INTRODUCTION
L'année 1906 a été capitale pour le syndicalisme ouvrier en France. = Non par l’augmentation du nombre des ouvriers : 836.000 au 1° janvier, 896.000 au 31 décembre. L'augmentation était de 9,5 0/0. Elle avait été de 48 o/o du 1° juillet 1890 au 30 juin 1891; de 4x ofo du 1% juillet 1891 au 30 juin 1892 (1). En 1906 même,
1. Voir, en tête de l'Annuaire des syndicats (1912), le tableau récapitulatif 1890-1911. Les chiffres ne comprennent pas les membres ouvriers des syndicats mixtes.
Le nombre des ouvriers syndiqués était de 139.000 au 1° juillet 1890, de 205.000 au 1° juillet 1891, de 288.000 au 1°" juillet 1892, de 402.000 au 1° juillet 1895. Au point de vue du recrutement, ce sont les grandes années. Vient ensuite la période du r°' janvier 1899 au 31 décembre 1900, où l'effectif monte de 420.000 à 589.000.
Les périodes de stagnation ou de recul sont : du 1° juillet 1893 au 31 décembre 1898, où l'effectif ne s’élève que de 402.000 à 420.000; l’année 1908 où, entre le 1° janvier et le 31 décembre, l'effectif baisse de 957.000 à 945.000.
A. May I
en Allemagne, l'accroissement du nombre des ouvriers syndiqués était de 22 0/0 : 1.820.000 au 1er janvier, 2.213.000 au 31 décembre (1). ;
L'année 1906 apporta aux syndicats ouvriers français la révélation soudaine de leur pouvoir politique, et l'affirmation définitive de leur tendance sociale.
Auparavant, malgré les publications remarquables des spécialistes, l'opinion publique ignorait presque le syndicalisme. Après 1906, il fit plus que l'intéresser, il l’hypnotisa. Dès le commencement de l’année, qui devait être une année d'élections législatives générales, un grand journal conservateur, l'Écho de Paris, publiait sous la signature de M. Gaston Dru un reportage sensationnel sur les syndicats ; ce reportage était intitulé : la Révolution qui vient. En même temps, la façade de l'immeuble de la Bourse du Travail de Paris était ornée d’une banderole gigantesque portant cette inscription : À partir da 1e mai 1906 nous ne travaillerons que huit heures par jour. Et l'annonce de la célébration du Premier mai, journée traditionnelle dans le monde entier depuis 1890, provoqua chez nous une panique sans précédent (2).
1. Voir Édouard Fuster, les Progrès des syndicats socialistes et le congrès des ouvriers loyalistes, correspondance d'Allemagne aux Annales du Musée social (nov. 1907). — Questions pratiques de législation ouvrière (fév. 1908).
2. Sur les origines du chômage socialiste du Premier mai, lire Gabriel Deville : Historique du Premier mai dans la revue Le
De fait, à l’occasion du Premier mai (un peu avant, le jour même, ou tout de suite après), un grand
nombre de grèves éclatèrent. Celle des mineurs du Nord et du Pas-de-Calais fut tragique, et réunit, à elle seule, 61.371 grévistes, et fit chômer 2.708.286 Journées. En dehors d'elle, 295 grèves, atteignant 12.965 établissements, réunissant 202.507 grévistes, faisant chômer 3.571.033 journées. En tout, pour le seul mouvement du Premier mai, 264.000 grévistes,