F. HAYEZ, IMPRIMEUR DE L*ACADÉMIE ROYALE DES SUENCES, DES LETTRES
ET DES BEAUX- ARTS DE BELGIQUE rue de Louvain, io6
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qu'à cette époque survint un régime exceptionnel, qui favorisa singulièrement cette opération. Mais celle-ci fut tout au moins ébauchée dès qu'il y eut émersion, précipitations atmosphériques et ruissellement. Au tertiaire appartient donc certainement, pour la partie la plus élevée du bassin de l'Escaut, le régime « des eaux sauvages » . Quand apparut le quaternaire, avec ses conditions météorologiques propres, les grandes rainures devaient êîre déjà dessinées : le quaternaire y concentra l'effort de ses eaux puissantes et celles-ci puisèrent, de prime abord, dans cetre concentration même, un grand élément de force.
Le sol émergé de la mer tertiaire n'était pas tellement uni qu'il ne présentât pas certaines dépressions, dans lesquelles les eaux s'écoulaient de préférence et en même temps certaines surélévations, que ces mêmes eaux entouraient dans leur course , sans arriver à les recouvrir. De là, de vrais îlots, que l'enfoncement graduel des eaux mit de plus en plus à l'abri de la submersion.
Concentrée de la sorte sur certains poinis, l'action des eaux se montra la plus vive aux endroits où cette concentration fut plus marquée. Le terrain s'y ravina plus profondément et le ravinement, appelant, à son tour, un volume d'eau toujours croissant, les eaux finirent par faire leurs grands chemins des principaux de ces passages.
De ce moment, il n'y eut plus seulement une pente générale dictant aux eaux de pluie leur sens d'écoulement : il s'établit sur cette pente un certain nombre de sections, commandées chacune par quelque rigole plus profonde, plus vaste que les autres. En raison même de leur puissance, les eaux de ces rigoles emportèrent sur leur passage des obstacles respectés jusqu'alors; leur parcours se simplifia et prenant par là même une puissance nouvelle, les eaux en arrivèrent, comme direction générale, à pousser presque droit devant elles.
Tant que le creusement fut l'œuvre d'un ruissellement incohérent et divisé, il se produisit avec un certain enchevêtrement, dont les îlots primitifs devaient témoigner par l'irrégularité de leurs contours. Mais dès qu'un courant normal et constant se fut établi, le creusement, œuvre de ce courant, dut s'accomplir également suivant certaines directions normales et constantes. Sous l'influence des eaux, le sol emporté par elles s'esi alors creusé régulièrement, suivant l'axe des rigoles dont nous venons de parler, et ^vec une intensité' variant suivant leur puissance.
Le pouvoir de transport des eaux dépend de leur vitesse, laquelle est déterminée^ à son tour, par leur volume et la pente suivant laquelle elles coulent. Une crue, une augmentation des précipitations atmosphériques, l'arrivée d'affluents nou-
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veaux, de même qu'un soulèvement en amont, d'où re'sulterait une inclinaison plus grande, sont autant de causes qui peuvent augmenter la vitesse J'un courant, par conséquent son pouvoir de transport et son action comnie creusement; de même, une diminution du volume des eaux, l'introduction d'un régime plus sec, la suppression ou le détournement d'un affluent, ou bien encore une surélévation en aval, qui diminuerait la pente d'écoulement, sont autant de causes retardatrices de la vitesse du courant et du creusement qui en est la conséquence. De toutes façons, ce creusement demeure le résultat de l'action des eaux, et nous donne, à terrain égal, la mesure de l'importance de cette action.
Lorsqu'un vaste courant s'est, durant la période du creusement, maintenu longtemps dans le même axe, son lit s'y est abaissé d'une façon verticale; les eaux ont agi constamment sur le même fond, soit à la fois sur toute sa largeur, soit au moyen de déplacements latéraux, et tout ce fond, sur un large espace et sur une grande profondeur, s'est trouvé emporté vers la mer : l'action des eaux ne se mesure en ces endroits que par le vide laissé entre les collines de l'une à l'autre rive et ce n'est qu'en reliant en imagination les altitudes correspondantes de ces mêmes collines, que l'on peut l'estituer le niveau auquel coulait le fleuve au début de son passage.
Sur les bords, au contraire, l'enfoncement peut être apprécie d'une façon très directe. Si, par suite d'un resserrement du fleuve, ou d'une convexité de la rive, ou pour, toute autre cause, les eaux se sont trouvées concentrées sur cette rive avec assez de force et pendant assez de temps, le creusement se sera fait, comme au centre, verticalement, presque à pic. Si, au contraire, la grande force du courant ne s'est point trouvée vers les bords et qu'elle se soit concentrée plutôt à un autre endroit du fleuve, c'est à cet endroit que le creusement se sera montré plus actif et plus rapide, et il en sera résulté un appel des eaux vers ce point, au détriment du reste de la nappe et par conséquent aussi des eaux du bord qui, par là même, y laisseront successivement à découvert des espaces plus ou moins grands. Il y aura toujours creusement sur les bords, mais en même' retrait des eaux. L'abaissement de ces dernières se fera donc, non plus suivant une verticale, mais suivant un plan incliné, qui se rapprochera d'autant plus de l'horizontale que le retrait sera plus marqué. De là, des laisses continues, dont les courbes de niveau nous permettent d'apprécier parfaitement la largeur, et partant l'inclinaison, pour une même mesure d'enfoncement.
On pourrait se représenter graphiquement ce travail des eaux par la figure ci-après.
Soit AB la verticale et AA' la berge du lit du fleuve. Supposons que les eaux s'abaissent dans ce