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AUX SOUSCRIPTEURS

Grâce à Tâccueil que vous avez bien voulu nous &lre, notre tâche est terminée, et ce n^est pas sans un vif sentiment d'orgueil que nous constatons arec quelle promptitude nous avons atteint notre but. Aussi croyons-nous devoir vous communiquer quelques-unes de nos impressions. *

Le livre des Ouvriers de Paris^ écrit par un bomme qui a été ouvrier, ne sera-t-il pas un des traits caractéristiques de rhîstoîre intellectuelle de notre époque si différente de ses aînées ?

Yos.noms prouvent que ce fait a été compris. Dans la liste qui va suivre se trouvent les hommes les plus sincèrement dévoués aux classes laborieuses : des Magistrats, des Avocats, des Savants, des Historiens, des Publicistes, des Poètes, des Artistes, des Manufacturiers, des Négociants, de grandes Administrations, des Employés, des Chefs d'atelier, des Travailleurs manuels, et enfin des noms inconnus qui ne sont pas les amis les moins ardents de l'auteur et de son livre.

Si chacun de vous a contribué aux frais de sa publication, c'est afin de témoigner non-seulement de son amitié pour l'auteur, mais encore de sa sympathie pour son œuvre.

Presque toutes les productions de ce genre ont été

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écrites par des esprits bien intentionnés, chercheurs consciencieux du yrai et du juste, — il n'y a point de doute ; — mais malgré leurs qualités et des talents réels, ces écrivains n'ont pu donner que des approximations ou des considérations générales, quelquefois étrangères au sujet. Examinons s'il y a lieu de leur en adresser un reproche.

Qu'un écrivain favorisé par la fortune, doué d'heureuses facultés littéraires développées sans contrainte ni souffrance, et d'une âme noble et généreuse, mette tout son cœur dans un livre semblable à celui qui nous occupe, aura-t-ii toujours vu juste? L'aura-t-il même pu?... Nous ne le croyons pas. Mais si, en dépit de tous les obstacles, un enfant du peuple parvient à manier la plume comme un littérateur de profession, pensez -vous que son livre n'aura pas un caractère supérieur de vérité et d'exactitude? Pour notre part, nous n'hésitons pas à lui donner, sous ce rapport, la préférence sur le premier.

Or Pierre Yinçard est un de ces littérateurs enfants du peuple. Fils d'ouvrier, il a, ainsi que ses ancêtres, vécu de la vie d'atelier. Dans ses rares instants de repos , dans les ardentes yeillées conquises sur son sommeil, Pierre Yinçard,^ayant quitté l'outil, apprenait à exprimer sa pensée. Il vient aujourd'hui raconter ce qu'il a vu, transmettre ce qu'il a étudié, et nous initier, preuves en main, à des choses que nous ignorions. Voici du reste ce qu'un penseur éminent, M. Golins, écrivait en -1854 à propos de notre ami :

« Fils de sa propre volonté, Pierre Yinçard s'est fait lui-même ce qu'il est. Depuis dix-sept années, il est resté

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sur la brèche pour montrer la nécessité d'anéantir le paupérisme.

« Luttant contre la misère, dont il pouTaît parler puisquMl la subissait, il a sui^orté seul le poids d*une nombreuse famille, n*a jamais désespéré du salut du prolétariat, et n'a point oublié son origine. Ses écrits n'ont eu qu'un unique but : indiquer les souffrances généralement peu connues des traTailleurs manuels, et appeler sur el* les l'attention des hommes intelligents. Ses études sur les ouvriers de Paris, VEnquêU industrielle qu'il a entreprise dans le Bien-itre univerul^ en sont la preuTC. Tous les articles qu'il ^ publiés, depuis la Ruche populaire^ journal des ouvriers que son oncle, M. Yinçard atné, avait fondé en ^1839, jusqu'à ses derniers articles publiés dans la Presse^ ont le cachet d'un homme qui connaît les classes laborieuses, parce qu'il a vécu de leur vie, et qu'il n'a cessé de partager leurs douleurs.

« Représentant intellectuel du prolétariat français, il s'est uni au prolétariat anglais pour tendre vers la société nouvelle, non par la foh^e des révolutions, mais par le développement des intelligences. »

Nous avons senti combien cette appréciation était juste lorsque nous avons lu le manuscrit des Ouvri&rs de Paris. Cette nouvelle œuvre est le couronnement des précédentes.

Si ce livre n'apporte pas une solution au problème du prolétariat, — objet des méditations de tous les penseurs, — il contient du moins des renseignements précieux pour la guérison de cette plaie sociale. L'auteur la montre sans emphase, sans réticences, mais aussi sans amer-

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tume, sans acrimonie, et comme il conyient à un esprit calme, bienyeillant et convaincu.

Nous sommes donc heureux d'avoir contribué, dans la mesure de nos forces, à une publication qui nous semble destinée à jeter une grande lumière sur cette importante question. — Un mal connu n'est-il pas à demi guéri?

Nous ne saurions trop vous remercier du concours empressé et sympathique que vous nous avez donné, et nous espérons que vous voudrez aussi^ — comme nous allons le faire nous-mêmes, -^ contribuer à répandre ce livre,, que nous jugeons bon et utile.

Le Secrétaire de la Commission^

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