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MOYENS DE COUVERTURE

La voûte qui, dans certains pays, est l'élément primordial de l'architecture romane, n'occupe dans ce style, en Belgique et particulièrement dans le Brabant, qu'une place tout à fait secondaire. Les parties principales de nos édifices ne sont pas voûtées. On réserve ce genre de couverture pour les tours, les absides du chœur, les cryptes et quelquefois les transepts, les cages d'escalier et les bas-côtés.

Cependant nos constructeurs sont, dans une certaine mesure, au courant de la confection des diverses sortes de voûtes : le berceau, le cul-de-four, la voûte d'arêtes, même la coupole et, à la fin de la période, ils s'essayent à la croisée d'ogives. La voûte en berceau, la plus simple et la plus facile à construire, se voit dans la tour de deux églises des plus anciennes : Watermael (fig. i y 3) et Berthem (fig. Si) ; elle y est basse et très épaisse. 11 y en a aussi aux croisillons de l'église de Cumptich (fig. i o3), mais l'un de ces croisillons est reconstruit. La voûte en cul-de-four est réservée aux chevets des chœurs se terminant en hémicycle : il en existait jadis un grand nombre; actuellement les seuls chevets originaux de quelque importance se trouvent à Berthem et à Butsel (fig. loo). D'autres se voient aux petites absides du chœur à Cumptich et Neerheylissem, ainsi qu'aux chapelles de l'étage à l'avant-corps de Nivelles.

Les voûtes d'arêtes ont été mieux conservées ; elles diffèrent notablement entre elles par l'élégance de leur tracé et le surhaussement de leurs clefs. On peut en voir aux cryptes de Mousty, d'Anderlecht (fig. i68), de Nivelles (fig. 1.89), à l'avant-corps de cette dernière église, aux tours de Crainhem (fig. iSi), Sainte- Vérone (fig. 39), Hérent, Neeryssche, aux chœurs de Bierbeek et de Cumptich et aux bas-côtés de l'église du Parc (fig. 73). L'avant-corps de Nivelles compte plusieurs belles voûtes en coupole, parmi lesquelles celle du centre (fig. 188) a un diamètre de

9 mètres et une hauteur sous clef de 18 mètres. De même que les petites Caractères coupoles, elle est percée au centre d'une ouverture circulaire. Elle est généraux. d'une si grande solidité que, lors de l'incendie de 1859, les lourdes cloches tombant sur elles d'une hauteur de 1 5 mètres ne purent l'ébranler.

Comme la plupart des voûtes sont plâtrées à l'intrados, on peut difficilement se rendre compte de la façon dont elles sont appareillées : celles du Parc, quoique très irrégulières à l'extrados, sont des plus soignées à l'intérieur. Dans les cryptes, les diverses travées des voûtes sont séparées par des arcs doubleaux. Faiblement accusés, mais assez larges, à Nivelles, ces arcs sont étroits et saillants à Anderlecht.

Les cages d'escalier de Saventhem et de Nivelles sont, comme nous l'avons dit, couvertes d'une voûte en berceau hélicoïdal.

Toutes les parties de nos églises, en dehors de celles que nous venons de signaler, sont recouvertes par de simples plafonds ou, du moins, elles l'étaient primitivement. Ces plafonds sont en relation intime avec les charpentes et les toitures. Quelques édifices ont gardé plus ou moins intacte leurs premières charpentes : les plus intéressantes se trouvent à Bierbeek (fig. 88), Mousty (fig. 176) et Vossem (fig. 53 et 54). Celles de Haut-lttre et de Berthem sont moins bien conservées.

Aucune toiture ancienne, à part les flèches des tours, n'a une pente supérieure à 45° : toutes se rapprochent de cet angle. Le seul système de charpente employé est celui des chevrons portant ferme, distants, dans les exemples subsistants, de o'"8o à 1 mètre et dont la pièce principale est l'entrait, qui mesure de o'"3o à o"35 d'équarrissage. Cet entrait ne fait pas office de tirant, il supporte le poids de toute la toiture comme dans les combles antiques. La ferme se compose d'un nombre plus ou moins grand de pièces, d'après la portée de l'entrait : les soutiens intermédiaires sont un faux entrait, des poteaux et potelets verticaux. A Vossem et à Hautlttre, les poteaux font défaut. L'assemblage de ces diverses parties est combiné de façon à entamer le moins possible les membres principaux ; les pattes des assemblages sont de forme irrégulière et ceux-ci sont consolidés par des chevilles de bois. Au chœur de Vossem, à la tour de Vieux- Héverlé, à celles de Berthem et de Haut-lttre, les chevrons dépassent le parement extérieur des murs en formant corniche. Les voliges du toit sont clouées directement sur des chevrons. Nous ne savons pas cependant si, pri-

mitivement, ces derniers n'étaient pas reliés par des lattes, car vraisemblablement la plupart des églises romanes ont été, à l'origine, couvertes de tuiles en terre cuite.

Les entraits reposent sur les murs par l'intermédiaire de deux sablières. A Parc, où la longneur de la nef est assez considérable, ils étaient renforcés par des fiches obliques formant console (fig. 68 et y3). Les planches du plafond sont clouées directement sur la face supérieure des entraits : les poutres y étaient donc visibles à l'intérieur de l'église. A Vossem, des gîtes sont superposés aux entraits (fig. 53). Mais à Bierbeek et à Mousty, au contraire, les planches sont clouées sur la face inférieure de ceux-ci. Dans la première de ces églises, le débit du bois est soigné, tandis qu'à Vossem et surtout à Mousty, les pièces sont à peine équarries.

ORNEMENTAT! ON

Si, comme nous l'avons dit, la grande caractéristique de notre style roman est son extrême simplicité, au point même que certaines églises sont dépourvues de toute sculpture, il est évident que le chapitre consacré ici à l'ornementation ne peut avoir qu'une importance relative.

Du reste, en parcourant les divers éléments de la construction, nous avons déjà parlé des ornements qui peuvent quelquefois les relever. 11 ne nous reste qu'à dire un mot des sculptures considérées en elles-mêmes. Les plus anciennes sont très grossières : il suffit de voir le chapiteau de Crainhem (fig. 149) pour s'en convaincre. Les sculptures sont méplates, les motifs sont empruntés au règne animal ou aux tracés géométriques. Au porche de Hérent, les chapiteaux sont ornés d'animaux fantastiques et de signes du zodiaque déjà beaucoup mieux interprétés. Aux parties anciennes de l'abbaye du Parc, les sculptures des chapiteaux représentent des feuillages traités en creux. Ils ont déjà du relief à Cumptich et la frise du tailloir qu'on voit en cette église témoigne d'une certaine habileté.

Au porche de Nivelles, qui est l'ensemble le plus orné de la province, nous avons les exemples les plus anciens de la statuaire décorative. Les colonnettes du porche sont décorées de statues d'un certain mérite et les bases reposent sur des lions. Quant aux demi-reliefs de la porte de Samson, ils témoignent d'une technique perfectionnée et d'une parfaite entente de

Caractères généraux.

la décoration ; les rinceaux des montants sont des modèles sous ce rapport. Caractères Aux portes de l'hôpital de Louvain et de Berthem, se montrent des têtes généraux. grimaçantes portant les retombées des larmiers. Ceux-ci sont ornés de feuilles d'acanthe à Berthem et de pointes de diamant à Louvain. L'un des tores de Louvain est, de plus, orné de feuilles imbriquées interprétées avec un réel mérite.

Pour avoir une idée de la sculpture romane dans notre pays, il faudrait étudier non seulement les monuments mais aussi les pièces de mobilier, telles que bénitiers et fonts baptismaux, fréquents dans nos églises de campagne. Le cadre de cet ouvrage ne nous permet pas d'entreprendre cette étude.

Pour classer les édifices romans suivant leur degré d'ornementation, il y lieu de signaler d'abord ceux qui sont dépourvus, non seulement de sculptures, mais même de moulures de quelque importance. Telles les églises de Berthem (sauf la porte du sanctuaire), Sainte-Vérone, Leefdael, Héverlé, Vieux-Héverlé, Haekendover, Mousty, Haut-lttre, Watermael, Haeren, Saventhem, Lelle, etc. D'autre part, les édifices les plus ornés sont l'avant-corps et le chœur de Nivelles, la porte de l'hôpital à Louvain, la tour de Hérent, les nefs d'Orp-le-Grand et le chœur de Cumptich. Les autres édifices occupent une position intermédiaire.

Si nous mettons en rapport les diverses caractéristiques de nos églises avec leur distribution topographique sur le territoire de la province, nous remarquons qu'elles se rencontrent indifféremment partout, que le style roman y présente un ensemble d'une grande unité et doit procéder d'une influence unique. Il est cependant à cette règle une exception. Nous avons, au chapitre 11, classé les églises des autres régions du pays en églises de style mosan et églises de style scaldin, d'après la place qu'y occupe le clocher. Le type à clocher occidental se rencontre fréquemment en Brabant, le type à clocher central n'y est représenté, à la période strictement romane, que par l'église de Mousty. Mais il y a un type intermédiaire qui a le clocher disposé près du chœur sur le presbyterium. A l'exception des églises de Vieux-Héverlé et de Bost, tous les édifices de ce type se trouvent dans la région occidentale du pays, tandis que l'autre est, de loin, prédominant du côté oriental.

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