ALGÉRIE
Cercle Algérien (Bône) déc. 1868
Zeys, juge au tribunal civil 606 3.090
Cercle de Guelma 3 janv. 1869(2)
Droguet 61 525 60
Cercle deSoukAhras . 3janY. 1869(2)
Raffenaut 67 »
Cercle de la Calle. 3 janv. 1869 (2)
Bava, bijoutier 72 »
Cercle de Sétif mars 1869
Coinze, président du tribunal civil 200 2.400 Cercle de Phillippeville 10 avrU 1869
Gay, ingénieur des ponis-et-chaussées 582 3.614 50
(1) Présidence vacante. Vice-Président : Raulin, professeur à la laculté, et Saugeon, conseiller général,
(2) Ces trois cercles ont été constitués par le Cercle algérien dans sa séance du 3 janvier 1869.
Cercle de Batna 15 juia 1869
Marius Arnaud, banq. 180 1.080
Cercle de Gonstantine 28 août 1869
Lamouroux, conseiller de préfecture 210 1.850
Société de Mascara 1869
Const. Durr, fondateur 75 300
MEBBRF.S
COTISATIONS ANNURr.T.F.8
Est. . .
Nord . •
Centre .
Ouest. .
Midi . .
Algérie •
59 cercles, réunissant entre eux tous un budget connu de 78.455 fr. 05 souscrit par 17.856 membres, c^est peu, réparti sur la carte de France ; c'est beaucoup, si Ton se reporte aux origines plus que modestes de la Ligue, si Ton tient compte des incertitudes forcées de son début, des incrédulités qui ont accueilli sa prétention de n'être d'aucun parti, des inimitiés puissantes qu'elle a rencontrées.
Je ne puis m'empécherde rappeler ici, encore une fois, la réponse que je faisais dans les premiers jours aux questions, impossibles alors à résoudre, qui m'étaient posées de tous les côtés :
Quand des Settlers américains s'en vont droit devant eux à la recherche d'un établissement dans le Far- West, savent-ils toujours où et comment ils le feront? Ce qu'ils savent, c'est qu'ils sont des hommes» et qu'il y a de la terre à défricher là-bas. Allez voir dix ans après à l'endroit où ils se sont
arrêtés. Vous y trouvère* une ville dont il est bien certain qu'ils n'avaient pas le plan dans leurs poches quand ils sont partis. Elle est faite pourtant* — Ainsi se fera notre Ligue, si nous sommes des hommes.
Il parait qu^il s^est trouvé des hommes dans le pays ; car notre Ligue entre seulement dans sa quatrième année, et si l^on ne peut pas dire encore qu'elle est faite, elle se fait évidemment.
On peut suivre, en relevant les dates du tableau ci-dessus, la marche de ses progrès.
Elle a débuté par le Cercle de Chevilly, fondé spontanément dans les six semaines qui ont suivi rappel du 15 novembre 1866. Il partait d'un village : c'est un village qui a répondu le premier.
La constitution régulière du Cercle Messin^ au milieu de 1867, a été le véritable point de départ du mouvement, bien lent d'abord. Les cercles de deux villages de la Moselle, entraînés par l'exemple de Metz, et le Comité Rémois, qui attend encore l'autorisation donnée depuis à tant d'autres, forment, avec le Cercle de Saverne, le faible apport de la première année.
24 Cercles ont été fondés en 1868. L'Alsace, la Lorraine et la Normandie peuvent en revendiquer la plus grande partie. C'est aussi de cette année que datent les deux Cercles de Marseille, qui tient jusqu'à présent le premier rang dans la Ligue par le nombre de membres inscrits et le total des cotisations.
La Ligue s'est accrue de 29 Cercles en 1869, malgré la diversion faite dans les esprits par
ragitation électorale. C^ëtait une période critique pour les Cercles déjà fondés. Us Font traversée heureusement, et les entraînements, les froissements faciles à prévoir, qui ne pouvaient manquer de se produire çà et là, n^ont eu de suites sérieuses nulle part. On est en droit de penser que c'est d'un bon augure pour Favenir.
Le grand succès de Tannée est le développement inespéré de la Ligue Algérienne, qui recrutait ses premiers membres en décembre 1868, et qui tend déjà à couvrir toute la colonie de ses ramifications.
Citons aussi la constitution définitive du Cercle parisien, qui a créé un point d'appui universel aux efforts individuels dans les campagnes éloignées des cercles en activité.
Il y a une ligne qui fait tache dans Pétat récapitulatif par régions : celle consacrée au Nord, qui ne compte qu'un seul Cercle ; encore est-il seulement en voie d'organisation. Ce n'est pas assurément le dernier mot de cette riche et populeuse contrée, où il s'est fondé du reste, à ma connaissance, dans ces dernières années, des Sociétés d'instruction en dehors de la Ligue, qui font son œuvre et lui préparent le terrain.
En résumé, ce qui était le plus difficile^ ce que l'on prétendait impossible, est fait. La Ligne n'est plus une utopie ; elle a conquis son droit de cité dans le pays. A ceux maintenant qui en comprennent l'utilité, qui se sont déjà mis à l'œuvre ou se préparent à s'y mettre, à développer une
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œuvre qui ne demande plus qu^à grandir pour devenir comme la Société fondée en Hollande, il y a quatre-vingts ans, par le pasteur de Mounikendam : Une force nationale sortie d'un bienfait national.
Un assez grand nombre de renseignements me sont parvenus pendant Pimpression de ce Bulletin, et d^abord celle de la dissolution du Cercle Chfllonnais, qui s^est réuni à la Société Châlonnaise de kcture et (fenseignement^ fondée à la même époque que lui,
C^est une ligne à biffer sur notre tableau statistique. En revanche, il y en a une à donner au Cercle Strasbourgoois dont Torganisation, abandonnée depuis un an, vient d^ëtre reprise activement, et qui figure sur le certificat à Pappui de ma comptabilité quim^a été délivré le 21 février.
Une lettre que je viens de recevoir de Calais m^obligc aussi à faire une rectification en faveur de la région du Nord, si faiblement représentée sur la liste des Cercles de la Ligue.
C^cst le capitaine Farjon qui m^écrit :
Je suis fort en retard avec vous, puisque le Cer^ de de la Ligue de V Enseignement de Calais et Saint'Pierre existe depuis le 19 décembre 1869, et que sa bibliothèque est ouverte depuis le 7 de ce mois-ci. Notre Cercle, qui s'est donné pour président M. le docteur Domel, compte actuellement 250 membres, et le total des cotisations annuelles est de 1.000 francs.
. (i) Bulletinno 5, l** partie (15 février 1870).
C'est donc, actuellement, 60 Cercles que compte en tout la Liguç : et le chiffre connu de ses membres, en négligeant Tappoint du Cercle Strasbourgeois dont les listes circulent en ce moment, dépasse 18.000, celui des cotisations annuelles 79.000.
Il n'en restera pas longtemps là. Trois lettres de Beauvoisin (Gard), de Bëdarrieux (Hérault) et de la Rochelle, que j'ai reçues ces jours-ci, m'annoncent des créations de sociétés qui ne tarderont pas à venir grossir nos rangs :
Je me faiaun pMslrde voua annoncer, m^écrit M. le pasteur Draussin, qu*un nouveau cercle pour la propogation de rinstruction vient de se constituer à Beauvoisin. Le nombre des sociétaires est déjà de 37 ou 38, et le chiffre de la première souscription s'élève à 20 francs par personne. Le titre adopté par la Société est celui-ci : Bibliothèque et Cours populaires -de Beauvoisin. II ne dépendra pas de mol que notre Cercle s'empresse d'entrer dans la Ligue dont vous êtes le propagateur.
A Bédarrieux, c'est au sein de la Société coo^ pérative de panification que s'organise le groupe nouveau. « Nous aurons, m"'écrit son président, M. Gustave Massé, un local qui comprendra une ou deux salles de lecture, et une grande salle pour les lectures expliquées, les cours et les conférences, » et il fait inscrire le groupe sur la liste des abonnements à notre bulletin.
M. le d*^ Brard m'envoie l'état de la Société de la bibliothèque coopérative Rochelaise^ fondée le 5 janvier de cette année, et qui compte déjà 238 membres, avec un budget annuel de 1.328 francs. Son local est déjà prêt ; il se com-
pose dMne salle de lecture et d^une vaste salle pour les conférences.
Une bibliothèque vient de s'organiser à Rochefort, m'écrit-il, celle de Marans est en préparation. Le grain a été jeté à Saintes et à Jonzac (1).
Nous nous agrégerons certainement à la Ligue quand nous allons être un peu sortis de nos limbes*
Je viens de recevoir de M. Boufhcnot-Peugeot, le président de la Société des Bibliothèques communales de Parrondissement de Monbéliard, le compte-rendu de la troisième séance annuelle de la Société, et j^emprunte à son rapport quelques lignes qui font un contraste assez piquant avec rémulation constatée presque partout :
Un maire nous a retourné notre questionnaire en déclarant que le village de*** ne sentait pas le besoin de ce nouveau genre d'institution; la commune de*** nous a répondu par ce bout rimé :
Adonné à la culture.
Le village ne s'occupe pas de lecture.
Tai reçu également le rapport sur la Société pour la propagation de ^instruction dans le can^ ton de Châtillon-surSeine^ fondée le 2 août 1868, laquelle a 431 membres, un budget annuel de 780 fr. et possède un capital de placement^ provenant de souscriptions spéciales et se montant déjà à 1840 fr. Cette Société s'occupe particulièrement d'encourager la fréquentation des
(1) C'est à l'active propagande de M. Ernesl Brelay, riastigateur des bibliothèques de Tile de Ré, et aux conférences qu'il est allé foire de canton en canton, qu'est dû, en grande partie» ce mouvement si accentué do. la Charente-Inférieure.
écoles. Elle distribue des prix aux élèves des cours d^'adultes, et a déjà aidé les instituteurs de dix-sept communes du canton à commencer la création de bibliothèques communales.
Votre œuvre, m'écrit le rapporteur, M. le docteur Boutequoj, a eu sa part dlnfluence pour provoquer id une initiative du même genre, et noms nous sommes plus d'une fois inspirés de votre exemple.
Sur la liste des vingt cercles cités (f) comme ayant commencé la publication de leurs bulletins, il faut ajouterle Cercle Condéen, qui vient de ra^envoyer le sien, à la date du 30 décembre, et le Cercle Poni-Audemérien qui en prépare un.
Nous comptons, m*écrit M. Heutte, sur notre bulletin, qui sera un petit Manuel du Ligueur, et qui donnera, en quelques pages, une idée aussi claire que possible de ce qui se fait et surtout de ce qui peut se faire iei.
Il m'apprend en môme temps que depuis le mois de novembre, le chiffre des membres du Cercle est monté de 104 à 150, celui de son budget de 412 à 700 francs.
Le bulletin du Cercle Condéen est consacré à Phistorique de sa fondation. Il confirme les conseils donnés plus haut aux fondateurs de Cercles. C^est exactement la marche indiquée qui a été suivie.
Une lettre de Mme Dumonteil, membre du Cercle Bordelais, contient ces lignes, venues trop tard pour figurer à leur place, au chapitre des œuvres de la Ligue:
(I) Voir page 5ii
Je viens dlnaugurer, le dimanche 6 février, un cours ^e dessin gratuit pour les jeunes personnes au-dessus de douze ans, suivi d'un cours de lecture pour les daines. Je me propose de passer en revue dans ces entretiens familiers les biographies des hommes qui ont apporté quelque adoucissement à la condition de leurs semblables.
Enfin M. Raoul Duval, le président du Cercle Rouennais, m^annonce son intention de créer à Rouen un Cercle populaire sur le modèle de ceux qu^on organise en Alsace. J^ai appris d^autre part quHl était question d^en fonder à Lille et à Reims. S^il m^ëtait permis de donner un conseil aux hommes qui s^en occupent, je les engagerais fort à ne se présenter que comme auxiliaires, et à chercher d^abord parmi les intéressés ceux qui pourraient mettre ridée en tète aux autres. C^est la méthode allemande qui est ici la bonne.
VIndépendarU rémois du 17 février rend compte d^une conférence de M. Edmond Turquet, Elle a eu lieu, sous forme de réunion publique, dans le localdelaLoge à Reims, qui suffisait à peine à contenir la foule accourue pour entendre Téloquent apôtre de renseignement des prisonniers.
Le jour, a-t-il dit, où cent personnes, réunies par une môme pensée généreuse, s'adresseront à un ministre pour lui déclarer qu'elles sont prêtes à fonder une école dans la prison de leur ville, sans qu'il en coûte rien à l'Etat, il est à peu près certain qu'on leur accordera l'autorisation qu elles demanderont et qu'il serait difficile de leur refuser.
Cela parait, en effet, difficile à refuser, et
voilà une besogne toute prête pour le Comité rémois, qui n^a pu encore se faire une existence au grand air.
Puisque j^ai été amené à parler au commencemcntdece Bulletin, (1) à proposd'une délibération du Groupe Havrais, de renseignement obligatoire (2), on me permettra de reproduire, en le terminant, ce que j^écrivais, il y a deux ans. dans VOpinion nationale^ à Toccasion de Técole ouverte par M. Edmond Turquet à la prison de Yervins :
L'ENSEilGlMEn OBU6AT01RE D.iNS LES PRISONS
Quand la Société exerce ses droits les plus rigoureux sur ceux de ses membres qu'elle a jugé dangereux, II n'y a plus, je Tespère bien, à lui contester le droit qu'elle a de leur imposer rinstruction, la meiiieure sauvegarde contre le crime, quoique en disent les amis de la vertu ignorante, ou de l'ignorance vertueuse, comme on voudra.
Les statistiques officielles laissent peu de place à la controverse sur ce chapitre-là. Après avoir lu, par exemple, qu'en 186i sur 4250 accusés traduits en Cour d'assises, 142 seulement avaient reçu une instruction sérieuse, et 3596 ne savaient ni lire ni écrire, ou ne le savaient qu'à moitié, il faut fermer
(1) Voir page 501.
(2j J'apprends à l'instant qu'un Comité de propagande de l'enseignement obligatoire vient de se former à Strasbourg, et qu'il se propose de mettre en circulation dans toute la France des listes à signer à l'appui du projet de loi qui vient d'être déposé à cet eftet. Ceux qui seraient disposés à s'associer à ce mouvement, sont invités à se meUre en rapport avec M. S^hm'^egans, rédacteur du Courrier du Bas-'Rhin, à Strasbourg,
les yeux avec Tobstination du parti-pris pour ne pas voir la corrélation profonde, indéniable, qui existe entre l'instruction et la moralité.
Remplissez les écoles, disait un jour M. jDuruy, ^ vous viderez les prisons.
Les prisons pleines, il reste encore un moyen, c'est d'en faire des écoles. Elle deviendront ainsi ce qu'elles devraient être depuis longtemps, des maisons de santé morale où la Société mettra ses malades en traitement. Le meilleur traitement c'est d'aller à la source première du mal. Sans prétendre attribuer une efficacité absolue aux travaux forcés de l'école, qui malheureusement viendront trop tard actuellement pour plus d'un, on peut affirmer hardiment qu'ils en guériront beaucoup, et que ce bagne-là aura moinQ de chevatios de retour que l'autre.
Que si l'horreur de l'obligation, en fait d'école, va jusqu'à laisser la liberté de l'ignorance a ceux que l'on a déclarés déchus de toutes les autres, qu'on leur donne au moins la faculté de s'instruire, s'ils consentent à diminuer le danger en permanence que fait courir à la Société leur manque complet de culture d'esprit. Qu'on fasse de l'école de la prison, une institution en règle, et puisqu'il n'y a rien d'inscrit au budget de la justice, en prévision d'un service oublié par nos législateurs, qu'on demande, pour commencer, des hommes de bonne volonté. Il s'en trouvera, sans aucun doute, et les résultats qu'ils obtiendront les paieront amplement de leur peine.
Je n''en veux pour preuve que les lignes suivantes, d'aune lettre que je viens de recevoir de M. Edmond Turquet, procureur impérial à Vervins (1).
J'ai ouvert un cours d'adultes à la maison d'arrêt
(1) Celte lettre est datée du 23 décembre 1867.
de Vervins, ou j'ai trouvé parmi les détenus une proportion effrayante d'illettrés. Chaque soir je vais passer une heure avec nos malheureux condamnés ; je leur apprends à lire et à écrire» et je leur fais des lectures morales et .instructives. Si vous voyiez comme tous ces pauvres gens sont heureux et reconnaissants, comme ils se montrent désireux de s'instruire 1 II y a là un bien énorme a faire, et je n'ai point hésité.
M. Edmond Turquet est- membre de la Ligue de PEnseignement, un de ceux qui s^y sont ralliés les premiers et qui Font prise le plus à cœur. C'est en qualité de ligueur, qu^il s'est imposé une tftche qui lui est bien douce, comme on voit que d'autres ligueurs accepteront aussi quand on le voudra. La généreuse initiative que vient de prendre le procureur impérial de Vervins profitera à d'autres prisonniers que les siens, il peut s'en tenir assuré. En attendant que son exemple fasse loi, de par décision supérieure, ce qui arrivera tôt ou tard, j'ai cru devoir le signaler à tous ceux qui ont autorité sur les prisons et qui peuvent l'en croire sur parole quand il dit : H y a là un biefi énorme à faire...
LE CERCLE ROUENMAIS (1)
C^est en général devant les difficultés du commencement qu^on demeure arrêté le plus longtemps. Il n^est pas ici de conseils qui puissent valoir l'exemple de la chose faite : voici comment s^y est pris pour commencer M. Yiénot, Porganisateurdu Cercle rouennais.
Il a convoqué chez lui, le 31 avril, par lettres personnelles, et en Pannonçant d^avance dans les journaux du pays, une réunion des adhérents de la Ligue à Rouen. Une quarantaine environ ont répondu à son appel — on peut commencer à moins — et après une conférence de deux heures, dans laquelle tous les avis ont eu largement le temps de se produire, la pièce suivante, qui pourra, je crois, servir de modèle ailleurs, a été signée par les personnes présentes.