AGE DES PALAFITTES DU FER
L'incertitude n'est plus aussi grande à l'égard de l'époque du fer, qui paraît avoir succédé immédiatement à l'âge du bronze. Les armes et ustensiles recueillis parmi les pilotis de Marin n'ont plus le même caractère exceptionnel. Bien qu'étrangers encore à l'histoire positive, ils se rattachent cependant plus ou moins directement à d'autres événements , dont la date peut être fixée au moins approximativement. C'est ce qui, selon nous, donne à la palafitte de la Tène, près de Marin, son importance prépondérante; elle est, en Suisse, le trait d'union entre les âges lacustres et les commencements de l'histoire.
En effet, les ustensiles et armes de la Tène, pour n'être pas romains, ne nous sont pas tout à fait étrangers. 11 suffit de les comparer à ceux que l'on trouve
près de Berne , dans une localité qu'on est convenu de désigner sous le nom de champ de bataille de la Tiefenau^ parce que des débris de toute sorte y sont entassés pêle-mêle comme sur le théâtre d'une mêlée. Parmi ces débris, qui ont été décrits par M. Jahn ^ et figurés par M. de Bonstetten 2, se trouvent, en fait d'armes, une centaine d'épées et de grands fers de lance identiques avec ceux de la Tène; en fait d'ustensiles, des anneaux, des fibules, des restes de cottes de maîlleâ, des fragments de bracelets en fer, des débris de chariots, le tout sensiblement détérioré par l'oxydation, mais n'en portant pas moins le même cachet que les objets de notre station lacustre. Enfin, on y trouve des monnaies. Ces monnaies, en argent et en potin, ne sont pas romaines ; elles sont gauloises et marseillaises. Par conséquent, si la station de la Tène est contemporaine, elle doit remonter à l'époque où les Helvétîens, qui ne sont qu'une branche des Gaulois (bien que venus de la Gerrhanie), habitaient la Suisse.
OaiGINE ET FILIATION DES RACES LACUSTRES.
On ne peut guère traiter de l'ancienneté des races lacustres , sans aborder en même temps la question de leur origine et de leur filiation. D'où sont venus ces peuples qui avaient une si grande prédilection pour l'eau, et à quelle souche appartiennent-ils ?
\. Mémoires de la Soc. hislor, du canton de Berne, t. II, p. 350. 2. Supplément au Recueil d* antiquités suisses. Lausanne, 4860.
Quelque frappante que soit cette propension à s'établir sur l'eau de préférence à la terre ferme, on ne saurait cependant s'en exagérer l'importance au point d'en conclure que tous ceux qui ont érigé des palafittes étaient nécessairement de même race. Ici encore il y a lieu à distinguer entre les époques.
Nous venons de voir que, selon toute apparence, les peuples de l'âge du fer appartiennent à la grande souche gauloise, que ce sont ces mêmes Helvétiens qui, sous Divicon, battirent les Komains, et qui, plus fard, émigrèrent sous Orgétorix. Ce n'étaient pas des autoch-^ thones, puisque les auteurs anciens nous apprennent qu^ils étaient venuâ des bords du Rhin. D'un aut^ côté^ les débris de leur civilisation, tels quilfe se retrouvent dans la palafitte de la Tène portent d'une manière trop accentuée l'empreinte gauloise , pour qu'on ne soit pas tenté d'emblée de les identifier avec les objets similaires que nous ont fournis les tombeaux et les champs de bataille de la Gaule.
Mais quel est le rapport de ces Gaulois constructeurs ou habitants de la palafitte de la Tène avec les peuples des palafittes de bronze?
Quand, dans une collection quelque peu complète d'antiquités lacustres, on considère d'une part les objets recueillis dans les palafittes de l'âge du bronze, et d'autre part ceux de l'âge du fer, on est frappé de la disparate qui règne entre ces deux séries. Armes, ustensiles, objets de luxe, tout est différent. D'un côté, dans la série du fer, le cachet d'un peuple actif, énergique, visant aux choses pi^atiques ; de l'autre côté, le soin des
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Tâge du bronze. Il est possible, probable même, que celles-ci ont continué à subsister à côté des conquérants, car, comme le fait observer M. Troyon, on trouve encore dans l'âge du fer bien des bracelets trop peu ouverts pour y avoir passé de larges mains, ou trop massifs pour qu'on ait pu les fermer sur le bras.
Rien n'indique que les Helvétiens aient franchi les Alpes. Mais les relations qui avaient existé dès l'âge du bronze et peut-être de la pierre, entre les deux versants de la chaîne, ne cessèrent pas pour cela. On trouve en Suisse, aussi bien qu'en France, en Allemagne et jusque dans le nord de l'Europe, associés à des armes en fer, des objets en bronze d'un travail exquis, bien supérieur à tout ce que nous ont fourni les palafittes de l'âge du bronze. Les ornements ne sont plus de simples lignes arbitraires et stéréotypées; ce sont des imitations de la nature, des figures d'animaux artistement sculptées. Tel est, entre autres, le bronze de Graechwyl, décrit par M. Jahn *, et conservé au musée d'antiquités de Berne. On ne saurait y méconnaître le type oriental (assyrien ou étrusque), qui est corroboré par l'analyse chimique qu'en a faite M. R. de Fellenberg, et qui indique une proportion notable de plomb. Or, ce métal, comme nous l'avons vu plus haut, est étranger à l'âge du bronze des palafittes.
Les Helvétiens ne paraissent pas avoir été partisans des constructions lacustres. Nous savons au contraire
\ . Etruskische Allerthûmep gefunden in der Schweiz, dans les Mittheilungen der anliquarischen Gesellschaft, Zurich, t. VIII. — Voy. aussi Morlot, Études géologico-archéologiques, p. 314.
détails 9 l'amour du luxe, mais rien qui annonce la vigueur, l'action soutenue, le progrès. On a ainsi été naturellement conduit à penser qu'il s'agissait de deux races différentes : l'une, grande et vigoureuse; l'autre, petite et chétive, ce qui semble, en outre, corroboré par la différence de taille que trahissent les armes et les squelettes des deux âges. Les peuples de l'âge du fer seraient arrivés en conquérants, apportant avec eux des éléments nouveaux de la plus haute importance, au nombre desquels le fer, le bronze à bon marché et les monnaies.
Mais s'il y a contraste chez nous entre les antiquités de l'âge du bronze et celles de l'âge du fer, il n'en est pas de même ailleurs. C'est ainsi que les tombeaux de Hallstadt, en Autriche, semblent indiquer une époque de transition entre l'âge du bronze et celui du fer. Plusieurs ustensiles qui, chez nous, sont caractéristiques de l'âge du bronze, se trouvent ici remplacés par le fer, entre autres les celts ou haches à quatre ailerons. D'autres objets sont pourvus de dessins qui rappellent ceux qu'on trouve dans les nécropoles étrusques. Les tombeaux de Hallstadt formeraient ainsi une sorte de transition entre l'âge du fer et l'âge du bronze.
On est ainsi conduit à admettre que le fer s'ol probablement introduit d'Italie sur le versant nord <1 Alpes par le Tyrol. Ce ne serait que plus tard. ••• s'être familiarisé complètement avec son usap;^. Helvétiens, venant d'Allemagne, Tauraieiit Suisse. Il n'est pas nécessaire que r«!i.
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