‹ Les origines de Nôtre-Dame-de-CharitéChapitre 34 sur 34 · C. Albanus · texte numérisé non relu

C. Albanus

Pour mémoire à perpétuité. Ayant appris qu'en l'Église du Monastère de Notre- Pf?V^~^^'^'^"'*^^ Caen, évêché de Bayeux, il y a une pieuse et dévote Confrérie de fidèles Chrétiens, canoniquement érigée ou à ériger sous l'invocation des Sacrés Cœurs de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de la Glorieuse Vierge Marie pour toutes sortes de personnes de quelque condition qu'elles soient, dont les Confrères et Sœurs ont coutume d'exercer plusieurs œuvres de piété et de charité ; afin que cette Confrérie s augmente déplus en plus. Nous, appuyé, sur la Miséricorde du Tout-Puissant et

fut pas complète, car Mgr de Nesmond ne voulut permettre d'enrôler dans cette confrérie que les personnes vivant dans le couvent. Mgr de Loraine, son successeur, malgré son ardeur à répandre et à protéger le jansénisme, fut beaucoup plus large ; par une heureuse contradiction avec ses doctrines qui combattaient le

sur Tautorité des Bienheureux Apôtres S' Pierre et S' Paul, Accordons méséricordieusement en Notre-Seigneur à tous les fidèles chrétiens de l'un et l'autre sexe, qui entreront en ladite Confrérie, s'ils sont vraiment pénitents et qu'ayant confessé leurs péchés ils reçoivent le S' Sacrement de l'Eucharistie le i"'" jour de leur entrée. (Indulgence plénière).

Et aux mêmes Confrères et Sœurs qui sont ou seront reçus en ladite Confrèr e, à l'article de la mort de chacun en particulier, s'ils sont vraiment pénitents et qu'ayant confessé leurs péchés Ils aient reçu la S'^ Communion, ou au cas qu'ils ne puissent satisfa're à ces choses, étant contrits, ils invoquent dévotement de bouche s'ils le peuvent, ou au moins de cœur le S' Nom de Jésus. (Indulgence plènière.)

Nous accordons encore aux mêmes Confrères et Sœurs, qui sont enrôlés en ladite Confrérie, lesquels véritablement pénitents, confessés et communiés, visiteront tous les ans, l'Eglise, Chapelle ou Oratoire où est établie ladite Confrérie, le vingtième jour du mois d'octobre, depuis les premières vespres, jusqvi'au soleil couché dudit jour, y priant Dieu dévotement pour l'union entre les Princes chrétiens, pour l'extirpation des liérésies et exaltation de notre Mère 'a S'^ Eglise. (Indulgence plènière )

De plus, nous accordons aux mêmes Confrères et Sœurs, vraiment pénitents, confessés et communiés, qui visiteront la même Eglise, Chapelle ou Oratoire, le S'' jour du mois de février et trois autres jours de l'année, soit fête ou non fête ou Dimanche qui seront choisis par les Confrères, et approuvés de l'Ordinaire, lesquels étant une fois choisis et approuvés ne se pourront plus changer; et dans lad. Eglise prieront dcA'otement comme ci dessus, chaque jour qu'ils accompliront ces choses. (Sept ans d'indulgence et autant de quarantaines.)

Toutes les fois que les dits Confrères et Sœurs assisteront aux messes et autres offices divins qui se célébreront et réciteront dans la dite Eglise, Chapelle oit Oratoire, Qu'ils se trouveront aux Assemblées publiques ou particulières qui se feront pour le bien et utilité de la dite Confrérie, en quelque lieu qu'elles se fassent ; Qii'ils logeront les pauvres ; Qii'ils termineront les différents et procureront la paix et réconciliation entre les ennemis ; Qu'ils assisteront à l'inhumation des défunts, tant des Confrères et Sœurs de la dite Confrérie que des autres ; Qu'i's accompagneront les processions qui se feront avec permission de l'Ordinaire, ou accompagneront le S' Sacrement, soit qu'on le porte aux malades ou autrement, ou s'ils ne peuvent y aller, entendant le signal de la cloche, pour ce sujet, ils disent une fois l'Oraison dominicale et la Salutation Angélique : Qii'ils réciteront cinq fois le Pater et Ave pour le repos des âmes des défunts Confrères et Sœurs ; enfin toutes les fois qu'ils ramèneront quelqu'un à la voie du salut : Qu'ils enseigneront aux ignorants les commandements de Dieu et ce qu'il faut savoir pour se sauver : Qii'ils pratiqueront quelqu'autre œuvre de piété et charité, nous leur remettons pour chacune de ces œuvres autant de fois qu'il les pratiqueront, soixante Jours des pénitences qu'on pourrait leur enjoindre ou qui leur seraient dues en quelque manière que ce soit.

Les présentes accordées pour valoir à perpétuité. Mais nous voulons que si quelqu'autre Indulgence pour toujours ou pour un temps qiTi ne soit pas encore expiré, a été accordée aux Confrères et Sœurs qui feront toutes les choses ci-dessus ; les présentes soient nulles et que si "adite Confrérie est déjà unie, ou se fait unir à l'avenir à quelque Archiconfrérie ou qu'il se rencontre que' qu'autre défaut, les premières et toutes les autres lettres Apostoliques ne leur puissent servir, mais que dès là elles soient nulles.

Donné à S'" Marie Majeure sous l'anneau du pêcheur le dix Novembre mil six cent quatre-vingt-dix-neuf, et de notre pontificat l'an neuvième.

Cardinal Albanus.

Et au pied dud. Bref d'indulgences est écrit l'Approbation de son Altesse Mgr de Loraine en ces termes :

Nous avons vu et approuvé le présent Bref d'indulgences à perpétuité ; avons permis de le publier pour l'avenir selon sa teneur, et avons approuvé pour gagner les trois indulgences de sept ans et sept quarantaines dont les jours sont laissés au choix des Confrères, les fêtes de l'Annonciation, Conception et Assomption de la Glorieuse Vierge Mar'e.

L'an de Notre-Seigneur, mil sept cent vingt, le dix juin.

Françcis-Armand de Ioraine.

Kvêiuî (1:; Bayjux.

culte des Sacrés Cœurs, il permit facilement d'inscrire toutes les personnes qui le désireraient.

Aujourd'hui le respect et l'amour des aumôniers pour tout ce qui touche aux anciennes traditions, les poussent à profiter de tous les moyens pour donner une nouvelle vie à cette antique confrérie.

La mort enleva en 1696 M. l'abbé Heurtant, qui depuis neuf ans exerçait dans le couvent les fonctions d'aumônier. Il mourut en odeur de sainteté, et fonda plusieurs messes dans la chapelle. Son esprit de religion était fort remarquable ; aussi tenait-il beaucoup à la bonne exécution du chant. Souvent il faisait assembler la Communauté pour le lui enseigner; elle lui a dù ainsi pendant longtemps la solennité et la piété de ses offices.

Il fut remplacé, pendant quatorze ans, par M. Coquerel, prêtre très propre à ces fonctions. Par malheur, pendant les dernières années qu'il les remplit, il tomba dans le scrupule, et sa direction éloignait les Sœurs de la fréquentation des sacrements. La Mère Marie de Saint-Isidore Hellouin fut amenée à consulter à ce sujet le P. Hérambourg, alors vicaire général de Coutances, et le premier historien du V. P. Eudes. Ce Père, si versé dans les matières ascétiques, lui donna une décision parfaitement en rapport avec la doctrine de S'" Thérèse, et lui dit : « Un confesseur vicieux serait en quelque sorte moins à craindre pour une communauté qu'un confesseur scrupuleux. »

Les Annales donnent à cette époque quelques renseignements sur les œuvres de charité accomplies dans le Monastère. Par ordre de Louis XIV, on avait dû y recevoir quatre demoiselles huguenottes. Après la fermeture du Temple, en exécution de l'édit de Nantes, ces quatre sœurs avaient ouvert chez elles un véritable prêche. Les partisans de la liberté des cultes crieront bien haut à l'intolérance en les voyant mettre dans un couvent pour la violation de cet édit, mais avant d'accuser le roi, il faut oublier les crimes abominables des protestants, les ruines qu'ils ont amoncelées en France, et surtout les exemples d'inexorable intolérance qu'ils ont donnés les premiers. Du reste, l'intolérance est de tradition chez toutes les sectes, et la franc-maçonnerie, cette perpétuelle accusatrice de l'Eglise, y échappe moins que toutes les autres. Les massacres, ou plutôt les boucheries révolutionnaires de 1793 et 1871 en sont la preuve, et elles sont bien son œuvre. Pour être plus hypocrite, de nos jours, elle n'est pas plus tolérante. Une foule de lois impies et scélérates le

prouvent surabondamment. Pour Louis XIV, il se proposait plus encore de défendre l'unité de ses Etats que de protéger la religion. Aujourd'hui c'est la haine même du nom chrétien qui fait agir.

Quoi qu'il en soit, ces ardentes huguenottes devinrent l'objet de bien des actes héroïques de charité. Pour obtenir leur retour volontaire à la vérité, la Communauté s'imposa des mortifications de toutes sortes. Les plus célèbres controversistes de Caen n'ayant pas réussi à les persuader^ la S'' Marie de Saint- Isidore Hellouin entreprit cette œuvre. Avant de discuter avec elles, cette fervente catéchiste passait de longues heures devant le Saint-Sacrement. Comme son œuvre n'avançait pas, elle sollicita de la Mère de Bois-David la permission de faire pour leur salut tout ce que Dieu lui inspirerait. Ayant obtenu cette liberté avec beaucoup de peine, elle s'associa neuf sœurs des plus généreuses, et toutes ensemble commencèrent une neuvaine d'effroyables mortifications, jeûnes au pain et à l'eau, disciplines sanglantes... Le dernier jour elles prolongèrent leurs prières devant le Saint-Sacrement jusqu'à minuit, et beaucoup d'autres sœurs se joignirent à elles.

Tant de zèle n'obtint qu'une conversion. Celle qui eut le courage d'abjurer racontait que souvent après les instructions, les quatre sœurs se disaient les unes aux autres : « La Mère a cependant dit vrai sur cet article. » Mais l'aînée ajoutait toujours : « Gardons-nous bien de le lui avouer. » Et toutes ensemble elles cherchaient les réponses ou les objections qu'elles pourraient faire.

Le lendemain de la neuvaine, elles ne purent s'empêcher de dire à la S' Marie de l'Ascension Tinar, qu'il s'était passé en elles d'étranges choses. Malgré ces efforts aussi désintéressés que persévérants, les trois dernières ne voulurent jamais ouvrir les yeux à la vérité. Après quelques années, elles quittèrent la Communauté. Deux moururent dans leurs erreurs ; on ignore le sort de l'autre.

Parmi les Pénitentes, des merveilles de grâce consolaient les Sœurs de l'endurcissement de ces pauvres aveugles. Plusieurs jeunes personnes de naissance noble, oubliant la délicatesse de leur première éducation, s'y livraient à des mortifications qui auraient pu paraître excessives, si elles n'avaient été inspirées par le vrai esprit de pénitence. La persévérance avec laquelle elles les continuèrent de longues années, est peut-être plus admi-.

rable encore. Celles qui rentrèrent dans leurs familles en devinrent l'édification par leurs solides vertus. Pour multiplier le bien, le monastère était alors dans l'habitude de les rendre à leurs parents ou de les placer, quand leur conversion paraissait bien affermie.

Pendant la dernière supériorité de la Mère Marie de la Nativité, mourut la Mère Marie de l'Enfant-Jésus de Bois-David. Depuis près de trente ans, elles gouvernaient toutes les deux successivement la Communauté, et toutes les deux, avec des qualités différentes, lui ont rendu les plus grands services.

Le lecteur connaît déjà l'enfance édifiante de la Mère de Bois- David. Nous n'y ajouterons que le trait suivant :

Jeune pensionnaire et âgée de moins de dix ans, elle eut le bonheur d'être préparée à sa première communion par le V. P. Eudes lui-même. Il lui fit suivre les exercices qu'il a prescrits dans son livre : la Vie et Royaume de Jésus. Ce bon Père entendit sa confession générale. Les qualités qu'il découvrit dans sa petite pénitente lui parurent si remarquables, que dans la suite il se fit un plaisir de les cultiver avec le plus grand soin. Il l'appelait doucement sa Fille spirituelle, il se faisait un bonheur de lui apprendre à produire des actes d'amour pour Notre-Seigneur et sa sainte Mère. Son éloignement pour toute flatterie et pour toute complaisance humaine ne l'empêcha pas de lui témoigner toujours beaucoup d'estime et une bonté toute particulière.

La Mère Patin avait porté sur elle un jugement tout aussi favorable. La discrétion de M'"' de Bois-David lui inspirait tant de confiance qu'elle ne craignit pas de lui confier les écritures les plus importantes.. C'est ainsi qu'elle copia les Constitutions et le Coutumier bien avant leur impression. Aussi savait-elle les Constitutions par cœur. Cette connaissance lui servit beaucoup pour les faire exactement observer. Mais son grand soin à ne rien commander qu'elle ne fît-elle-même, lui a encore plus servi sous ce rapport. Il sufiH.sait de la voir pour connaître son devoir.

Il sera toujours difficile d'égaler sa charité pour ses Sœurs, son attention à les soulager dans leurs besoins corporels et spirituels. La connaissance qu'elle avait de ces besoins a paru dans quelques circonstances vraiment surnaturelle. Un jour, une novice était fortement tentée contre sa vocation, et sous cette mauvaise

influence arrivait à se persuader que les oppositions faites par sa famille à sa profession, étaient une preuve que Dieu ne la voulait pas religieuse. Vaincue, elle était résolue à demander sa sortie, lorsque la Mère Supérieure la fit appeler, lui exposa toutes les pensées qui troublaient son esprit et l'exhorta à y résister, lui ajoutant: « J'ai consulté Dieu avant de vous parler, soyez persuadée que vous ne pouvez, sans infidélité à la grâce, renoncer à votre vocation. » Cette assurance positive fit tant d'impression sur la jeune novice, qu'à partir de ce moment toutes ses hésitations cessèrent.

Sous différentes formes, ce fait s'est renouvelé plusieurs fois. Une autre novice, épouvantée à la veille de sa profession des graves obligations que ses vœux allaient lui imposer, et craignant de manquer de courage pour les accomplir, exposa ses frayeurs à la Mère Marie de l'Enfant- Jésus. Les encouragements de la bonne Mère furent si efficaces que, le lendemain, la craintive novice offrit à Dieu son sacrifice avec joie et allégresse.

Dieu avait donné à cette remarquable Supérieure bien d'autres qualités propres à la faire aimer de ses Sœurs, et par sa fidélité à les cultiver elle les avait encore augmentées. Au milieu des plus absorbantes occupations, elle était toujours disposée à les recevoir et à les écouter. L'impossibilité d'accorder ce qui lui était demandé, était le motif évident des refus qu'elle était obligée de faire. Souvent, dans ce cas, elle disait : « Ma chère Sœur, je vous mortifie, mais je vous assure que je me mortifie la première. Si je suivais mon inclination, je ne vous refuserais rien, mais il faut que j'obéisse à Dieu. Vous-même, ne seriez-vous pas fâchée qu'on vous accordât vos demandes pour des motifs humains. » Il n'est pas étonnant qu'une Supérieure si bonne, conduite par des principes aussi surnaturels, ait eu à se défendre du trop grand attachement que .ses Sœurs avaient pour elle. Si cette affection devenait trop sensible, elle reprenait sévèrement celles qui la lui témoignaient, comme coupables d'une imperfection très cruelle au Cœur de Notre-Seigneur.

Le culte divin fut l'objet principal du zèle de la Mère de Bois- David. On peut dire qu'elle avait hérité de l'esprit de religion du Vénérable Fondateur. On égalera difficilement son respect pour toutes les cérémonies de l'Église, pour les sacrements et pour tous les mystères de notre sainte religion. Sa foi et sa piété la rendaient très éloquente lorsqu'elle en parlait. Aussi ses Sœurs

voulaient-elles prendre des notes sur ses chapitres ; mais dès que l'humble Supérieure s'en aperçut, elle le défendit absolument. C'est une grande perte, car la notice que nous avons sur elle dit, en particulier, qu'elle ne tarissait pas lorsqu'elle parlait des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie et de la reconnaissance que la Communauté devait au pieux apôtre de cette belle dévotion. Nous avons vu qu'elle eut la consolation, étant en charge, d'en faire célébrer les deux fêtes dans le Monastère.

De cruelles épreuves de famille, comme l'exil de son frère aîné, la mort d'un autre, des pertes considérables éprouvées par la Communauté, lui ont fourni l'occasion de montrer sa soumission à la volonté de Dieu. Un jour, pendant une récréation, elle reçut une nouvelle très fâcheuse sur ce singulier procès intenté par une pénitente. Elle se contenta de serrer la lettre et de dire : « Il faut rester calme. Dieu est là. » Et elle continua la récréation. L'Annaliste ajoute : « Elle chanta toujours le même cantique dans la prospérité et dans l'adversité, bénissant Dieu au milieu de toutes sortes d'événements, comme le saint homme Job qui lui avait été donné pour protecteur au moment de sa profession. »

Élevée loin du monde, la Mère Marie de l'Enfant-Jésus sut toujours se faire de la clôture religieuse une protection pour sa pureté. Très jeune, avec la permission de la Mère Patin, elle fit le vœu de chasteté, d'abord pour un mois, puis pour un an et bientôt après pour toujours. Toute sa vie elle apporta à la garde de cette vertu la délicatesse des plus grands saints. Un jour, le portrait d'une de ses amies qu'elle recevait souvent au parloir, lui fut présenté afin qu'elle pût en admirer la ressemblance ; il lui fut impossible d'en juger ; jamais elle ne l'avait regardée.

C'est l'amour de la pureté qui stimulait son zèle à procurer la conversion des Sœurs pénitentes. Ses dures mortifications étaient surtout offertes pour leur salut. Ne pouvant leur consacrer tou^e sa vie, elle les visitait souvent et les exhortait à la vertu. Pendant cinq ou six heures de suite, elle les recevait en particulier pour leur donner toutes les consolations qui étaient en son pouvoir. Son soin principal, pendant ses triennats, fut toujours de leur choisir de bonnes maîtresses. Elle regardait ce choix comme une des plus importantes obligations de sa charge ; le compte qu'elle aurait à en rendre à Dieu lui causait de grandes frayeurs.

Lorsque son temps de supériorité était fini, son obéissance était si grande qu'on aurait pu la comparer à celle des anciens Pères du désert. Comme la plus jeune des Novices, elle demandait

toutes les permissions, et souvent elle répétait : « Peu importe qui me donne occasion d'obéir. Si on donnait autorité sur moi à une pauvre et simple villageoise, je m'y assujettirais comme à la plus habile supérieure. » Son désir d'obéir surpassait la passion des ambitieux à commander.

Dieu ordinairement ne tarde pas à récompenser une vertu arrivée à ce haut degré de perfection. La Mère Marie de l'Enfant- Jésus eut comme un pressentiment de sa mort prochaine et se sentit vivement pressée d'employer à s'y préparer sa retraite de l'année 1696. Ses entretiens, ses conversations avaient alors pour sujet la nécessité d'être constamment prête à paraître devant Dieu, ou le bonheur de jouir de sa divine présence pendant l'éternité. Quelques jours avant sa dernière maladie, elle dit à une sœur avec un saint transport : « Oh! que j'ai un grand désir de voir mon Seigneur et mon Dieu! Que je dirais volontiers, avec S' Paul : Qui me délivrera de ce corps de mort? »

Le dernier jour de juin 1697, elle fit une chute qui sembla d'abord n'avoir aucune gravité; le médecin le jugea ainsi. Sans doute Dieu permit cette erreur pour éprouver une dernière fois la vertu de sa digne servante. Car bien qu'elle ressentît de violents maux de tête et une fièvre ardente, personne ne faisait attention à son état. Courageuse et résignée jusqu'au bout, elle s'efforça de suivre la Communauté, et, deux jours avant sa mort, elle récitait encore son of&ce et son chapelet. C'est alors que sa maladie se manifesta dans toute sa gravité et mit les Sœurs dans les plus vives inquiétudes. Les remèdes comme les vœux et les prières furent inutiles, et une mort des plus édifiantes vint couronner sa vie, le 22 juillet 1797, jour de la fête de S'" Madeleine.

Son corps demeura souple ; sur son visage apparaissait un air de sérénité et de majesté qui, involontairement, inspirait le respect et la vénération. Beaucoup de personnes du dehors en furent profondément émues, et pendant plusieurs heures deux Sœurs furent occupées à recevoir à la grille les objets que l'on voulait faire toucher à ces précieux restes. La Communauté, qui l'avait tant aimée, se trouva, après cette cruelle séparation, dans un état de calme soumission à la volonté divine qui parut un effet de son intercession auprès de Dieu. Mgr de Nesmond l'entretint dans cette pieuse conviction. En effet, le prélat ayant appris cette mort, vint dire la messe pour la Mère de Bois-David, et après avoir exprimé aux Sœurs la part qu'il prenait à leur douleur, il leur dit que cette sainte religieuse, 'après leur avoir été utile

pendant sa vie par ses exemples et ses exhortations, le serait encore davantage maintenant en leur servant d'avocate devant Dieu.

La Mère Marie de l'Enfant-Jésus Simon de Bois-David n'avait que cinquante ans.

Vers ce temps, la mort de la S' Marie de Sainte-Gertrude Cantel nous fournit un exemple de la tendresse et de la charité du Vénérable Eudes pour les âmes les plus éprouvées. Peu de temps après sa profession, cette sœur perdit la raison au point qu'il fallut la séparer entièrement de la Communauté. Pendant trente ans elle resta dans cet état humiliant. Les asiles spéciaux pour ces tristes maladies étaient rares à cette époque ; le P. Hérambourg, un des plus dignes fils du pieux missionnaire, n'avait pas encore fondé les sœurs du Bon-Sauveur, qui se livrent avec un si admirable dévouement au soulagement de ces profondes misères. Il fallait enfermer et garder comme on pouvait les pauvres aliénés.

Avant que la S' Marie de Sainte-Gertrude ne fût tout à fait privée de son intelligence, le V. P. Eudes l'entendit en confession et la prépara lui-même à la dernière communion qu'elle put faire. Aussi, plus tard, il donnait aux Sœurs la grande consolation que sa cruelle maladie l'avait trouvée en état de grâce.

Un an avant la fin de la supériorité de la Mère Marie de la Nativité, en 1701, mourut la S"" Marie de Saint-Jean Olivier, première converse de l'Ordre. Elle peut bien servir de modèle à toutes les sœurs de son rang, par sa générosité à suivre sa vocation, son courage au milieu des plus pénibles labeurs, son égalité d'humeur en face des contre-temps les plus ennuyeux de la cuisine et des autres emplois de ce genre, et surtout par le remarquable esprit de recueillement et de prière dont elle sut constamment animer ses travaux. Au milieu des plus grands embarras, il semblait que, comme S' Jean, son glorieux patron, elle reposât sur la poitrine de son divin Maître. Quand elle se croyait seule, son cœur ne pouvait plus contenir ses ardeurs, et bien des fois des sœurs se sont cachées à la boulangerie afin d'entendre les élans embrasés qui s'échappaient de ses lèvres.

La confiance en ses prières était universelle dans la Communauté. Aucune affaire ne semblait pouvoir réussir, si elle ne lui avait été recommandée. Son humilité la faisait alors s'écrier de

toutes les permissions, et souvent elle répétait : « Peu importe qui me donne occasion d'obéir. Si on donnait autorité sur moi à une pauvre et simple villag-eoise, je m'y assujettirais comme à la plus habile supérieure. » Son désir d'obéir surpassait la passion des ambitieux à commander.

Dieu ordinairement ne tarde pas à récompenser une vertu arrivée à ce haut degré de perfection. La Mère Marie de l' Enfant- Jésus eut comme un pressentiment de sa mort prochaine et se sentit vivement pressée d'employer à s'y préparer sa retraite de l'année i6g6. Ses entretiens, ses conversations avaient alors pour sujet la nécessité d'être constamment prête à paraître devant Dieu, ou le bonheur de jouir de sa divine présence pendant l'éternité. Quelques jours avant sa dernière maladie, elle dit à une sœur avec un saint transport : « Oh! que j'ai un grand désir de voir mon Seigneur et mon Dieu! Que je dirais volontiers, avec S' Paul : Qui me délivrera de ce corps de mort? »

Le dernier jour de juin 1697, elle fit une chute qui sembla d'abord n'avoir aucune gravité; le médecin le jugea ainsi. Sans doute Dieu permit cette erreur pour éprouver une dernière fois la vertu de sa digne servante. Car bien qu'elle ressentît de violents maux de tête et une fièvre ardente, personne ne faisait attention à son état. Courageuse et résignée jusqu'au bout, elle s'efforça de suivre la Communauté, et, deux jours avant sa mort, elle récitait encore son office et son chapelet. C'est alors que sa maladie se manifesta dans toute sa gravité et mit les Sœurs dans les plus vives inquiétudes. Les remèdes comme les vœux et les prières furent inutiles, et une mort des plus édifiantes vint couronner sa vie, le 22 juillet 1797, jour de la fête de S'^ Madeleine.

Son corps demeura souple ; sur son visage apparaissait un air de sérénité et de majesté qui, involontairement, inspirait le respect et la vénération. Beaucoup de personnes du dehors en furent profondément émues, et pendant plusieurs heures deux Sœurs furent occupées à recevoir à la grille les objets que l'on voulait faire toucher à ces précieux restes, La Communauté, qui l'avait tant aimée, se trouva, après cette cruelle séparation, dans un état de calme soumission à la volonté divine qui parut un effet de son intercession auprès de Dieu, Mgr de Nesmond l'entretint dans cette pieuse conviction. En effet, le prélat ayant appris cette mort, vint dire la messe pour la Mère de Bois-David, et après avoir exprimé aux Sœurs la part qu'il prenait à leur douleur, il leur dit que cette sainte religieuse, 'après leur avoir été utile

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