CHEZ AUGUSTE AUBRY
~ «TBK les nombreux fonc-
tionnaires du Collège des Quatre-Nations figurait le Procureur. 11 avait droit au titre de Jlfe««'re, et occu- ' pait dans la maison une po-
sition fort considérée , car un seul échelon le séparait de la dignité si enviée de Grand-Haitre.
Ses attributions, très-étendues, embrassaient toute l'administration matérielle de l'établissement. Il percevait les revenus et réglait les dépenses. L'entretien des bâtiments, les traités avec
les fournisseurs^ le réfectoire y la lingerie, étaient exclusivement de son domaine.
Chaque année , il présentait à quatre Inspecteurs délégués par la Sorbonne un compte rendu de la situation financière du Collège, et il était tenu d'entrer à cet égard dans les détails les plus minutieux. Avait-il, par exemple, à mentionner Tachât d'une douzaine de serviettes, et leur ourlage, il lui était interdit de faire figurer ces deux articles sous un seul titre.
Si Ton réfléchit maintenant que, dans un établissement de ce genre, il n'est pas de fait, quelque minime qu'il soit, qui ne se traduise par une dépense, on comprendra quelle abondance de renseignements, quelle richesse de détails intimes doivent contenir les registres des Procureurs du Collège des Quatre-Nations.
Or, tous ces registres, enlevés à l'époque de la Révolution, ont été déposés aux Archives de l'Empire. Nous les y avons trouvés par hasard, en cherchant des matériaux pour un autre ouvrage, auquel celui-ci sert de complément.
Cette découverte nous a paru précieuse à plus d'un titre.
— vu —
Le Collège des Quatre-Nalions doit son origine à Tun de nos hommes d'État les plus célèbres; il fut élevé sous la surveillance directe de Louis XIV, et organisé par Colbert. De Taveu de Mercier, qui rencontre rarement des éloges sous sa plume, c'était le plus fréquenté, le plus riche et le plus beau des collèges de Paris. Enfin, les bâtiments dans lesquels il était établi sont aujourd'hui occupés par le premier de nos corps savants, et, à ce point de vue encore, tous les documents qui en éclaircissent le passé acquièrent un grand intérêt.
On n'a, d'ailleurs, rien publié jusqu'ici sur le Collège des Quatre-Nations. Par un privilège qui devient chaque jour plus rare, nous nous trouvions doac en présence d'un sujet entièrement neuf. C'était là une difficulté, mais aussi un attrait de plus; et si cette circonstance nous oblige à rèclamer l'indulgence du lecteur, elle nous permet en revanche d'affirmer que tous les détails contenus dans ce petit volume sont inédits.
Lemaire, dans son Paris ancien et nouveau, est le premier qui ait consacré quelques pages à la fondation de Hazarin; il s'est, du reste, borné à donner une courte description des bâtiments tels
qu'il les avait sous les yeux. Sauvai^ Félibien et Piganiol de la Force ont suivi son exemple. Depuis lorS; tous les auteurs qui ont at>ordé ce sujet ont copié ou abrégé Piganiol. Les histoires de l'Université restent également muettes à cet égard; les vastes compilations de Duboulay et de Crevier s'arrêtent à l'année 1600, plus d'un demi-siècle avant la mort de Hazarin ; et les écrivains modernes n'ont accordé à l'établissement qui nous occupe que des paragraphes insignifiants dont les éléments sont puisés dans Piganiol. Le seul travail qui jette quelque lumière sur la construction du Collège est une courte mais excellente brochure de H. Léon de Laborde^ publiée en 1842^ et intitulée : Projets pour Vamélioration et Vembellissement du X« arrondissement.
Les documents imprimés n'ont donc pu nous être à peu près d'aucune utilité; et nous ne songeons point à nous en plaindre^ car les registres conservés aux Archives nous fournissaient, à eux seuls, des renseignements assez nombreux pour nous permettre de retrouver la physionomie, et de reproduire la vie intime du plus beau collège qu'ait jamais eu Paris.
C'est à nous plutôt qu'à eux qu'il faut s'en prendre si ce résultat n'a pas été atteint. Ils contiennent en effet, année par année, et presque jour par jour, l'histoire du Collège depuis sa fondation. Hais il fallait s'ouvrir une route à travers ce chaos ; et plus d'une fois, perdu au milieu de ces détails infinis, nous avons été tenté de maudire l'abondance des matériaux que le hasard avait fait tomber entre u(» mains, de maudire même ces procureurs si méticuleux et catligraphes si inhabiles. Soyons juste, pourtant, ces braves comptables, en alignant leurs chiffres, ne se doutaient guère qu'ils travaillaient pour la postérité, et qu'après deux siècles un humble chercheur viendrait, au nom de l'histoire, examiner leurs livres et contrôler leurs additions.