N°XX
A A/. Toulouzan (de Marseille)
(Extrait*)
Paris, 10 octobre 1831.
...Je suis bien aise, Monsieur, que vous m'ayez fourni cette occasion de vous entretenir d'un objet qui n'est pas sans rapport avec celui de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. On s'occupe de former en ce moment à Paris (et selon toute apparence pour la Bibliothèque du Roi) une collection d'objets ethnographiques, c'est-à-dire, rapportés par les voyageurs qui
1) Nicolas Toulouzan, le correspondant auquel Jomard adressait cette lettre, était professeur d'histoire et de géographie au collège royal de Marseille. Il avait pris la pari la plus large dans la publication de la Statistique des Bouchesdu- Rhône, véritable monument (4 vol. in-4°) élevé sous la direction du comte de Villeneuve, préfet du département (1821). On lui devait, en outre, un grand nombre de mémoires et d'articles sur des questions d'archéologie et d'histoire locales, d'économie rurale, etc. Né à Ollioules le 6 mars 1781, il avait alors cinquante ans; il est mort à Marseille le 27 mai 1840.
M. Paul Armand, secrétaire-général de la Société de géographie de Marseille, qui me transmet ces renseignements, n'a pu rien me dire de spécial sur les relations de Toulouzan avec Jomard. <c Le fils de Toulouzan, m'écrit-il, chef de division à la préfecture, noire collègue à la Société de géographie, est mort le 28 octobre 1888. Sa bibliothèque a été dispersée au feu des enchères et avec
elle a probablement disparu la correspondance du savant. »
explorent les pays peu connus et propres à faire connaître l'industrie et les arts des habitans même les moins civilisés. Depuis longtemps on se plaint de ce que les instrumens et les ustensiles de cette nature sont dispersés après le retour des voyageurs et souvent anéantis, faute de dépôt spécial pour les recueillir et les conserver. La plupart sont exportés à l'étranger et vont enrichir les musées ethnographiques de Gôttingue, Pétersbourg et autres villes de l'Europe. S'il en reste à Paris qui échappent à cette destinée, ils sont épars et sans utilité. La plupart vont s'enterrer dans d'ignobles boutiques. C'est ainsi que l'histoire des races humaines qu'il est déjà temps d'écrire, perd des matériaux précieux.
Je voudrais contribuer à faire sortir ces curieux objets des maisons de bric-à-brac où ils vont s'engloutir et surtout les enlever aux collections étrangères,
Aidez-moi, Monsieur, dans ce dessein qui intéresse la gloire natiouale. Toute la côte nord de l'Afrique vient commercer avec Marseille. On doit y transporter à tout moment des objets curieux et instrumens des arts, poids et mesures, objets servant aux jeux et récréations, au culte et aux superstitions, au travail des métaux, à l'économie domestique, à la chasse ou à la pèche, des tissus variés, des instrumens de musique et mille autres qui font connaître l'état de la civilisation ou le degré de barbarie tels que les armes offensives et défensives et les instrumens aratoires.
Une série complète de tous ces objets méthodiquement classés formerait un des musées les plus instructifs de la capitale.
La pensée en a été exprimée dans l'ordonnance qui a fondé à la grande Bibliothèque nationale un dépôt spécial des productions géographiques et des produits des voyages scientifiques.
L'établissement renferme déjà un certain nombre d'objets de ce genre. Je me borne, Monsieur, à signaler à votre zèle patriotique ce court aperçu et à vous demander des renseignemens sur les ressources que pourrait offrir la ville de Marseille. ...... ...............