Marcel, Jeanne
Et, s'il te trouve froide au projet qu’il partage.
Veux-tu donc qu’il me juge à mon désavantage?
JEANNE, affile è (fucbe de la table i ouvrage.
Eh bien, Marcel, écoute, apprends la vérité :
Oui, depuis trop longtemps j’ai tardé, j’ai lutté !
Tu ne te trompes pas, je te cache une chose Que j'ai voulu cent fois te dire : mais je n’ose !
J’ai si peur de troubler ton repos pour jamais,
En rompant le silence où je me renfermais !
J’ai voulu t’épargner toujours la connaissance
Des pleurs que m’a coûtés, cher enfant, ta naissance...
(Marcel fait un mouTement, et Tiant f'affeoir lur la fauteuil.)
Âh I ton berceau, mon fils, n’a pas été flétri :
Va, ne crains rien, ton père était bien mon mari!
MARCEL
Et pour quelle raison gardais-tu le silence?
Pourquoi prolongeais-tu cette étrange ignorance.
Sans m’en parler jamais, sans presque le nommer. Celui que ton amour devait me faire aimer?
Pas un récit qui m’eût appris à le connaître,
Pas qn portrait de lui qui l’eût fait reparaître ,
Nul de ces souvenirs qui, rappelés souvent.
Dans le culte du père élèvent un enfant I
Les fuis-lu? Sont-ils donc amers à ta mémoire?...
Pourquoi ne m’as-tu pas raconté ton histoire ;
Et, quand j’interrogeais tes regards soucieux.
En disant : « Il est mort ! » détournais-tu les yeux ?
JEANNE
Depuis plus de vingt ans, ton père... m’a quittée.
Et je garde avec toi la maison désertée.