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Les origines égyptiennes du droit civil romain

Je sais qu'on a récemment battu en brèche Tauthenticité historique de la loi des XII tables. Pour moi, j'y crois. Je pense même qu'il ne faut pas traiter de légendes les récils des anciens à son sujet. On peut voir dans mon « Précis de Droit égyptien » qu'au point de vue chronologique elle concorde à merveille avec la période juridique que les nouvelles découvertes papyrologiques, etc. nous ont fait connaître.

Au fond, l'histoire de l'humanité est une en plusieurs chapitres ; et dans l'antiquité comme de nos jours les progrès, les reculs en ont été à peu près parallèles.

Sans doute il y a des questions de tempérament pour les races comme pour les individus. Il n'est pas téméraire de dire que le tempérament des Egyptiens était philosophique, le tempérament des Chaldéens, commercial et économique, le tempérament des Grecs, politique, et le tempérament des Romains comme, d'ailleurs, des Doriens en général, militaire. Le Quirite était par excellence l'homme de la lance (quiris); comme l'habitant de la vallée du Nil l'homme des hautes pensées morales; le Babylonien, l'homme des chiffres et des intérêts; l'Ionien, l'homme choisi par la Providence pour servir de lien à tous, pour frapper à toutes les portes et pour connaître à merveille toutes les fmesses du gouvernement des âmes.

C'est à ces diverses sources que nous avons pris toute notre civilisation; car, en dépit de Fustel de Goulanges, qui, du reste, tendait à se convertir sous ce rapport à la fm de sa vie d'après

VI '' AVANT-PHOPOS

une lellre qu'il m'a écrite, nous pouvons affirmer que nous ne tenons rien de l'Inde, si ce n'est peut-être un sang commun, et que les Juifs ne nous ont guère' fourni que leurs traditions messianiques bien à tort répudiées par eux maintenant et l'avarice avec laquelle ils ont gardé malgré tout Jéhovah.

En ce qui concerne spécialement le droit, il faut renoncer maintenant à croire que les Romains en furent les prophètes, alors que, pour tout le reste, quand ils cessèrent d'écrire leurs archives avec des clous et de prendre les écrivains pour des peintres ipicfor), ils se bornèrent à copier ce que leur fournissaient les civilisations plus antiques.

Pour les idées, ils firent ce que leur pater patrntus faisait pour les dieux. Ils attirèrent chez eux celles ou ceux des autres.

Aussi avions-nous fait le projet, mon frère, le D"" Victor Revillout, qui fut l'initiateur des études de droit chaldéen, et moi, de publier une nouvelle édition du Corpus juris, commenté, non plus seulement d'après les inscriptions, etc., comme celle de Mommsen, mais d'après les origines juridiques de chaque loi, de chaque texte, page par page. On y aurait vu que tout le droit commercial, tout le droit des obligations de l'époque classique est venu de Ghaldée-, tout le droit politique de Grèce et que c'est à l'Egypte qu'on a emprunté la philosophie du droit et les hautes conceptions de l'état des personnes.

C'est de l'Egypte aussi que sortirent à plusieurs reprises les révolutions juridiques du droit romain. Et c'est ici que j'en reviens au principe énoncé par moi tout d'abord, à savoir que « l'histoire de l'humanité est une en plusieurs chapitres et que, dans l'antiquité comme de nos jours, les progrès et les reculs ont été à peu près parallèles. »

En effet, en tout ce qui touche l'homme (être tout de comparaison et chez lequel cette faculté est le principal point d'appui de l'intelligence) les questions de mode sont aussi importantes que les questions de tempérament. Il arrive même que, par mode, telle race en vient à s'écarter complètement des traditions de sa nature. On en a vu des exemples chez nous. Le succès ne règle-t-il pas tout ici-bas ?

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