‹ Les origines de la religionChapitre 182 sur 219 · VII. — ANNA-DIDON · texte numérisé non relu

VII. — ANNA-DIDON

mination énéenne d’Adr-An que Saturne était universellement adoré comme Dieu national. D’après d’autres traditions, ce fut Ninus, le même, du reste, que Bel et Cronos, qui, abandonnant son épouse Sémiramis, encore une Rhéa, s’en alla fonder dans les îles et dans tout l'Occident !, jusqu'aux colonnes dites ultérieurement d’Hercule?, les établissements où s’est conservé le souvenir de Saturne. Quant aux colonisations qui ont eu pour guide une archigète féminine, elles sont parties de Sidon, où Sanchoniaton dit qu’Astarté s’embarqua, « pour parcourir toute la terre » : celles qui partirent de Tyr, sous la conduite de Melkarth ou Hercule, furent tout à fait les dernières et appartiennent à l’histoire. Mais, comme nous le disions plus haut, ces colonies n’ont guère fait que se succéder les unes aux autres, de sorte que, là où l’on place un établissement tyrien, on peut être à peu près sûr qu'il y a déjà eu anté-

rieurement un établissement astartéen, celui-ci ayant assez .

souvent lui-même succédé à quelque chose de purement cronien. |

Il y aurait donc déjà, dans ce que nous venons de dire, de grandes présomptions en faveur de la thèse qui fait remonter à Astarté et même à Baal l’ancien établissement carthaginoiïis de la sidonienne Didon, la fille de Belus. Des faits plus précis compléteront la preuve. Philistus, l’historien de la Sicile, et, après lui, Appien et les chronographes ecclésiastiques reculent la fondation de Carthage jus-

qu'à près d’un demi-siècle avant la ruine de Troie, ce qui,

en plaçant à l’an 1183 la prise d’Ilium parles Grecs, ne nn

vant la chronologie d’ Ératosthène, porterait vers la der

1. Excerpta barb, dans le Theausaurus temp. de Scaliger, p.67: Ninus condidit Niniven, civitatem START Uxor autem ejus Se-

miramis fuit,. . . quam Ream vocaverunt..…., Iste quidem, relinquens uxori TE Occidentis partibus veniens imperavit.

2. « On les appelait primitivement les colonnes de Cronos », dit le Scholiaste de Denys Periégète, v. 64.

nière moitié et près de la fin du treizième siècle avant J.-C, la fondation en question. Cette date concordant avec la prise de Sidon par les Philistins et la dispersion de ses habitants, dont une partie se réfugia à Tyr et l’autre dans les différentes colonies, il ne serait pas impossible que la cité carthaginoïise ait dù à l’arrivée des immigrés: sidoniens, sinon sa fondation première, du moins une organisation analogue à celle que la partie réfugiée à Tyr apporta à cette ville, dont la prospérité date précisément de ce temps-là. De toutes façons, si Carthage a été considérablement agrandie, au 1x° sièele, par les Tyriens, de qui elle reçut son nom de Ville-Neuve ! par opposition, évidemment, à quelque chose qui existait déjà, la vieille ville, autour de laquelle la nouvelle se groupa sous forme de magalia ou faubourgs, était incontestablement astartéenne, par conséquent sidonienne. Georges le Syncelle dit, du reste, positivement, d’après quelque ancienne autorité, que Carthage, dont le premier nom était autre, « fut accrue » par une colonie de Tyriens, à la tête desquels se trouvait un nommé Karchedon ?. Or, au centre de la vieille ville ou Byrsa, était le temple d’Astarté: car, bien que les auteurs latins disent que ce sanctuaire était à Junon, par suite de l’analogie établie entre la fille de Saturne et celle de Belus, nul doute que par Junon il ne faille entendre ici l’archigète sidonienne :

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