordano (n** 549), fait appel à ses concitoyens, et leur propose notre exemple à imiter, comme nous avons imité celui de nos voisins de la Belgique.

La Ligue de l'Enseignement se fonde d'elle^ même, à vrai dire, en Italie. Le rapport adressé le 31 mars 1867, au Comice agricole de Voghera, en Toscane, porte à 74 le nombre des Bibliothèques populaires soutenues par le Comice dans le premier trimestre de cette année. Des Sociétés de Bibliothéquest, dans le genre des nôtres, viennent de s'organiser pour le Milanais et la Vénétie. Une grande association qui s'est formée pour créer des salles d'asile dans les campagnes, embrasse tout le royaume et a des membres dans toutes les classes de la]société, à commencer par la famille royale et son entourage. Un lien de confédération ne tardera pas, j'en ai reçu l'assurance, à s'établir entre tous les propagateurs du mouvement, parmi lesquels la Ligue française compte deux adhérents, le D' Antonio Bruni (n* 2406), président de la Société de la

Bibliothèque de Prato, la première en date des bibliothèques populaires d^Italie, et le professeur Lnigi Luzzati, un de ceux à qui reviendra la meilleure part dans le travail de régénération sociale, qui s^entame de Pautre côté des Alpes.

Notre entreprise a eu aussi son écho en Allemagne. L^adhésion de M. Edouard Pfeiffer (n"* 220), le président de V Union des Sociétés ouvrières (Finsiruclion du Wurtemberg y et la lettre, citée dans le 3^ bulletin, de M. Lette, le président du Comité central pour le bien des classes ouvrières en Prusse^ prouvent que le sentiment de la solidarité des peuples dans le progrès y est moins absent qu^on ne Ta dit chez nous.

La Ligue Belge enfm, notre ainée, n^a pas cessé, depuis le commencement, de suivre d'un œil attentif les progrès de Pœuvre que nous essayons. Il en est fait mention dans tous ses bulletins de cette année ': son bureau tout entier s^y est rallié (2^ bulletin ) ; grâce à Paide de ses membres, les journaux de Bruxelles, de Liège, de Bruges, d^ Anvers, de bien d^autres villes encore, en ont entretenu leurs lecteurs à plusieurs reprises.

Du reste, si en un an la Ligue Belge a presque doublé le nombre de ses membres, si ses cercles se sont multipliés et déploient une activité toujours croissante, Pheureuse concurrence, qui se prépare ici pour elle, y a peut-être aidé. I Vous m'avez éperonné, • m'écrivait le 6 mars dernier, M. Charles Buis, le secrétaire et — je le tiens de ses collègues eux-mêmes, — le grand travailleur de la Ligue Belg«. fespère bien qu'il

y aura aussi un éperon pour nous de ce côté 1&.

Voici donc notre Ligue annoncée, reconnue, acclamée dans les autres pays ! Nous oe pouvons plus la laisser avorter sans un affront pour nous. Après avoir donné si clairement à entendre, par une telle afHuence de signatures, que nous voulions faire cette chose là, nous sommes engagés d^ionneur à la faire.

Un ami de Bruges, M. Ernest Discailles, m^a écrit, lecture faite de notre troisième bulletin ;

Qui affirmait que la France est morte, est bien morte à Tenthousiasme, aux grandes pensées, aux idées de solidarité et de dévouement ? Votre Ligue vient lui donner un éclatant démenti.

Le démenti ne me parait pas encore d^un état suffisant, voyant l'affaire de plus près, et il y en a d'autres. Dieu merci ! Il faut convenir pourtant que ce concours offert spontanément par tant de citoyens, que cette manifestation d'un besoin public, se produisant à ciel ouvert, sans autorisation préalable et sans l'ombre d'une entrave, depuis un an passé qu'elle a été provoquée, ont de quoi donner à réfléchir aux étrangers qui ne se font pas une idée parfaitement juste de l'éclat réel des choses dans notre pays, et qui nous croient trop facilement sur parole quand ils nous voient le vilipender devant eux, avec un luxe d'abnégation qui leur parait concluant, parce qu'aucun d'eux ne s'y laisserait aller, s'il s'agissait du sien. Us ne sont pas esclaves à ce point des impulsions de l'idée ! Autant les querelles de

supériorités nationales sont misérables, autant est légitime et sacré le sentimejit d^honneur et de dignité personnelle qui fait qu^on ne veut pas déchoir, aux yeux d^autrui, dans la personne de son pays. C^est à ce sentiment là que je fais appel auprès de ceux qui ont donné leur signature à la Ligue. Ils ne voudront pas faire dire, avec la preuve du fait, ce que j^ai entendu hasarder quand j^en ai parlé pour la première fois à Pétranger, qu^elle n^était pas possible en France.

Je m'étais décidé, le 1' novembre, en raison surtout des circonstances du moment, à ajourner rassemblée annoncée pour le 15, et j'avais envoyé à tous mes correspondants le projet de statuts qui devait y être discuté, quand j'ai reçu l'autorisation ministérielle qui m'est arrivée le 7. Elle devenait sans utilité présente, uae fois le projet de statuts soumis partout à la discussion locale : j'ai demandé la permission d'en user plus tard.

Déjà plusieurs groupes m'ont fait savoir qu'ils acceptaient sans réserves ces statuts qui ne sont autre chose que la formule en articles de l'idée de la Ligue, telle qu'elle a été posée dès le principe. Quelques acceptations individuelle me sont également parvenues. Pour régulariser le mode d'adhésion aux statuts, et me permettre de les présenter à l'approbation officielle, avec pièces à l'appui, je joins à ce rapport une feuille spéciale que je prie les adhérents de me renvoyer avec leurs noms, adresses et qualités, et les rectifications qui leur paraîtraient désirables.

Il est important qu^ils se réunissent pour en conférer ensemble dans toutes les localités où ont circulé les listes publiées dans nos bulletins. Les autorisations qui pourraient être nécessaires^ ne me paraissent pas susceptibles d^étre refusées, après celle donnée par M. le Ministre de rintérieur à Rassemblée générale, qui devait être convoquée à Paris. Je serais très reconnaissant à ceux qui présideront ces réunions, s^ils veulent bien me donner connaissance du résultat des délibérations.

Il y aura là une occasion toute naturelle d^essayer d^organiser les groupes qui ne le sont pas encore, comme aussi de présenter les nouvelles listes à ceux qui ont déclaré vouloir attendre, pour se rallier à la Ligue, qu^elle se formulât nettement. Je ne suppose pas qu^il puisse rester d^incertitudes dans Pesprit de ceux qui liront les statuts projetés.

Liberté pleine et entière du groupe dans la Ligue, et de l'individu dans le groupe.

Neutralité complète, loyalement acceptée, pour tout ce qui prête le flanc à la polémique :

Cela est clair, et Ton s^ait ce que Ton signe, en le signant.

Voici Pétat récapitulatif des situations publiées successivement dans les quatre bulletins. On pourra se rendre compte, en le parcourant d'un coup d'œil, de Pemploi des sommes qui m'ont été envoyées pour faire la propagande de la Ligue.

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