SCÈNE DEÜXIÈMB
Car, en vous écoutant, j’oublie où vous en ôtes;
.Mais sur ce point non plus je n’ai pas abdiqué I
MARCEL, avec amour; il se lève et s'appuie an fauteuil ou es assise Hélène.
Oui, vous resterez belle!... — avez-vous remarqué Que les filles, chez nous, à seize ans si jolies.
Et par leur pâleur même un instant embellies,
Avec leur taille mince et leur air gracieux.
Et la franche gaîté qui pétillé en leurs yeux.
Deviennent trop souvent, une fois mariées,
Par quelque drôle indigne, en tout, contrariées.
Des femelles sans nom, qu’à pein& on reconnaît.
Avec un gros fichu mal noué pour bonnet.
Attristant le logis de leurs voix tracassières,
Plus laides chaque jour, chaque jour plus grossières Vieilles avant le temps de la maturité.
Sans rien de ce qui doit survivre à la beauté?
Ce n’est pas seulement le souci du ménage.
Le travail, les enfants, la fatigue de l’âge,
Qui sur le front ridé creusent cette laideur :
— C’est l’homme, le tyran égoïste et grondeur.
Qui n’a plus le respect de sa compagne sainte.
Ne voit que la servante et la dompte par crainte.
Se montre indifférent, insensible, lassé, ^
Et réclame sa soupe avant d’ôlre embrassé I Un mot lui suffirait pour tirer un sourire :
Hais ce mot de l’amour, il ne sait plus le dire;
Il ne remarque plus, dans sa brutalité.
Si la robe d'hiver est la robe d’été;
Il ne regarde plus ni l’air ni la tournure,
Ni sous le vieux mouchoir la jeune cbevelurel
Du jour qu’il n'a plus rien aimé, tout s'est flétri I — La beauté de la femme est l’ œuvre du mari !
III^LËNE SC levé; souriant.
Pas tout à fait * ?
MARCEL^ tui prenaot la moln.
Je veux vous créer une vio Qui même au riche heureux donnerait de l’envie!' Et, quand l'âge viendra, dans l’arrière-saison. J’espère bien avoir, à mon tour, ma maison.
Et peut-être un jardin, des roses, une treille.
Où nous cau.'Ons tous deux, où ma mère sommeille! J'ai lu que tous les ans la banlieue en comptait.
De ces petits logis que l’épargne achetait;
Et qu’un jour l’ouvrier, sans fisc et sans notaire.
Sou par sou, mois par mois, poussait propriétaire ! Voyez-vous ce contrat d’un cœur bien résigné?
C’est dit I
HÉLÈNE
MARCEL
C’est entendu 1
HÉLÈNE, lui frappant dans la main.
Je signe !
MARCEL, rembrassant Tivement.
Oh! Marcel !...
J’ai signé!
HÉLÈNE
MARCEL, arec une conf.ieion comique.
C’est mal?...