SCENE DROXIEME
Berthe était un trésor, et Louis un prodigel
Moi, je m’approche alors : « Monsieur Morin, lui dis-jo,
Je ne puis plus longtemps vous cacher un secret.
Un grand secret... » J’ai vu que son regard, distrait Jusqu’alors, m’observait avec inquiétude.
« Qu’estr-ce donc? me dit-il de sa voix la plus rude.
Et que s’est-il passé?... Renvoyez ces enfants!
Pas un mot devant eux, et je vous le défends »
Moi, je les fis sortir aussitôt, bien surprise.
Et lui, tremblant, me dit ; x Parlez avec franchise Quel est donc ce malheur? Parlez! n’omettez rient — Ce n’est pas un malheur, lui dis-je, c’est un bien Un brave et bon sujet, qui vit avec sa mère.
Veut m’épouser... »
MARCEL
Enfin !
HÉLÈNE
« Voilà tout le mystère ! »
Il est resté d’abord sans me dire un seul mot ;
Un peu plus, il pleuraitl... Il s’est remis bientôt.
Et de vingt questions coup sur coup m’a troublée :
M’a dit que je n’étais qu’une dissimulée;
A voulu tout savoir, où je vous ai connu ,
A me parler comment vous étiez parvenu.
Si vous aviez pour moi la tendresse d’un frère.
MARCEL
Qu’avez-vous répondu?
' HÉLÈNE
J’ai dit : « Bien au contraire! »
Et que vous viendriez lui demander ma main.
Alors, il m’a souri, disant : « J’irai demain I »
MARCEL, arrangeant aa reste et aa cravate.
Demain, c’est aujourd’hui !... Suis-je bien pour lui plaire?. .. HÉLÈNE.
Soyez vous-même : il sait votre vie exemplaire!
U ARCEL.
Il n’a rien dit de plus?
HÉLÈNE
Il a dit : « Nous verrons!
A tout conclure entre eux les jeunes sont trop prompts. Et, formant des projets que l’avenir regrette,
Donnent le nom d’amour à la moindre amourette. »
Vlrcmnnt.
J'espère qu’il se trompe, au moins?
MARCEL
Soyez en paix!
Ce que je sens pour vous ne changera jamais.
Écoutez. — Quand un riche épouse une héritière.
Qu’un rentier, jeune ou vieux, se donne une rentière ,
On appelle un monsieur, tout de blanc cravaté.
Qui, suivi d’un confrère, et plein de gravité,
Vient régler du contrat la balance équitable.
Et marie, avant tout, les deux dots sur la table, l’uis, quand il a compté maisons, rentes, écus.
Du bonheur des conjoints tous sont bien convaincus!
Mais ce n’est pas ainsi qu’un cœur se donne à l’autre; Puisqu’ils font leur contrat, si nous faisions le nôtre?
Un notaire, chez eux, décide chaque point :