CONCLUSIONS
I. — Les ostéomes de l'orbite et des cavités avoisinantes sont des tumeurs bénignes et dont la structure est celle de los. Ils peuvent s’accroître indéfiniment, adhèrent aux os voisins et ne sont libres que très exceptionnellement. Ils se développent en dehors de toute influence microbienne et n’ont aucun rapport avec la syphilis ; ils ne se résorbent jamais.
IT. — Ce sont des tumeurs rares, car malgré des recherches très consciencieuses, la littérature médicale allemande, américaine, anglaise, française, hollandaise, italienne, latine, russe et suédoise ne nous a fourni que 149 cas d’ostéomes de l'orbite et des cavités avoisinantes.
IT. — L'influence du traumatisme sur leur développement est certaine; nous l’avons relevée 20 fois sur 140.
IV. — Contrairement à l’opinion de certains auteurs, ces tumeurs peuvent apparaître dans l’âge mûr, ainsi que nous l’avons remarqué 27 fois sur 89 dans les observations qui ont noté ce renseignement. Toutefois leur fréquence est plus grande dans ladolescence : 14 fois sur 49 avant l’âge de quinge ans et, 47 fois sur 89 de quinse à vingt-cinq ans, soit 53 0/0.
V.— Au point de vue anatomique, il faut distinguer les ostéomes éburnés, les compactes etles spongieux. En con-
tradiction avec l’opinion courante nous avons constaté que le
traumatisme n’influe pas sur la consistance de ces tumeurs,
VI. — La théorie qui attribue aux ostéomes une origine osseuse est la plus probable.
VII, — La ponction exploratrice est nécessaire pour préciser le diagnostic ; elle écartera la présomption d’une Zéontiasts ossea localisée. Dans certains cas, l'éclairage des sinus etl’emploi des rayons X rendront de grands services.
VIIL. — Les ostéomes de l'orbite, par leur développement ultérieur, pénètrent dans le cerveau et la mort survient au milieu des symptômes cérébraux. À l’appui de cette thèse nous avons trouvé 9 cas, qui démontrent nettement le mécanisme de cette complication.
IX. — Le précepte de Mackenzie-Berlin, d’après lequel il est préférable d’enlever l’œil plutôt que la tumeur lorsqu’elle occupe la paroi supérieure de lorbite est à rejeter, car l’ostéome, n’étant point arrêté dans son développement, menacera toujours la vie du malade.
X. — Excepté dans les cas où il existe des symptômes cérébraux manifestes, une opération est {oujours indiquée, et plus tôt on la tentera, plus on aura de chances de succès.
XI. — Actuellement l'intervention chirurgicale n’est pas aussi dangereuse que le prétendent certains auteurs. M. Berlin trouve 25 0/0 de mortalité pour les ostéomes des diverses parties de l’orbite et 38 0/0 pour ceux de la paroï supérieure. M.Bornhaupt est plus pessimiste, car il accuse pour lesostéomes du sinus frontal une mortalité de 63 0/0. Nous opposons à ces chiffres notre statistique de 113 cas qui ne nous donne que 12 décès imputables à l'opération, soit 10,6 0/0 ; nous sommes là bien au-dessous des 25 0/0 de M. Berlin ! En procédant à un examen plus minutieux les
10,6 0/0 peuvent être considérablement abaissés. Ainsi de
nos douse décès, les huït sur quarante-trois opérés appartiennent à l'époque comprise entre 1850 et 1874 (soit 18,6 0/0) ; les autres quatre décès sur cirquante-neuf opérés relèvent de 1875 à 1900, époque de l’emploi des méthodes antiseptiques ; aussi la mortalité diminue d’une façon appréciable, elle n’est que de 6,77 0/0.
Les 63 0/0 de M. Bornhaupt sont passibles des mêmes remarques. Sur nos 81 cas d’ostéomes ayant pénétré dans le sinus frontal, nous notons on£se décès, soit 13, 5 0/0, chiffre très élevé mais bien inférieur à celui de M. Bornhaupt. Entre 1850 et 1874, sur vingt-huit opérés il y a eu huit décès, soit 28, 6 0/0 de mortalité. L’ère antiseptique diminue ce chiffre; en effet, entre 1875 et 1900 nous n’avons que érois décès sur quarante-six opérés, soit 6,5 0/0 de mortalité.
XII. — La mortalité opératoire la plus élevée s’observe pour les ostéomes de la paroi supérieure ou supéro-interne de l’orbite. Les ostéomes des autres parois n’ont donné qu’un décès sur vingt-cinq opérés.
XIII. — L'opération partielle, c’est-à-dire la résection a donné, sur 16 cas, 10 décès et 6 guérisons. Sept malades sont morts de méningite et trois de la pénétration du reste de la tumeur dans le cerveau. Ceci eut lieu une fois trois ans après l’opération et deux fois cinq ans après. Trois quérisons eurent lieu avec fistules ayant provoqué une fois la perte de l’œil ; les trois autres quérisons furent définitives. Par conséquent, l'opération de choix est l’ablation totale de la tumeur.
XIV. — La condition essentielle de cette opération est d'attaquer l’ostéome par sa base, toutefois après l’avoir bien
délimitée.
XV, — La pénétration jusqu’àla dure-mère pendant l’opération n’a provoqué aucune mauvaise suite dans les 5 cas qui ont été notés jusqu’à présent.
XVI. — Dans lés cas où les dimensions énormes de lostéome feraient pencher le chirurgien vers l’ablation partielle, la méthode de forage de Grosmann est indiquée. Elle évite le martelage de la tumeur et par conséquent l’ébranlement du cerveauquia certainement contribué beaucoup à la ménin-
gite chez les opérés dont on a eu à déplorer le décès.
Vu et approuvé par le.président de la thèse
TILLAUX Vu ; le Doyen, BROUARDEL Vu et permis d'imprimer :
Le Vice-Recteur de l'Académie de Paris,