II . PRÉFACE
système ces personnalités diverses. De Tenthousiasmé, il ne nous était guère possible d'en éprouver pour ces natures, la plupart sans élévation, et, quant à un système, tout au plus pouvions-nous les rallier à la désorganisation du principe classique.
Un ouvrage par lequel nous avons préludé à ces exhumations, et qui est consacré tout entier à Texamen des deux cents volumes de Rétif de la Bretonne^ nous a prouvé qu'il n'était pas impossible de vaincre certaines préventions du public et de défaire en par- » tie ses opinions ^ Les œuvres, jadis tant conspuées, du romancier des halles, sont aujourd'hiii en haute valeur dans les rentes publiques. Il y a ëvidemment sinon réaction, du moins curiosité. Nous n'ayons pa nous empêche^ de tirer de ces symptômes un encoaragement.
U nous a semblé, en outre, que le mouvement d'attention que nous voulions essayer de diriger sur ces écrivains, tombés en disgrâce» avait son équivalent dans le mouvement de vogue qui s*est déterminé, depuis trente ans, en faveur d'un assez grand nombre d'artistes français du dix-huitième siècle, longtemps négligés, tels que Jeanrat, Char-* din, Lépicié, Moreau le Jeune, Debucourt. Les ana-
1. Rétif de la Bretonne, ud vol. in- 12, a^ec portrait et facsimilé; tiré à 500 exemplaires sur vergé, yélin et papier de Bollande. -— Paris, 1854 ^ AlTorès, éditeur, rue de la Lnne.
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logies de manière et de tempérament nous ont paru nombreuses. Excès de naïveté on de préciosité, tout, dans Tune et l'autre œuvre, est empreint du même cachet national. Pastellistes de cuisinières, romanciers d*alcôye» graveurs de courtilles, ils disent bien les mœurs deleur époque, surtout les mœurs d'excei^tion, et ils ont cette qualité énorme, la vie, qui ai parfois défaut aux grands maîtres.
Ces auteurs sont surtout des hommes avant d'être des auteurs; la préoccupation du public n'est que secondaire chez eux, et tout est bien dès qu'ils sont satisfaits. Ils maltraitent le style pour arriver à Tef* fet plus rapidement. Déjà déconsidérés dans leur temps» on ne s'étonne pas s'ils disparaissent complètement sous l'Empire, refoulés par les pâles resr taurateurs du bon goût. Il fallait une époque comme la nôtre, dégagée de toute rhétorique, idolâtre d'individualisme, interrogeant Part avec des yeux avides et agrandis, pour venir réveiller leur mémoire, remettre leur talent en question, et leur restituer une part d'influence dans le passé aussi bien que dans le présent.
Peut-être nous reprochera-t-on, malgré cela, de n'avoir pas repoussé à coups d'aviron quelques-unes des ombres informes qui se cramponnaient à notre barque. Si Linguêt, si Mercier rencontrent une certaine indulgence, les autres courent le risque d'être rejetés une seconde fois par l'opinion. Cela ne nous