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LES ORIGINES DE LA THÉORIE DE L'ÉTIER

Cest par le grand nombre de heurts réitérés que la matière subtile donne l'illusion de transformalions continues. En réalité, pour un observateur dont les sens seraient beaucoup plus fins que les nôtres, elle présenterait un spectacle identique à celui ‘du monde mécanique : partout des translations et des rotations de solides invariables, jamais une dégradation continue des vitesses ou des efforts.

En second lieu, la malière subtile cartésienne ne sert jamais de véhicule à la force, mais seulement au « mouvement ». Il suffit de lire la théorie du magnétisme ou celle de la pesanteur, telle que la présentent les Principes, pour se convaincre que la matière subtile n’est jamais conçue par Descartes que comme un engrenage cinématique. C’est parce que certaines parties grossières de la matière engrènent avec d'autres plus petites, celles-ci avec d’autres et ainsi de suite, qu’une transmission du « mouvement », c’est-à-dire de la vitesse, est possible dans l'univers. Mais dans cette transmission la matière subtile joue un rôle purement instrumental. C’est par elle que certains mouvements peuvent être augmentés ou diminués dans un rapport donné, c'est par elle que la quantité d'action émanée d’un centre matériel peut atteindre un autre centre matériel, mais jamais cette matière n’est le siège de forces, jamais elle ne produit par elle-même d’actions.

Les théories de l’éther supposent au contraire que le fluide hypothétique remplissant l’univers transmet non seulement le mouvement, mais la force. Il y a plus, dans les théories modernes comme celle de Maxwell ou de Herz, c’est l’éther qui par ses tensions est la véritable source de l'énergie physique. Cette énergie se répartit ensuite à la surface des corps matériels ou pénètre à leur intérieur de façon à affecter nos sens. Il n’en est pas moins vrai que ces corps matériels ne sont pas la véritable origine de la force. Celle-ci préexiste dans un milieu invisible, sous forme potentielle ou virtuelle, et les corps visibles qui limitent ce milieu sont seulement une occasion pour elle de se manifester. En d’autres termes le rôle de l’éther n’est pas simplement de servir d'organe de transmission pour des propriétés cinématiques. Il est le réceptacle d'actions dynamiques, qu’il peut suivant les cas emmagasiner ou propager. Assurément la théorie de l’éther n’a pu prendre dès le

début la forme précise que lui donnent Maxwell ou Helmholtz. Mais dès le début elle s’est opposée au mécanisme superficiel de Descartes. Il a été entendu que l’éther devait non seulement posséder la mobilité, mais l'énergie qui met les

corps en mouvement. Pour rester fidèle au vocabulaire phi-'

losophique du xvn° siècle, on dira que l’éther a été conçu dès d'abord comme la cause efficace des actions matérielles, et non pas seulement comme leur cause instrumentale.

C’est pour cette raison que les Cartésiens sont demeurés obstinément hostiles à l'introduction dans la physique de fluides immatériels. Sur ce point ils étaient d'accord avec les Gassendistes, leurs ennemis ordinaires. Les uns et les autres se refusaient à admettre qu'en dehors de l’étendue ou des atomes püt exister « quelque chose » d'objectif, un milieu où se propagent autrement que parle choc des actions physiques. C’est ainsi que Huyghens, et plus tard Bernouilli chercheront, même après le succès de la physique newtonienne, à revenir au choc des corpuscules comme à l'unique explication positive. Parmi les atomistes, le géomètre Lesage reprendra la tentative de Fatio de Duillers, et cherchera à déduire l'attraction newtonienne elle-même de la cinématique des corps solides. Leibniz et Malebranche, à l'époque où écrit Newton, considèrent comme absurde l'hypothèse d’un éther impondérable et veulent fonder sur la mécanique rationnelle tout ce que nous pouvons savoir de la physique. On voit que l'hypothèse de l’éther n'était pas, à l’époque de Newton, celle qui était le plus en faveur dans la science, et, même après que Newton aura expliqué dans quel sens on peut l'utiliser, il restera des adversaires irréductibles qui se refuseront à suivre sa trace. Si Newton a fait dans sa physique une place restreinte, mais réelle, à la

théorie de l’éther, ce n’est donc pas par imitation de ce qui se:

faisait autour de lui. Gela tient à ce que la physique atomistique présentait pour lui des vices irrémédiables, que le cartésianisme n’avait pas su éviter.

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