‹ Les origines du théatre a BesanconChapitre 1 sur 7 · LES · texte numérisé non relu

LES

Par M. Ulysse Robert, membre résidant.

Lu dans la séance du 10 janvier 1900.

Si l'on voulait rechercher les origines du théâtre à Besançon, il faudrait remonter jusqu'à l'époque romaine. Les ruines du square archéologique et celles des arènes sont là pour attester que, déjà alors, les Séquanais n'étaient pas plus que leurs descendants ennemis du plaisir. Au moyen âge, certaines cérémonies bizarres remplacèrent, dans les églises et au dehors, les anciennes représentations scéniques ; telles sont, pour n'en citer que quelques-unes, celles des fêtes de l'Annonciation et des Rois; la fameuse fête des fous, dans laquelle les enfants de chœur, les clercs et le personnel subalterne des églises, se substituant pour un jour au haut clergé et élisant parmi eux un pape, un archevêque, un évêque, des cardinaux qui parodiaient les offices liturgiques et se répandaient à cheval, à pied dans les rues, chantant, criant, hurlant, se bousculant.

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souhaiter la continuation de recherches si heureusement inaugurées et émettre le vœu que certains objets métalliques soient soumis à une analyse chimique.

J'ai pensé que la Société des Antiquaires de France tiendrait à faire connaître aux archéologues de notre pays les conquêtes scientifiques que la Commission impériale d'archéologie multiplie sur ce sol immense et fécond de l'empire russe.

donnant, en un mot, à la population le spectacle des extravagances les plus bouffonnes et les plus invraisemblables. Ces distractions, si on peut les appeler ainsi, ont eu leurs historiens en la personne de nos érudits les plus graves, parmi lesquels il convient de citer MM. Auguste Gastan et Jules Gauthier*.

A mon tour, je voudrais essayer de dire ce que fut le théâtre à Besançon jusqu'à la Révolution.

Gonmie les divertissements dont je viens de parler, c'est dans les églises, notamment à Saint- Jean, qu'il a pris naissance; ce sont des sujets religieux, appropriés aux fêtes solennelles, tels que la Passion, la Résurrection, l'Ascension, la Pentecôte, la fête des saints Ferréol et Ferjeux, des histoires ou paraboles de l'Ancien et du Nouveau Testament, etc., qui en fournissaient la matière; c'est le même personnel qui tenait les rôles; c'étaient les recteurs des enfants de chœur qui les leur faisaient apprendre et en surveillaient l'exécution; c'était le séchai, ou intendant du Chapitre, qui s'occupait des préparatifs, payait les dépenses et régalait ensuite les acteurs de ces représentations.

1. Le forum de Vesontio et la fête des fous à Besançon, par Aug. Gastan, dans les Mémoires de la Société ^émulation du Douhs, t. XXXm, 1877, p. 338 et suiv.; La fête des fous au Chapitre de Besançon^ par M. J. Gauthier, dans les Mémoires de V Académie de Besançon, t. GXXVI, 1876-1877, p. 183.

Les représentations étaient publiques. Elles intéressaient vivement la foule par leur caractère naïf, quelquefois trivial et pas toujours exempt de farces grossières, contre lesquelles l'autorité ecclésiastique s'élevait lorsqu'elles lui paraissaient par trop choquantes. Il fallait pour cela aller bien loin, car le moyen âge ne brillait pas précisément par une pruderie excessive; en littérature comme en art, il dépassait souvent les limites permises.

Les mystères étaient généralement fort longs ; ils ne pouvaient pas, pour cela, être joués en une seule fois; les accessoires et les décors étaient très variés, nous le verrons bientôt. Il en reste à la bibliothèque de Besançon, sous le n** 579 du fonds des manuscrits, un bien curieux échantillon de la seconde moitié du xiv® siècle. Il a pour objet le « jour dou jugement. » Il a formé 40 feuillets (il n'en contient plus maintenant que 36) à deux colonnes. Je ne saurais dire s'il a été représenté à Besançon. M. Roy, professeur à la Faculté des lettres de Dijon, qui en prépare une édition pour la Société d'émulation du Doubs, en déterminera, je n'en doute pas, l'origine, soit par la langue, soit à l'aide des indices divers qui peuvent se trouver dans le texte. Les plus anciens registres de délibérations du Chapitre étant de date postérieure, l'étude du manuscrit permettra seule de nous fixer à cet égard.

Pour l'époque plus récente, nous sommes mieux documentés, et nous savons par ces

registres ou par ceux des délibérations de la municipalité quels sont les mystères, les moralités et les pièces quelconques représentés à Besançon presque jusqu'à la fin du xviii® siècle.

Le 9 juillet 1421, le Chapitre réglemente le « jeu » dit des Apôtres, qui était déjà donné chaque année ^ le jour de l'Ascension à Saint- Étienne et le jour de la Pentecôte à Saint-Jean. Ce « jeu » devait remonter à une certaine époque. Les choriaux qui y figuraient recevraient à l'avenir, avant la grand'messe, un quartier de mouton, un setier de vin et six pains blancs ou dix sous de bonne monnaie^.

Feu M. l'abbé Morey, curé de Baudoncourt, m'a autrefois communiqué une liste de quelques décors et accessoires employés dans ce « jeu. » Je le reproduis ici comme un des rares spécimens du genre qui soient conservés :

« Fault des pierres fainctes pour lapider sainct Estienne.

« Se fault grant tonnerre en enfer pour la perte qu'ils ont faict de l'ame de sainct Estienne.

« Fault ung chariot pour l'eunuque de la royne Candace avec deux chevaulx et ung coffre de bahut qui soit riche et deux coessins qui soient riches. Ung chariot pour Saulus.

« Fault ung chameau et ung dromadaire pour Abanes, qui va quérir a Homme un architecte.

i. Registre des délibérations capitulaires aux archives départementales du Doubs, G 178.

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€ Fault un mur en Damas auquel soit descendu Saulus en une courbeille d'ouzier.

« Un lyon qui estrangle soudoienement le sommelier d'Andermopolus, qui bailla sur la joue un soufflet a sainct Thomas.

« Symon Coriarius faict ung petit diner a sainct IPierre et aux messagers de Cornélius centurion.

« Fault un chat huant pour Herode Agrippa qui lui doibt voiler sur la teste ou sur l'espauUe.

« Fault une ydoUe qui doit rire par le commandement dudict Symon [le magicien].

« Fault un chien qui chantera par le commandement du dessusdict.

« Fault un serpent d'airain a terre qui chemine par bonds.

« Une tour en forme de Capitole sur laquelle montera Symon Magus pour voiler.

« A l'endroict de la cheutte fault Sathan et Cerberus et aultres diables apparaissant, puis sera tiré par eux Symon Magus en enfer.

< Fault que tous les diables se mectent en un i/ rondeau et Sathan au millieu.

€ Fault des lunettes pour Sathan.

« Fault qu'il se fasse un tremblement de terre tellement que l'huys de la prison se doit ouvrir.

< Fault un dragon le plus horrible que se pourra, qui se couchera aux pieds de sainct Mathieu.

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« Un temple et une ydoUe qui doit hurler de cruelle voix,

« Fault avoir du bois pour brûler sainct Barnabe et fauldra un corps fainct, plein d'os et de trippes.

« Fault une secrète pour faire cheoir du hault l'enfant nommé Anticus, estant au sermon de sainct Paul.

« Fault deux couteaulx faincts desquels seront tués Symon et Jude.

« Fault de la poix pour fondre et rhabiller le navire qui porte sainct Pol, » etc.

Le mystère des Apôtres était encore représenté en 1454 et en 1455^

En 1 453, la victoire de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, sur les Gantois révoltés, donna Ueu, en signe de réjouissance, à la représentation du mystère des Macchabées*.

. Pour la première fois, semble-t-il, en 1 469, on joua les mystères de la Résurrection et de l'Apparition de Notre-Seigneur, le matin du jour de Pâques et le lundi après midi. Jean Liéget et H. Faivre (« Fabri »), conducteurs desdits mystères, reçurent une allocation de six francs et trois quarrils de vin pour leurs dépenses^.

i. Registre des délibérations capitulaires aux archives départementales du Doubs, G 181.

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