‹ Les origines du Palais de l'InstitutChapitre 50 sur 63 · A ce que nous avons dit dans notre premier cha · texte numérisé non relu

A ce que nous avons dit dans notre premier cha

struction des Enfans qui auroient pris naissance à Pignerolles, son territoire, et aux vallées y jointes ; aux Provinces d'Alsace , et aux païs d'Allemagne contigus; en Flandres, en Artois, en Hainault, et en Luxembourg; en Roussillon, en Gonflans, et en Sardaigne, en ce qui en est réduit sous l'obéissance du Roy, par le Traité fait à Munster le 24. Octobre 4648. et par celuy de la Paix générale, fait en Tlsle appellée des Faisans, le 7. Novembre 1659*. Que comme toutes ces Provinces sont nouvellement venues ou retournées sous la puissance du Roy, il estoit à propos de les y conserver par les moyens les plus convenables. Qu'on pouvoit les affermir et les lier au service de Sa

pitre, on peut ajouter le fait suivant, raconté par Tallemant des Réaux : « Il {Richelieuj avoit, à ce que dit La Mesnardière, dessein de faire à Paris un grand collège avec cent mille livres de rente, où il prétendoit attirer les plus grands hommes du siècle. Là, il j eust eu un logement pour l'Académie, qui eust été la directrice de ce collège. C'estoit à Narbonne, un peu devant sa mort, que La Mesnardière dit qu'il le fit venir sept ou huit fois pour lu7 en parler ; et il avoit cela si fort dans la teste que, malgré son mal et toutes les affaires qu'il avoit lors sur les espaules, il y pensoit fort souvent. Il avoit, adjouste La Mesnardière, desja achepté quelque collège. » Tallemant des Réaux, Historiettes, t. II, p. 54.

1. Ils sont plus connus aujourd'hui sous les noms de Traité de Westphalie et Traité des Pyrénées. Ce sont là les véritables titres de Mazarin à la reconnaissance de la France ; bien au-dessons de Richelieu comme administrateur, on ne peut nier qu'il se soit toujours montré supérieur à lui comme diplomate.

Majesté^ en établissant dans la ville de Paris ^ qui est la Capitale du Royaume^ et le séjour ordinaire des Rois Tres-Chrétiens, un Collège et une Académie, pour y nourrir, élever, et instruire gratuitement des Gentilshommes et des Enfans des principaux Bourgeois des Villes des Nations cy-dessus. Qu'on pouvoit aussi leur apprendre les véritables sentimens du Christianisme , la pureté de la Religion, la conduite des mœurs, et les règles de la discipline, n'y ayant point de lieu où toutes ces choses soient avec tant d'avantages que dans ce Royaume. Que pendant ces instructions, ceux des Nations cy-dessus connoistront ce qui est nécessaire à leur salut, aux sciences, et à la police, et combien il est avantageux d'estre soumis à un si grand Roy. Que ceux qui auroient ainsi pris leur éducation en France, porteroient ce qu'ils y auroient appris au païs de leur naissance , quand ils y retoumeroient, et que par leurs exemples ils y en pourroient attirer d'autres, pour venir recevoir successivement les mesmes instructions, et les pareils sentimens. Qu'enfin toutes ces Provinces deviendroient Françoises par leur propre inclination, aussi-bien qu'elles le sont maintenant par la domination de Sa Majesté. A quoy mondit Seigneur le Cardinal Duc, par l'affection qu'il a eûë au lieu de sa naissance, vouloit joindre les Italiens de l'Estat Ecclésiastique, pour les obliger de plus en plus à continuer leur zèle au service de la France.

Le Roy ayant fait paroistre qu'il agréoit fort ce

dessein , et que les deniers des épargnes de son Eminence y fussent plûtost employez que non pas à toutes autres choses; ayant aussi Sa Majesté approuYé la résolution qu*a prise son Eminence de joindre audit Collège la Bibliothèque des Livres dont il a fait l'amas depuis plusieurs années^ de tout ce qui a esté trouvé de plus rare et de plus curieux tant en France qu'en tous les Pais étrangers^ où il a souvent envoyé des personnes très-capables pour en faire la recherche * , afin d'en faire une Bibliothèque publique^ pour la commodité et pour la satisfaction des gens de Lettres '; son Eminence ayant mesme pris le dessein d'élire sa sépulture au Collège des Nations cy-dessus : Mondit Seigneur Cardinal Duc a fondé et fonde par ces Présentes^ sous le bon plaisir de Sa Majesté^ un Collège et une Académie sous le nom et titre de Mazarini. C'est à sçavoir : Le Collège de soixante Ecoliers^ qui seront des Enfans des Gentilshommes

1. Mazarin commença à rassemMer des livres dans les premiers mois de l'année 1643. G-abriel Naudé, son bibliothécaire, parcourut successivement la Flandre, l'ita* lie, l'Allemagne et l'Angleterre, achetant à peu près tous les- livres qu'il pouvait trouver. C'était encore là une imitation de Richelieu, qui avait, dans le même but, envoyé Jacques Gaffarel en Italie^ et Jean Tileman Stella en Allemagne.

2. Mazarin ouvrit sa bibliothèque particulière au public à la fin de Tannée 1643. Cette date a été fort contestée, mais son exactitude nous parait hors de doute. Voyez à cet égard A. F., Histoire de la bibliothèque Afasann«, p. 9 et suivantes.

OU des principaux Bourgeois de PigneroUes, soh territoire, et les vallées y jointes, et de TEstat Ecclésiastique en Italie ; des Provinces d'Alsace , et autres Pais d'Allemagne contigus; de Flandres, d'Artois, de Hainaiilt, et de Luxembourg ; de Roussillon, de Conflians, et de Sardaigne, en ce qui en est réduit sous Tobeissance du Roy, par les Traitez faits à Munster, et en Tlsle appellée des Faisans> les 24. Octobre i648. et 7. Novembre 4659. Et l'Académie de quinze personnes, qui seront tirées dudit Collège des quatre Nations cy-dessus.

Que des soixante Ecoliers dudit Collège, il y en aura quinze de PigneroUes, territoire et vallées y jointes, et de l'Estat Ecclésiastique en Italie > préférant ceux de PigneroUes , territoire et vallées y jointes, à tous les autres; les Romains en suite, et en défaut d'eux, ceux des autres Provinces de l'Estat Ecclésiastique en Italie. Quinze du pals d'Alsace, et autres païs d'Allemagne cdntigus. Vingt du païs de Flandres, Artois, Hainault et Luxembourg. Et dix du païs de RoussiUon, Conflans, et Sardaigne.

Les quinze personnes pour l'Académie seront tirées du Collège, sans aucune distinôtion desdites Nations ; et si le Collège n'en peut fournir un si grand nombre, le surplus jusques audit nombre de quinze, sera pris de personnes d'icelles Nations, encore qu'elles n'ayent point étudié audit Collège.

Les soixante Ecoliers du Collège, et les quinze personnes de l'Académie seront logez, nourris, et

instruits gratuitement au moyen de la présente Fondation.

Les Gentilshommes seront toujours préferez aux Bourgeois^ tant pour le Collège que pour TAcadémie; et ceux qui auront le plus long-temps étudié au Collège^ préferez à ceux qui y auront moins étudié^ pour estre admis en l'Académie, pourveû que ceux qui auront le plus étudié soient également propres pour l'Académie.

Son Eminence se réserve le nom et le titre de Fondateur dudit Collège et de l'Académie; et à son défaut; l'aisné de ceux qui porteront son nom et ses armes ; aura les mesmes droits avec toutes les prérogatives des Fondateurs.

Son Eminence, ou à son défaut Taisné de ceux qui porteront son nom et ses armes, aura la nomination des soixante Ecoliers du Collège, et des quinze de l'Académie, sans néanmoins qu'il puisse estre nommé aucune autre personne que des Nations et qualitez cy-dessus, et aux conditions cy-devant énoncées. Il aura pareillement la nomination de TEcuyer de 1* Académie.

Mondit Seigneur le Cardinal Duc supplie trèshumblement Sa Majesté que la présente Fondation soit en sa protection perpétuelle, et des Rois ses successeurs.

Son Eminence prie aussi Messieurs les Gens du Roy du Parlement de veiller à la conservation de la présente Fondation, tant pour le Collège et pour la Bibliothèque, que pour l'Académie, de les visi-

ter quand il leur plaira^ et de s'en faire représenter les Réglemens et les comptes; ce qu'ils pourront faire à toujours^ conjointement^ ou séparément.

Son Eminence prie encore Messieurs de la Maison et Société de Sorbonne^ que les douze plus anciens Docteurs de ladite Maison et Société^ qui y seront actuellement demeurans*, et non d'autres, ayent la direction générale dudit Collège et de la Bibliothèque; et que ces douze nomment, incontinent après que l'établissement en sera fait, quatre Docteurs tels qu'il leur plaira de ladite Maison et Société de Sorbonne, pour estre les Inspecteurs dudit Collège et de la Bibliothèque : desquels quatre Inspecteurs, il y en aura deux qui n'en feront la fonction que pendant deux années après l'établissement; et que de deux ans en deux ans il y en aura deux nommez au lieu des deux qui en devront sortir; en sorte que desdits quatre Inspecteurs, il y en ait toujours deux anciens et deux nou^ veaux.

Si aucuns des Inspecteurs décedoient durant le temps de leurs fonctions, lesNominateurs en pourront nommer d'autres pour achever le temps de la fonction du décédé; et sont priez de ce faire incessamment, afin que les places soient toujours remplies.

1. Il 7 eut, dès l'origine, à la Sorbpnxie trente-six docteurs logés dans l'établissement même. Ce nombre fut porté à trente-sept lors de la reconstruction des bâtiments; c'était alors un droit accordé à l'ancienneté.

Mondit Seigneur le Cardinal Duc prie que ledit Ck>llege soit du Ck>rps de l'Université^ pour en faire un membre^ et jouir des mesmes privilèges et avantages en commun , outre ceux qu'il plaira à Sa Majesté de luy attribuer en particulier; et que l'Académie ait les mesmes droits que les autres Académies.

L'établissement dudit Ck>llege^ auquel la Bibliothèque est jointe y et de TAcadémie^ sera fait sous le bon plaisir du Roy en la Ville^ Cité ou Université, ou aux Fauxbourgs de Paris^ en mesme ou divers lieux , le tout selon que les Exécuteurs de la présente Fondation^ cy-aprés nommez^ le trouveront plus à propos.

Le Collège sera composé d'un Grand-Maistre ^ qui sera Docteur de la Maison et Société de Sorbonne^ et qui aura la supériorité, intendance et direction sur tous les autres Officiers du Collège et de la Bibliothèque , et sur tous les EcoUers ; d'un Procureur commun, qui sera Docteur ou Bachelier de ladite Maison et Société de Sorbonne, selon qu'il plaira aux Nominateurs; de quatre Principaux, et quatre Sous-Principaux.

Le Grand-Maistre, en cas d'absence, maladie, ou légitime empescbement , pourra commettre telle personne que bon luy semblera, pour avoir en soif lieu pareille supériorité, intendance et direction.

Le Procureur commun fera les receples et dépenses dudit Collège, sans toutefois qu'il puisse

faire aucune dépense extraordinaire^ que de Tordre par écrit du Grand-Maistre^ dont l'ordre suffira jusques à la somme de cent livres; et en cas de ' plus grande dépense extraordinaire^ sera pris Tordre par écrite tant du GraDd-Maistre^ que des quatre Inspecteurs de la Maison de Sorbonne.

Le Principal et le Sous-Principal de Pignerolles, territoire et vallées y jointes, et des Italiens de TEstat Ecclésiastique, seront de TOrdre des Religieux Tbeatins, et choisis par les Vocaux de la Maison de Sainte Anne la Royale, de la fondation de son Eminence^ Et en cas qu'ils soient refusans de nommer, ou qu'il n'y ait pas nombre suffisant de Religieux dudit Ordre, soit de ladite Maison , ou d'autres, les Nominateurs de la Société et Maison de Sorbonne pourront aussi nommer le Principal et le Sous-Principal, ou l'un d'eux pour ladite Nation, ainsi que des autres.

Les Principaux des autres Nations seront Bacheliers de la Maison de Sorbonne, et les Sous^Principaux, tels qu'il plaira aux Nominateurs, pourveû qu'ils soient du nombre des Supposts de TUniversité de Paris ; les uns et les autres nonunez par

1. En 1642, Mazarin prît un Théatin pour confesseur, et acheta sur le quai Malaquais une maison qu'il destina à des religieux de cet ordre. Ils ne s'y installèrent qu'en 1648, et la chapelle fut consacrée, le 7 août, sous le vocable de Sainte-Anne-la-Royale. Mazarin, en mourant, légua aux Théatins cent raille écus pour la construction d'une nouvelle église.

les douze anciens de la Maison et Société de Sorbonne^ comme il est dit cy-dessus.

Plus il y aura audit Collège huit Classes et autant de Régents: sçaYoir^ six d*Humanitez^ et deux de Philosophie ; tous lesquels Régents seront Bacheliers en Théologie^ et nommez par le Grand- Maistre.

11 y aura un Chappelain aussi nommé par le Grand-Haistre^ de telle qualité qu'il luy plaira.

Les serviteurs communs dudit Collège seront aussi nommez par le Grand-Haistre ; et le Principal de chacune Nation nommera les serviteurs particuliers pour le service de sa Nation.

Ne sera fait aucune distinction des Nations pour tous les Officiers cy-dessus^ tant communs que particuliers.

Les Nominateurs de la Maison et Société de Sorbonne^ les Grands^Haistres et les Principaux sont priez de n'avoir autres considérations que de nommer les plus capables^ eu égard à la fonction à laquelle ceux qui seront nommez devront estre employez^ et de prendre garde que les purs sentimens de la Religion, et la probité des mœurs soient joints à la suffisance.

Les Ecoliers de chacune Nation seront régis et gouvernez par les Principaux et Sous-Principaux établis pour leurs Nations; chacun Sous-Principal soumis à son Principal ; et les Principaux mesmes des Religieux de l'Ordre des Theatins soumis au Grand-Haistre.

Les Officiers d'une Nation seront indépendans des autres, et tous soumis à la supériorité, intendance et direction du Grand-Mai stre, comme dit est.

Le Grand-Maistre sera soumis aux quatre Inspecteurs, et ceux-cy aux douze plus anciens Docteurs de la Maison et Société de Sorbonne, y demeurans.

Les comptes du Collège seront rendus par le Procureur commun d'iceluy, en la présence du Grand-Maistre et des quatre Principaux, pardevant les quatre Inspecteurs, qui pourront visiter le Collège et la Bibliothèque quand bon leur semblera.

A regard de la Bibliothèque, il y aura un Bi bliothecaire, qui sera aussi nommé par les douze anciens Docteurs de la Maison et Société de Sorbonne y demeurâns, un Sous-Bibliothecaire, et deux serviteurs de la Bibliothèque ; lesquels Sous- Bibliothecaire et serviteurs seront choisis par le Bibliothécaire, qui en demeurera responsable.

Le Bibliothécaire sera tenu se charger des Livres de la Bibliothèque, dont il fera inventaire, ou recollement de celuy qui en aura esté fait, dequoy il donnera trois copies signées de luy. Tune entre les mains de Messieurs les Gens du Roy du Parlement, une autre qui sera mise en la Bibliothèque de la Maison et Société de Sorbonne, et une autre entre les mains du Grand-Maistre du Collège.

Sera fait pareillement vn Inventaire ou Mémoire des manuscrits Grecs et Latins que mondit Seigneur le Cardinal Duc donne audit Collège^ avec sa Bibliothèque des Livres imprimez.

Sera aussi fait un mémoire des tablettes^ tables^ armoires^ bancs et sièges servans à ladite Bibliothèque^ que son Eminenoe donne encore par ces Présentes.

Veut son Eminenoe que ladite Bibliothèque soit ouverte à tous les gens de Lettres deux fois par chacune semaine^ à tel jour qu'il sera avisé par les quatre Inspecteurs^ et par le Grand-Haistre dudit Collège.

Il y aura à TAcadémie un Ecuyer^ un Créat^ up Haistre à danser^ un Maistre tant à faire des armes qu'à voltiger, un Haistre de Mathématiques, et les serviteurs nécessaires.

L'Ecuyer sera nommé par son Eminence, ou par Taisné de ceux qui porteront son nom et ses armes, et les autres Officiers nommez par rEcûyer.

Les quatre hispecteurs et le Grand -Maistre pourront faire les ré^lemens pour la police particulière du Collège^ et de la BiUiotheque, et l'Ecuyer ceux de la polka particulière de F Acadèmie«

Quant aux régiemens généraux, ils seront faits

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