‹ Les origines du Musée d'Ethnographie. Histoire et documents (volume 2)Chapitre 67 sur 99 · N°LXV · texte numérisé non relu

N°LXV

BIBLIOTHÈQUE ROYALE

Paris, le l*"" avril 1839.

A M. le Ministre, secrétaire d'État au département de l' Instruction publique.

Vous avezbien voulu me demander, par votre lettre du 11 mars

dernier, de m'occuper immédiatement des mesures relatives

à la constitution du département des cartes géographiques, plans

et collections ethnographiques, création d'où doivent dériver

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d'utiles résultats pour La science et le public en général, et pour l'accroissement de la Bibliothèque Royale en particulier.

Je dois m'empresser d'accomplir le devoir qui m'est imposé.

La constitution de ce département exige quelques mesures fondamentales, mais simples et faciles, ainsi que je m'en suis convaincu par une étude ancienne et approfondie du sujet. Je vais avoir l'honneur, Monsieur le ministre, de vous les exposer.

Je commencerai par rappeler l'ordonnance royale du 30 mars 1828, pour montrer que cette vue essentielle d'utilité publique avait déjà frappé depuis longtemps, par ses avantages, les meilleurs esprits et des hommes d'État éminens, avantages qui sont aujourd'hui reconnus par tout le monde.

Ordonnance royale. « Le sieur Jomard, membre de l'Aca. demie royale des Inscriptions et Belles-Lettres, est nommé à la Bibliothèque du Roi, conservateur du dépôt de géographie. Il aura sous sa garde les plans et cartes, objets et instrumens divers produits par les voyages scientifiques, et notamment les planches et dessins, manuscrits et imprimés de l'expédition d'Egypte. »

Ainsi, Monsieur le ministre, à la collection des cartes géographiques, et pour compléter l'instruction qu'on retire de leur étude, est annexé le dépôt des voyages scientifiques ordonnés ou encouragés par le gouvernement (sauf les pièces d'histoire naturelle qui sont destinées pour le Muséum), et le dépôt du Voyage d'Egypte doit être le noyau de ce dépôt des voyages. Les moyens d'exécution se bornent, quant à présent, à trois choses principales.

La première est la mise en état du local où seront admis le public et les travailleurs ; la deuxième est le complément du personnel des employés ; la troisième est la concession d'un fond^ annuel destiné à pourvoir aux acquisitions courantes.

§ I. Dès le principe de la création du département des cartes géographiques, c'est-à-dire en mars 1828, un local convenable et provisoire lui a été affecté à la Bibliothèque Royale, dans des salles alors dépendantes des bâtimens du Trésor ; c'est le rezde-chaussée qui est inférieur à la galerie Mazarine des ma-

nuscrils, avec les salles avoisinanles au nord et au midi. Ce local pouvait suffire jusqu'au jour où seraient élevées les galeries nouvelles projetées sur la rue Vivienne; mais il devait, dès lors, être approprié à sa destination. Les travaux de construction de ces galeries ont commencé peu de temps après, mais en 1834 la suspension des travaux a tout arrêté ; malheureusement elle s'est perpétuée jusqu'à présent d'une manière qui semble indéfinie, et elle a empêché défaire aussi les travaux d'appropriation dans le local actuel.

Aujourd'hui rien n'est plus facile que de les eiïectuer ; un devis a été dressé ; la dépense en est modique, comparée surtout à l'utilité qui doit en résulter pour l'étude. Le public aurait une entrée convenable au pied de l'escalier de la salle de lecture des livres imprimés ; il s'agit d'une porte à ouvrir, de quelques fenêtres à agrandir et du planchéiage de plusieurs parties du sol.

Cette dépense, limitée à 4,000 francs, ne grèverait pas le budget de la Bibliothèque Royale ; elle doit être supportée par le Ministère de l'Intérieur et prise sur les fonds de la direction des travaux publics, selon les règles établies.

Il y a une sorte d'urgence de mettre enfin le public en possession, en jouissance complète des collections que le zèle du conservateur et les faibles moyens mis à sa disposition lui ont permis de réunir jusqu'à présent ; mais au grand dommage de la science, rien n'a été fait jusqu'ici pour réaliser la nouvelle création. Presque tous les résultats seront acquis en exécutant quelques dispositions intérieures. Quanta la séparation du département des collections géographiques d'avec celui des estampes, ce qui est prescrit par l'ordonnance, elle n'est pas moins facile à effectuer par quelques arrangemens très simples.

§ II. En second lieu, il y a nécessité presque aussi urgente de constituer tout de suite le personnel du déparlement, qui ne compte en ce moment qu'un deuxième employé et un auxiliaire ; il est besoin d'un conservateur adjoint et d'un employé de plus. Cette nécessité résulte : T de l'ensemble des opérations nécessaires pour l'organisation du service ; 2° des travaux spéciaux

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qu'exige l'emploi du fonds extraordinaire voté par les Chambres et destiné à combler l'arriéré de la collection ; 3° de la nécessité qu'il y a de ne pas apporter de perturbation dans le service courant quotidien. Au traitement de ces deux personnes, il faut ajouter les gages d'un garçon de salle.

§ III. Le troisième besoin du département des cartes et collections géographiques consiste dans l'établissement d'un fonds annuel et ordinaire destiné aux acquisitions courantes. En eU'et, le fonds extraordinaire et temporaire voté par les Chambres est spécialement réservé pour combler un ancien vide résultant de ce que en aucun temps il n'a été consacré de fonds à la géographie.

Depuis quelques années on avait emprunté aux quatre départomens existans et notamment à celui des estampes, une somme plus ou moins forte, et ce département n'a cessé de réclamer avec assez de raison. Une somme annuelle de 0,000 francs pourrait être demandée aux Chambres avec confiance pour satisfaire ce besoin impérieux.

Cette demande, Monsieur le ministre, est indépendante d'une autre plus spécialement consacrée à l'acquisition des précieuses collections ethnographiques aujourd'hui proposées à votre ministère, et qu'il est bien à désirer qu'on ne laisse pas échapper, comme tant d'autres, qui sont perdues pour la France. Aujourd'hui cette branche d'un dépôt général de géographie est pour la deuxième fois et définitivement rattachée à notre grand musée littéraire qui, pour le dire on passant, est appelé impropreme"nt Bibliothèque^ puisqu'il renferme, en eiïet, d'autres collections toutes différentes des livres et toutes étrangères à la bibliographie.

En agir ainsi était suivre la voie la plus économique et la plus judicieuse qu'on pouvait prendre ; c'était se borner aux dépenses utiles, éviter un personnel très dispendieux et se conformer enfin à l'avis de l'illustre Cuvicr. Au reste, un assez grand nombre d'objets importans, à la disposition de l'administration supérieure comme à celle de Sa Majesté, pourrait dès à présent

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entrer gratuitement dans la collection publique, et je serais moimême assez disposé, quand le moment sera venu, à faire hommage de celle que m'ont procurée mes correspondances et mes voyages.

L'objet de cette lettre étant général, j'ai du me borner sur ce point, Monsieur le ministre, à des observations succinctes, en me référant aux documens et aux pièces qui sont déjà déposées dans vos bureaux : il me suffira de rappeler que des collections semblables et publiques existent partout, excepté en France, et ce n'est pas seulement dans des capitales comme Vienne, Berlin, Pélersbourg, Londres, Munich, La Haye, Copenhague, Dresde, Sluttgard, etc., mais encore dans des villes de second ordre et même des villes continentales, telles que Gôltingue, Leyde, Weimar, Gotha, Cobourg, etc. Il existe en outre des cabinets particuliers à Coblentz, Dusseldorf, Francfort, Aix-la-Chapelle, Leipzick, etc. Il serait bien extraordinaire que la France, elle qui possède tant de musées, fut le seul pays où Ion ne trouvât pas de semblables collections ouvertes à l'étude et un dépôt public destiné à recevoir les produits des voyages que l'Etat ordonne ou qu'il encourage. Paris a des musées de toute espèce et il s'en forme tous les jours de nouveaux ; seule l'ethnographie en est dépourvue.

En résumé, Monsieur le ministre, pour répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, je pense que la constitution du département des collections géographiques peut se réduire quant à présent:

1° A la création d'une place de conservateur adjoint, d'une place d'employé et d'un garçon de service;

2° A une dotation annuelle pour les acquisitions des cartes géographiques au fur et à mesure de la publication;

3° Aux frais d'appropriation du local actuel (dépense une fois

faite);

4° Aux frais de mobilier (dépense pour la première année).

Au moyen de celte dépense modique, les collections géographiques seraient enfin mises à la disposition du public

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studieux et jose assurer qu'elles ne larderaient pas à porter leurs fruits.

J'ai l'honneur dètre avec respect, etc.,

J0MAIU3.

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